Bank Al-Maghrib suit de près l'évolution des différents facteurs pouvant affecter l'inflation, qui devrait atteindre 2,7 % à fin 2008, soit "un niveau sensiblement supérieur" au taux de 2,2% prévu initialement, a indiqué son gouverneur, Abdellatif Jouahri.
La Banque centrale suit ainsi l'évolution des prix des hydrocarbures et des produits alimentaires de base et leur impact sur le système de compensation, notamment des produits pétroliers, les salaires et le rythme de croissance des crédits, a précisé M. Jouahri devant la 2e réunion du Conseil national du crédit et de l'épargne (CNCE), ajoutant que de "nombreuses incertitudes persistent sur l'évolution de ces éléments".
Les effets de la hausse des prix internationaux des hydrocarbures et des produits alimentaires sur l'inflation au Maroc sont "partiellement amortis par l'évolution de notre taux de change, indexé à 80 % sur l'euro, et par le système de compensation, qui atténue dans une large mesure, à travers le budget de l'Etat, leur impact sur le consommateur", a-t-il estimé.
Il a indiqué que Bank Al-Maghrib travaille à la mise en place d'outils didactiques pour faciliter la compréhension des dynamiques de l'inflation, notamment l'écart entre la perception de l'inflation par le grand public et sa mesure telle qu'elle ressort des indices officiels.
Le gouverneur de Bank Al-Maghrib a souligné qu'il s'agit d'"un travail de pédagogie à long terme", mené par toutes les banques centrales du monde, ajoutant que la publication prochaine par le Haut commissariat au Plan d'un nouvel Indice des Prix à la consommation, dont la couverture en termes géographique, de produits et de variétés sera étendue, et les pondérations basées sur une enquête de consommation des ménages plus récente, constituera une avancée importante dans ce sens.
A cette occasion, M. Jouahri a mis l'accent sur les progrès réalisés dans le domaine de la politique monétaire, les évolutions récentes de l'activité et des résultats du secteur bancaire, les mesures prises pour renforcer son cadre réglementaire et les avancées réalisées en matière de systèmes et moyens de paiement.
Le gouverneur de Bank Al-Maghrib a précisé, dans ce cadre, que l'évolution du secteur bancaire en 2007 "est exceptionnelle à plus d'un titre", rappelant que le redressement des banques publiques a été mené à son terme, les indicateurs fondamentaux se sont nettement améliorés et le cadre réglementaire a été complètement aligné sur les standards internationaux.
Le secteur bancaire a pu accélérer sa modernisation, contribuant à l'amélioration de la situation financière de l'économie marocaine, a-t-il noté, ajoutant que les avancées substantielles réalisées au plan réglementaire ont incontestablement joué un rôle d'accélérateur dans ce processus.
"Ce cadre (secteur bancaire) est donc aujourd'hui en conformité avec les standards internationaux, notamment après l'entrée en vigueur en 2007 de Bale II sous sa forme 'approche standard'", a-t-il dit.
Malgré toutes ces avancées, "la vigilance reste de mise", a toutefois noté le gouverneur de Bank Al-Maghrib. "C'est pour cela que deux codes d'éthique sur le financement des actifs immobiliers et des actifs financiers ont été adoptés par le secteur bancaire", a-t-il dit, ajoutant que la réflexion en cours sur la soutenabilité à long terme du mécanisme de garantie Fogarim devrait aboutir rapidement.
Selon des statistiques publiées à l'occasion de la 2e réunion du CNCE, l'encours global des crédits bancaires a atteint au terme de l'année 2007 quelque 422,6 milliards de DH (MMDH), s'inscrivant ainsi en hausse de 29% par rapport à 2006. Cette progression s'explique par la vigueur des concours accordés tant aux entreprises qu'aux particuliers, tandis que le rapport du crédit consenti au secteur privé au PIB est passé à 69%, contre 57% en 2006.
Par catégorie, les concours bancaires aux entreprises ont progressé de 27% à fin 2007 contre 14 % en 2006, alors que l'encours des crédits immobiliers s'est accru de 32,5% et s'est élevé à 107,5 MMDH, représentant prés de 28% du total des crédits sains distribués par les banques en 2007, selon les mêmes statistiques.
La même tendance à la hausse a été observée au niveau des sociétés de financement, dont l'activité reste bien corrélée à celle des banques. Ainsi, pour les sociétés de crédit à la consommation, l'encours brut des crédits s'est inscrit en hausse de 17,9% à 33,4 MMDH, sous l'effet du développement de l'activité de crédit à la consommation et des opérations de location avec option d'achat.
De même, les sociétés de crédit-bail ont enregistré un volume d'activité de 26,5 MMDH, en hausse de 24,8%, soit un rythme comparable à celui de 2006.
Pour sa part, le secteur du micro-crédit a connu un développement remarquable tant au regard du nombre de bénéficiaires que du volume des crédits dont l'encours a été multiplié par 3 en l'espace de 2 ans, pour s'établir à 5,5 MMDH à fin 2007.
Parallèlement, le taux des créances en souffrance s'est établi à 7,9% à fin 2007 et à 7% à fin mai 2008. Hors banques publiques, ce taux est inférieur à 5% à fin mai 2008.
En outre, le taux de bancarisation s'est inscrit en progression passant de 25% à 27% entre 2006 et 2007 et à près de 40 %, compte tenu du nombre de comptes ouverts sur les livres de Barid Al-Maghrib.
"Ces taux restent au-dessous des performances réalisées par des pays tels la Turquie, le Chili ou le Brésil", a précisé M. Jouahri, soulignant que "les banques et les associations professionnelles du secteur financier sont invitées à renouveler leur effort pour accompagner la dynamique en cours et contribuer à relever le taux de bancarisation".
Présidée par le ministre de l'Economie et des Finances, Salaheddine Mezouar, la 2e réunion du CNCE a vu la participation des représentants des établissements de crédits et des principaux secteurs économiques du Royaume, ainsi que d'autres personnalités du monde de l'économie et des finances.
Les effets de la hausse des prix internationaux des hydrocarbures et des produits alimentaires sur l'inflation au Maroc sont amortis par l'évolution de notre taux de change. (Photo : commons.wikimedia.org)
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