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mise à jour : 09 février 2010, 17h31 GMT
 
 
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Editorial
Les Américains et nous
 Publié le : 03.11.2008 | 15h59
   
 
 
C'est ce mardi 4 novembre que le peuple américain se rend aux urnes pour élire le nouveau Président des Etats-Unis. Il choisira entre le candidat républicain John McCain, 72 ans et le candidat du Parti démocrate Barak Obama, 47 ans. Deux générations différentes, deux cultures opposées et une même ambition : prendre en main le destin de l'Amérique et, quoiqu'on en dise, celui du monde entier.

La campagne électorale a commencé il y a déjà plusieurs mois, elle aura été longue et fortement médiatisée. Jamais, en effet, l'Amérique ne s'est trouvée confrontée à un aussi cruel dilemme cornélien : opter entre candidat métisse qui incarne la transformation à tous points de vue et un autre plus âgé, sur lequel repose le fardeau du lourd et contestable héritage laissé par un George W. Bush.
L'élection présidentielle américaine survient alors que le monde entier est encore plongé dans une grave crise financière.

La particularité de celle-ci est d'avoir été déclenchée à partir du temple financier Wall Street, mettant en cause à la fois la capacité du plus puissant pays à la réguler et provoquant également une crise morale. Le bilan du Président sortant n'en est pas moins atteint, d'autant plus que la politique internationale de George W. Bush, en dépit des vaines prouesses que la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice n'a cessé de déployer «in extremis», reste marquée dès 2001 par une irrépressible rupture avec la norme. Le spectre de l'Afghanistan et de l'Irak, le premier servant de prétexte pour justifier l'agression contre le second, demeure présent dans les mémoires. L'élection de ce mardi tire un trait symbolique de cette gestion apocalyptique d'une administration qui a préféré puiser ses inspirations dans l'idéologie de l'évangélisme, que de la raison.

Mais elle n'efface pas les cauchemars ni restitue les vies à ces milliers de jeunes Américains embarqués et tués dans les guerres «antiterroristes», au nom de ce sinistre «The West and the rest» que le livre de Samuel Huntington sur les «Chocs des civilisations» a cru illustrer.

Un tel héritage ne laisse aucun peuple, nul pays et très peu de gens indifférents. Grande puissance, mirage pour bien des peuples, l'Amérique est aussi un Etat démocratique où s'épanouissent les libertés et les créativités. Son poids historique, politique, économique, social et culturel ne laisse aucune autre nation insensible.

Quel que soit le nouveau Président élu des Etats-Unis, les relations entre le Maroc et les Etats-Unis resteront marquées par une volonté partagée de les sauvegarder et de les renforcer. Car l'amitié maroco-américaine s'enrichit de deux siècles et demi presque, autrement dit de 230 ans. On rappellera pour mémoire qu'au lendemain de la proclamation de l'Indépendance des Etats-Unis en 1789 et l'élection du premier président George Washington, il existait déjà -comme des documents officiels en témoignent- des échanges entre le Maroc et la jeune république américaine. Le Royaume du Maroc, sous le règne du Sultan Mohammed III (Mohammed Ben Abdallah), était quasiment le premier Etat à reconnaître officiellement la nouvelle république des Etats-Unis. Le jeune gouvernement américain avait sollicité, à cette époque, l'intervention du Sultan Mohammed III auprès de la Libye et de la Tunisie afin que celles-ci permettent aux bateaux américains de passer librement dans la Méditerranée.

Et lorsque le Roi du Maroc régla le différend, George Washington prit alors sa plume pour le remercier en ces mots : «Notre territoire, dit-il, ne possède pas de mines d'or, ni d'argent et cette jeune nation qui se remet à peine des pertes et de la désolation d'une longue guerre n'a pas encore eu le temps de s'enrichir par son agriculture et son commerce. Mais notre sol est généreux et notre peuple laborieux et nous nous flattons à juste titre de pouvoir progressivement devenir utiles à nos amis». Il convient de rappeler que deux ans auparavant, en 1787 exactement, le Maroc fut le premier pays à conclure avec les Etats-Unis un important traité de commerce –qui s'apparente à un accord de coopération d'aujourd'hui-, lequel traité fut reconduit dans les mêmes termes cinquante plus tard, en 1836.

L'amitié maroco-américaine n'a jamais souffert d'une rupture ou d'incidents. Elle s'est inscrite dans une tradition de partenariat même, politique, économique, financière, technique, culturelle, militaire et humaine. Pendant les deux Grandes guerres mondiales, alors que l'Amérique de Wilson en 1918 et celle de Franklin Delano Roosevelt en 1940 était interpellée pour venir au secours de l'Europe, elle avait un allié à ses côtés : le Maroc, dont les soldats combattaient au nom de la liberté et de la solidarité. Mieux, lorsque les Alliés (France, Angleterre et Etats-Unis) avaient choisi de se réunir en novembre 1942 à Casablanca, dans le cadre de la Conférence d'Anfa, pour préparer la riposte logistique à l'invasion hitlérienne et nazie de l'Europe, feu S.M. Mohammed V et feu S.M. Hassan II y avaient été conviés et avaient pris part aux travaux, aux côtés notamment de Charles de Gaulle, Winston Churchill et Franklin Delano Roosevelt.

La présence du Roi du Maroc à cette conférence avait valeur de symbole : d'une part une forme de reconnaissance par les Etats-Unis et l'Angleterre de la souveraineté marocaine et, d'autre part, la prise en compte du Royaume du Maroc comme un partenaire à part entière de la vision stratégique qui se dessinait à Anfa. Les soldats marocains étaient engagés sur les fronts divers de l'Europe, aux côtés des troupes américaines sous la bannière de la liberté. Ils s'illustrèrent par leur bravoure et leur entière mobilisation au nom des valeurs de la liberté et de la solidarité. Plus tard, en Bosnie Herzégovine ou ailleurs, là où le principe de liberté et de démocratie était mis en péril et avait mobilisé l'Amérique, le Maroc était à ses côtés. Cela dit, notre pays, au nom même de l'amitié maroco-américaine et de la fidélité qu'elle implique, longue de 230 ans, ne s'est pas pour autant esquivé au nécessaire devoir de retenue, de réserve voire de critique lorsque la politique américaine est allée à l'encontre de nos intérêts et de notre vision, notamment au niveau de la promotion de la paix et de la sécurité.

Le Maroc entretient cette amitié de longue date, mais se fait un devoir également de garder sa neutralité dans une élection présidentielle où le choix des Américains reste souverain. Démocrate ou républicain, le futur Président des Etats-Unis prendra acte et certainement compte du legs de ses prédécesseurs en matière de politique étrangère et des choix judicieux, lucides et pertinents qu'il adoptera. Le peuple américain choisira librement son Président et le peuple marocain se félicitera de ce libre choix. Il le respectera d'autant plus que, s'agissant des démocrates ou des républicains, nous souhaitons que celui qui se hissera à la Maison-Blanche puisse renforcer la coopération avec le Royaume du Maroc, le Maghreb et l'Afrique, jusque-là quelque peu marginalisés.
   
 
   
  Par LE MATIN
   
 

 
 
 
 
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