La classe moyenne constitue un pilier majeur de la société de par ses rôles de moteur de changement social et de stabilisateur de la société et de son système politique, a indiqué, mercredi à Casablanca, la ministre de la Santé, Mme Yasmina Baddou.
Intervenant lors des travaux d'une Journée d'étude sur "La classe moyenne au Maroc", organisée par l'Institut Amadeus et le Club Entreprendre, Mme Baddou a rappelé que la politique gouvernementale sur les plans économique, fiscal et social tend à renforcer l'émergence et la pérennisation de la clase moyenne et £uvre à améliorer le social et à consolider le dialogue social.
Mettant l'accent sur la sensibilité de la classe moyenne à la question de la santé et de la sécurité sociale, la ministre a souligné l'importance de l'apport de la stratégie nationale de la santé dans l'élargissement de cette classe au Maroc.
Elle a, à ce propos, rappelé les résultats des enquêtes sur les jeunes et la petite enfance, réalisée en 2007 sur la base d'un échantillon de 8.000 ménages, et sur la population et la santé familiale, réalisée en 2004 sur la base d'un échantillon de 12.000 ménages, passant en revue les actions phares qui constituent les leviers de l'élargissement de la classe moyenne dans le plan d'action 2008-2012.
Il s'agit notamment, a-t-elle expliqué, de l'élargissement de la couverture médicale de base, dans le cadre d'un financement solidaire, par l'adoption de politiques de dépistage et de prise en charge des maladies chroniques qui empêcherait le basculement vers la pauvreté, l'instauration de la gratuité des soins obstétricaux et néonataux, la vaccination par l'élargissement de la gamme des vaccins et la politique des médicaments (utilisation des médicaments génériques, révision de prix des médicaments et accessibilité aux médicaments onéreux).
Evoquant l'expérience tunisienne, le président de la Banque tunisienne de solidarité, Mohamed Lamine Hafsaoui, a estimé que le pari sur la classe moyenne en Tunisie, où l'on a toujours recherché "la médiane" traduite dans les politiques "équilibristes" de l'Etat, a réussi par excellence.
Il a notamment illustré ses propos par plusieurs mesures prises, depuis l'avènement de l'indépendance, dans les domaines de l'éducation, avec la scolarisation de 99 % d'enfants âgés de 6 ans, la facilitation de l'accès au logement et la réalisation de la "santé pour tous".
De son côté, le secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD), Abdelilah Benkirane, a estimé que la classe moyenne ne doit pas être perçue uniquement du point de vue économique mais également du point de vue culturel "moderne" et des valeurs, d'où l'importance, a-t-il soutenu, de lui accorder de l'intérêt pour l"a tirer vers le haut".
Il a résumé cet intérêt notamment à trois niveaux essentiels, à savoir l'habitat, l'enseignement et la santé, avant d'appeler à opter pour des politiques publiques adéquates à même d'éviter à cette classe les dépenses supplémentaires consacrées à l'éducation des enfants dans le secteur privé et au recours également au privé en matière de santé.
Concernant la classe moyenne, Mohand Laenser, secrétaire général du Mouvement Populaire (MP), a relevé la difficulté de la délimiter et souligné la nécessité de prendre en compte, pour sa définition, outre le revenu, le patrimoine, le mode de vie et le niveau culturel.
Il a également constaté que cette classe s'amenuise et se rétrécit au Maroc et plaidé non seulement pour l'amélioration des revenus, mais d'opter pour des politiques publiques d'éducation et de santé pour que la classe moyenne se sente sécurisée en matière de services sociaux, outre le renforcement de l'égalité des chances, de l'équité et de la transparence.
Pour leur part, le secrétaire général de l'Observatoire français des inégalités, Noam Leandri, et le rédacteur en chef du magazine "Arabies", Samir Sobh, ont donné un aperçu sur les critères susceptibles de définir la classe moyenne dans les pays arabes, relevant que les conditions de cette classe diffèrent selon qu'il s'agisse de pays pétroliers, d'Etats ‘rentiers' ou de pays comptant surtout sur leurs ressources humaines.
Les débats de cette rencontre sont axés également les moyens à mettre en ouvre pour l'émergence et le renforcement de cette classe.