Elle ne cesse tout simplement d'être sur la sellette. Il ne manque pas de soulever de nouvelles questions, dont le premier reflexe est de nous renvoyer à une date fatidique, celle du 3 mars, lorsqu'une réforme des systèmes d'information, par le biais du groupe français Euronext, a été introduite.
Les sociétés de bourses, la société gestionnaire elle-même ( BVC), les opérateurs et tous ceux qui s'y activent ont adhéré au nouveau système NSC V900 et cautionné la réforme qu'il implique. Pourtant, il ne s'est pas passé plus de sept mois, avant qu'une affaire ne vienne entacher la nouvelle procédure, mettant à nu les défaillances qui ont sévi sur la place.
Car, en définitive, le problème met en cause deux logiques : la première met en première ligne des bénéficiaires en primeur d'informations sur les transactions et, en deuxième ceux qui ont en aval perdu leurs épargnes et leurs placements. Les premiers, autrement dit ces «traders» chanceux qui ont reçu l'information en ont non seulement bénéficié, mais ils ont ruiné des centaines de citoyens et, conséquence immédiate, porté un coup de Trafalgar au système d'innovation de la Bourse. Quant aux seconds, ils attendent que réparation leur soit faite et qu'un vent nouveau de moralisation souffle sur une institution bafouée, au point de La Bourse de Casablanca se porterait-elle si mal ? Continuerait-elle à engranger les « affaires douteuses » ? Serait-elle en fin de compte la première victime directe de ses propres convulsions ? Le moins que l'on puisse dire est qu'elle a de plus en plus mauvaise presse.
passer pour un «casino» ! Les autorités boursières, quel que soit leur niveau, peuvent-elles laisser impunis de tels actes ? Une crise de confiance s'est installée au lendemain des 15 et 16 septembre dernier, appelée par euphémisme ou par pudeur «une correction du marché» ! Comme une poupée russe, livrant au fur et à mesure de son déboitement ses secrets , la Bourse de Casablanca nous dévoile ses petites lâchetés.
Car, au-delà de toutes les proclamations vertueuses et des nombreux commentaires dont quelques esprits doctes ne cessent de nous rabâcher, la question se pose de savoir comment une société de diffusion d'informations boursières, implantée il y a seulement quelques mois, s'est trouvée en position de recueillir – ensuite de livrer à qui elle veut – les précieuses et délictueuses informations sur les transactions au mépris des règlements et de l'éthique en vigueur ? Tout à sa rigueur et à sa morale prudentielle, le CDVM n'y a vu, de toute évidence, que du feu ! Or, le CDVM a préféré rester émollient dans cette explosive affaire qui fait pourtant voler en éclats les beaux principes et susciter des désenchantements terribles chez les opérateurs. L'éthique semble d'autant plus bafouée que son silence s'apparenterait facilement à une faiblesse.L'opinion, parce qu'il s'agit d'elle en définitive, attend impatiemment les conclusions de l'audit annoncé qui devrait situer les responsabilités de chacun dans ce «délit d'initié» bien ficelé.
Au-delà également, le ministère de tutelle devrait mettre son poids dans la balance, sous peine de laisser tomber le discrédit sur une institution qui est à l'image du Maroc moderne et qui participe activement au développement et à la croissance de l'économie nationale. De l'affaire des ventes à découvert jusqu'à celle des systèmes d'information de la Bourse, les vérités des uns et des autres ne peuvent continuer à s'opposer, mais ne constituer qu'une seule vérité. Elle devra livrer les tenants et aboutissants de la fuite d'informations sur les transactions qui constitue le fil noir entre les deux scandales et que le CDVM doit expliquer aux citoyens. Faut-il en définitive laisser ce soin, cet exercice de vérité à la presse ?