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Salon «Maghreb des livres»
Hommage posthume à Driss Chraïbi par Mokhtar Grioute
 Publié le : 11.02.2009 | 09h01
   
 
 
La 15e édition du «Maghreb des livres», le plus important salon dédié au livre sur les deux rives de la Méditerranée, tenue les 7 et 8 février à Paris avec la littérature marocaine à l'honneur, a rendu hommage au romancier marocain Driss Chraïbi, décédé en 2007 à l'âge de 81 ans.
 
Cet hommage posthume a réuni Sheena, veuve de Driss Chraïbi, le journaliste Abdeslam Kadiri et Guy Dugas, enseignant de la littérature du Maghreb à l'Université de Montpellier, qui ont apporté des témoignages émouvants à l'écrivain marocain d'expression française, qui a vécu la plus grande partie de sa vie en France où il a écrit une vingtaine d'ouvrages.

La cérémonie a également été marquée par la projection du documentaire «Conversations avec Driss Chraïbi» d'Ahmed El-Maânouni.

Le film, basé sur des conversations enregistrées un an avant sa mort, révèle un Driss Chraïbi tel qu'en lui-même, direct et franc, plein d'humour et avec une personnalité qui crève l'écran.

Evoquant le souvenir de celui avec qui elle a vécu plus de trente ans, Mme Sheena Chraïbi a confié que si l'auteur de «La civilisation, ma mère» était toujours prêt à se prêter au jeu des interviews, il se méfiait toutefois des questions pièges et gardait jalousement pour lui son «jardin secret».

Driss Chraïbi a réussi à insuffler une nouvelle force à la langue française et a fait entrer la littérature marocaine dans la modernité, a-t-elle dit.

Pour sa part, Abdeslam Kadiri a signalé que ses entretiens avec le défunt l'ont très fortement marqué tant au plan professionnel qu'humain et qu'il a été très frappé notamment par la «chaleur, la simplicité et l'adéquation entre le dire et le faire» chez le romancier.

Feu Driss Chraïbi était «quelqu'un de vraiment granitique», estime-t-il, faisant observer qu'il était «un écrivain visionnaire» qui avait abordé des thèmes majeurs et d'une extraordinaire actualité tels l'immigration, l'oppression familiale, l'émancipation de la femme.

Et d'ajouter que les quatre passions qui traversaient toute son œuvre étaient «Le besoin d'aimer», «La soif de connaissances lucides et directes», «La passion de la liberté» et «la participation à la souffrance d'autrui».

A ses yeux, le véritable hommage qu'on pourrait lui rendre aujourd'hui c'est de continuer à lire ses livres de sorte que son oeuvre puisse perdurer et «traverser des siècles et des siècles».

De son côté, M. Guy Dugas a fait remarquer qu'il enseigne, depuis plus de 25 ans, l'œuvre de Driss Chraïbi dans un cours de licence sur les questions d'autofiction et que «Le passé simple», son premier roman publié en 1954, est toujours au programme.

Il a également rappelé que sa première rencontre avec le romancier marocain était à l'Université de Fès où Driss Chraïbi avait fait une entrée qui «m'a absolument estomaqué» devant près d'un millier d'étudiants groupés dans un amphithéâtre qui ne pouvaient en contenir que 150 ou 200.

L'auteur des polars loufoques de «L'inspecteur Ali» est «L'étoile filante de la littérature maghrébine», a-t-il dit, notant que le défunt se définissait comme un «Ecrivain insaisissable» ou «Un écrivain fantôme».

Intervenant pour apporter une touche supplémentaire à ces témoignages, le poète Abdellatif Laâbi a souligné que Driss Chraïbi fait partie des écrivains qui ont de l'alchimie.

L'écrivain défunt «nous a ordonné de brûler les étapes et d'être dans l'aventure de la modernité», a-t-il ajouté, estimant que la dette de la littérature marocaine envers Chraïbi est immense.
   
  Par MAP
   
 

 
 
 
L'écrivain marocain d'expression française, Driss Chraïbi. (Photo : tunisiawatch.rsfblog.org)
 
 
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