Dans la nuit de samedi 27 à dimanche 28 décembre, les missiles aériens lâchés par l'aviation israélienne sur Gaza dans le cadre de l'opération de «plomb durci», avaient déjà fait l'équivalent de plus de 250 morts.
Nous sommes le 7 janvier et les raids aériens, couplés comme on dit de bombardements terrestres, ont fait grimper le chiffre des victimes à près de 700 morts. En dix jours, le déluge infernal que le gouvernement d'Ehud Olmert a décidé de faire déferler sur la Palestine aura donc plus que doublé les sinistres statistiques de la mort violente et de l'agression contre un peuple plus que meurtri. Il reste que près du tiers des décès provoqués concerne des populations civiles, victimes de la violence israélienne, dont des dizaines d'enfants, de femmes et de vieillards. Douze jours donc de bombardements intensifiés et meurtriers ! La bande de Gaza est à présent réduite à un vase clos, une sorte de « no man's land », mettant face à face une armée aguerrie, équipée de matériel ultramoderne, bénéficiant de surcroît du soutien imparable de l'aviation et de missiles aériens puissants, et des centaines de combattants du Hamas, coupés désormais de tout soutien logistique, quasiment les mains nues… Depuis douze jours, on tue en silence à Gaza…on assassine un peuple, on abat froidement 40 civils réfugiés dans une école sous protection de l'ONU sans que la communauté internationale, réduite à finasser et à gesticuler en ordre dispersé, se résolve une fois pour toutes à sortir de l'incroyable semi-réserve passive où elle se laisse affaler.
Autant la riposte aérienne israélienne est considérée comme grandement disproportionnée eu égard aux missiles Kassam lancés par le Hamas sur Israël, autant l'offensive terrestre - décrite comme la deuxième phase du conflit - confirme nettement le déséquilibre entre les deux camps. On ne peut comparer ni mettre sur le même pied d'égalité des tanks, des chars et des véhicules tout-terrain, capitonnés dans un matériel de transmission des plus modernes, et de simples combattants livrés aux feux, la foi chevillée au corps. On aura compris, en effet, que les combats ne sont pas seulement meurtriers, mais qu'ils étaient inégaux dès le départ. Car, non content d'anéantir les cadres et dirigeants du Hamas, l'Etat hébreu entend détruire tout ce qui s'apparente à une structure, administrative ou humaine, du mouvement religieux. Il enserre la population civile dans le ghetto armé et dans le filet de la terreur.
On peut s'interroger à l'envi sur la ou les raisons d'un tel acharnement : Israël veut à tout prix gagner du terrain avant que la communauté internationale, rendue particulièrement affaiblie devant son agression, ne soit subitement tentée d'exiger de lui de mettre fin à ses hostilités, de négocier avec le Hamas et de se retirer de la bande de Gaza. Le gouvernement israélien applique à la lettre cette maxime de Carl von Clausewitz, théoricien allemand des conflits au XIXe siècle qui affirmait que « la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens ». Il veut en découdre avec le mouvement Hamas, certes, mais il entend également recomposer – ou redessiner, comme l'on veut – le visage de la future configuration géopolitique dans la région. L'objectif est à coup sûr de neutraliser le soutien implicite ou explicite que l'Iran, la Syrie et le Hezbollah libanais apportent au mouvement Hamas. Il faut se rendre à l'évidence : l'intervention contre Gaza, les morts par dizaines qu'elle provoque chaque jour, les assassinats d'innocents qu'elle multiplie font partie d'une autre guerre, livrée en arrière-plan, comme dans un jeu de domino ou, mieux encore, comme dans un puzzle et qui relève de l'instinct de puissance pour assurer la mainmise sur la région.
Israël avait-il besoin de maquiller son dessein de conquête régionale par une agression contre Gaza ? Ne fait-il pas justement le jeu implicite des extrémismes et des fondamentalismes - à commencer par les siens - dont la région sert de terreau ? Comprendra-t-il enfin qu'il existe sur cette terre sacrée une autre légitimité, palestinienne en l'occurrence, qui prétend également à la même ambition d'indépendance, de viabilité, de sécurité et de pérennité ? La diplomatie, quel que soit le résultat inégal, voire peu reluisant, auquel elle parvient, reste mobilisée, à la fois au niveau des pays arabes regroupés sans illusions aux Nations unies, déchirés devant l'escalade israélienne mais tenus à une même fermeté. Mais également au niveau de l'Europe dont Nicolas Sarkozy et une délégation de l'Union européenne s'efforcent d'incarner vainement la dynamique dans une tournée de dernière chance à Damas, en Israël et en Egypte . Globalement, la diplomatie semble désemparée devant l'irrédentisme d'Israël. Elle demeure inefficace et surtout peu déterminée à faire baisser les prétentions belliqueuses du gouvernement israélien qui fait la sourde oreille et préfère davantage le seul langage des armes. On disait que George W. Bush, déjà ancien président des Etats-Unis qui ne cesse d'applaudir l'invasion israélienne à Gaza, était le seul à la cautionner et à la renforcer par ses palinodies.
Mais, déjà les langues se délient ici et là pour s'offusquer ou s'indigner des silences et des non-dits de celui qui lui succédera officiellement le 20 janvier prochain à la Maison-Blanche. Quand il était candidat, parcourant de long et en large le vaste territoire américain, Barack Obama n'avait-il pas donné, déjà, le ton en affirmant que « Jérusalem était indivisible », provoquant l'ire de la communauté arabo-musulmane et la confusion dans certains esprits ? Se résoudrait-il à conserver le « statu quo » qui, aujourd'hui embrasé mais demain réinventé, maintiendrait-il le sempiternel et vaseux jeu d'équilibre qui favorise toujours l'Etat hébreu ? La diplomatie est confrontée aujourd'hui à deux urgences : d'une part, un soutien humanitaire nécessaire pour parer aux plus pressés, autrement dit les soins aux blessés, l'encadrement sanitaire par la communauté internationale, des actions contre les pandémies l'absence de médicaments enfin. D'autre part, la mise en œuvre d'un cessez-le-feu d'autant plus obligatoire et urgentissime qu'il marquera une trêve, isolera des violences les populations pour les mettre à l'abri du déluge de bombes et de missiles.
Les généraux israéliens, ceux qui les soutiennent, viennent de creuser la tombe de toute chance de paix, ils ne peuvent avoir la conscience tranquille d'écraser si facilement et si vainement un petit pays et d'anéantir si violemment les espoirs et le droit de vivre de ses populations… La communauté internationale ne peut non plus continuer à assister impassible à ce nouveau meurtre collectif, à traîner des pieds pour élaborer et adopter – au niveau du Conseil de sécurité notamment que la France préside – une résolution pertinente et exécutoire qui exige d'Israël un retrait immédiat et sans conditions de Gaza et la cessation de ses violences.