Des paquebots d'Allemagne et de Scandinavie y accosteraient, de riches plaisanciers y auraient leur appartement : un projet de marina de luxe symbolise le rêve de désenclavement de Kaliningrad, minuscule région russe entourée de pays de l'Union européenne.
"Le but est d'en faire ‘la' marina de la mer Baltique", affirme le promoteur français Dominique Bouillon.
Son projet, lancé en juillet, prévoit un centre commercial de 40.000 m2, un hôtel cinq étoiles, un amphithéâtre de 3.700 places, des appartements, le tout conçu par l'architecte français Jean-Michel Wilmotte déjà chargé de la construction de logements de luxe sur la place Rouge à Moscou.
Pour cette région de 150 km sur 208 km, de moins d'un million d'habitants, coincée entre Pologne et Lituanie, un tel projet est l'espoir d'une nouvelle source de revenus et d'une meilleure intégration au sein de la partie orientale de l'Union européenne.
Le projet "Côte d'ambre", situé à l'emplacement du port de pêche Pionerski dont les eaux ne gèlent pas en hiver, doit s'accompagner de la construction de plus petites escales afin que les plaisanciers puissent "se promener, comme sur la côte d'Azur", assure son promoteur.
Quant aux navires de croisière, il dit avoir déjà recensé quelque 180 demandes de la part de croisiéristes allemands, danois, finlandais et suédois, soit un trafic potentiel de 250.000 personnes par an.
Si elle aboutit, avec l'arrivée prévue des premiers yachts en 2011, la marina sera le plus important investissement étranger de la région qui se veut "un projet pilote du développement des relations entre la Russie et l'Union européenne", selon son gouverneur Guéorgui Boos.
"Géographiquement, Kaliningrad se trouve dans l'Union européenne et l'intégration de la Russie et de l'UE commencera avec ce district pour se répandre aux autres régions", s'est-il récemment enthousiasmé devant un petit groupe de journalistes européens.
Il prévoit même que "dans un avenir pas si lointain les visas ne seront plus qu'un souvenir". "Cela n'a pas de sens de se détourner de l'Europe", insiste-t-il, évoquant le proverbe russe selon lequel "les proches voisins sont plus importants que de lointains parents".
Pour encourager l'investissement, la région a été décrétée zone économique spéciale en 2006 par le président de l'époque Vladimir Poutine, un statut offrant des avantages fiscaux pendant 12 ans.
Le tourisme est une des priorités des projets de coopération de la région avec ses voisins. Il est favorisé par 100 km de plages de sable fin, par l'isthme de Courlande, étroite langue de dunes partagée avec la Lituanie et par les souvenirs de ce qui fut la Prusse orientale.
De plus, la région de Kaliningrad est une des quatre zones où devront se concentrer à partir du 1er juillet les casinos de Russie.
Outre le tourisme, M. Boos voit dans les secteurs de la logistique, des services, de la construction mécanique, de l'extraction de pétrole une ouverture sur l'extérieur et prédit que la nouvelle centrale nucléaire prévue pour 2014 comblera le déficit en électricité des pays du pourtour de la Baltique.
Un autre commerce se fait chaque jour entre l'Union et la Russie. Dans la longue file d'attente au poste frontière de Bagrationovsk, nombre d'automobilistes polonais disent acheter de l'essence bien meilleur marché en Russie pour la revendre en Pologne.