Un nouveau rapport sur la liberté de la presse au Maroc en instance ? Tel un oracle, il nous viendrait de Doha. Les arguments sont dérisoires et même médiocres, mais la mauvaise foi persistante. Comment qualifier, sinon de tissu de mensonges et d'erreurs grotesques, le prétendu passage sur le Maroc du non moins prétendu « rapport de Doha » sur la liberté d'expression dans les pays arabes ? Comment ne pas subodorer l'animosité abyssale de celui qui prétend en commanditer le contenu, l'ancien secrétaire général de l'association « Reporters sans frontières » (RSF), Robert Ménard, pour ne pas le citer, domicilié à Doha et sévissant dans une télévision transformée en « voix de son maître » dès lors qu'il s'agit de citer le Royaume du Maroc ? Président du «Doha center of media freedom », taillé et créé sur mesure pour lui, il continue dans sa rengaine. Son nouveau rapport transpire le soufre. La vulgarité y côtoie la sentine dans les propos. Le sempiternel contempteur du Maroc qui soit dit en passant a lancé à Paris une procédure judiciaire contre «Le Matin» et son directeur délégué a beau jouer le moralisateur. Plongé en désespoir de cause dans le clair-obscur des officines, inspiré par un étrange mélange d'aigreur et de raideur blasée, le voilà encore qui endosse la tenue de l'eunuque.
L'époque le voudrait-elle que l'on serait davantage surpris par cette fabulation, lancée du haut d'un émirat arabe : la mise en cause des institutions marocaines par un incurable spécialiste de la contrevérité. On tombe à la renverse en lisant ce spéculum qui sent le rassis : «Chaque année, l'image d'ouverture et de liberté d'expression que le régime de Mohammed VI cherche à transmettre à l'étranger s'effondre peu à peu ». Voici donc une mise en cause dont la sévérité gratuite nous laisse pantois. Elle s'adresse non pas à la presse marocaine, encore moins à son mode de son fonctionnement ou à ceux qui en ont la charge, mais prend la liberté de pointer impunément les institutions. «Le régime de Mohammed VI» donc ! Rien que cela ! L'association de concepts, le raccourci sémantique et violent relève des procédures staliniennes, parce qu'il procède par trop d'une volonté délibérée d'amalgame.
Il s'inscrit dans cette rhétorique connue et réductrice parce que, soucieuse de frapper les esprits, elle associe insidieusement le nom du Roi, l'institution au mot de « régime » et suggère la tendancieuse association dans l'esprit des lecteurs. Le rapport de Doha sur le Maroc est non seulement faux mais possède la caractéristique de fourvoyer tous ceux qui, par intérêt ou par ignorance, feignent de lui accorder un crédit quelconque. Le rapport arpente les mêmes affaires de presse connues du public et qui sont entre les mains de la justice marocaine. Il entend en faire son miel, s'efforçant désespérément à une périlleuse quête d'arguments dont le moins que l'on puisse dire est qu'ils sont fallacieux, inspirés des petites lâchetés et de la dérision.
Le procédé est mesquin. Il affadit à vrai dire tout l'aspect sérieux du pseudo-rapport et de la démarche de ses auteurs qui, non contents de montrer leur existence, croient pouvoir dénicher les arguments aux limites de la liberté de la presse marocaine en citant la religion, la monarchie, l'armée, les corps sécuritaires, les « privilèges royaux », le Sahara et l'intégrité territoriale. Il se trouve que ces thématiques, qui correspondent aux piliers sacrés de l'identité nationale, ne cessent d'être abordées et suscitent même un trouble intérêt d'une certaine presse qui en fait son mode d'affranchissement et le test de son autocensure. En vérité, l'acharnement de certains sur de tels sujets suggère qu'ils y recèlent obligatoirement une part de secret, susceptibles à des révélations croustillantes, et souvent dérisoires, qui font le bonheur des tabloïds populistes et relèvent du sous-journalisme sensationnaliste. Comme si la liberté de presse au Maroc, réelle, effective, incomparable et dira-t-on ostentatoire au niveau de certains organes, nous libérait subitement de la tyrannie des frustrations d'antan pour ne nous laisser que l'insolence et le voyeurisme ?
Or, le secret dans tout cela, c'est qu'il n'y a pas de secret. Aux Etats-Unis, pays de la liberté de la presse s'il en est, des journalistes – et non des moindres comme Judith Miller – ont été accusés de violations aux principes constitutionnels, pour avoir évoqué des questions militaires placées sous le « secret défense ». Le « New York Times » et le « Washington Post » ont été contraints à un « mea culpa » rédhibitoire. Si la liberté de la presse ne s'accompagne pas de la responsabilité idoine et assumée, elle relève du mythe, et dans le cas du rapport « Doha center of media freedom » de la simple supercherie. On ne répétera jamais assez la célèbre phrase de Lacordaire selon laquelle « c'est la liberté qui opprime et la loi qui libère ». On croit rêver en effet devant tant de flatulences et de dérisions : le Maroc, Etat démocratique, mis à l'index par les mêmes déguisés rhéteurs qui ont installé leurs pénates à Doha : le seul dans le monde arabe qui a réglé – dans la douleur et la dignité – la question centrale des droits de l'Homme, où fleurissent les titres de presse les plus divers et multiples, le seul qui a vu naître l'incomparable « Instance de l'Equité et de la Réconciliation », susciter également un débat conséquent sur les violations des libertés, émerger un exemplaire et quasi-unique code de la famille et de la nationalité, promulguer une profonde et large réforme du champ religieux, promouvoir, plutôt révolutionner, le statut de la femme marocaine comme aucun autre pays arabe ne prétendrait le faire.
Ces oracles du « Doha center of media freedom », qui feraient mieux de voir ce qui se passe autour d'eux, versent à coup sûr dans l'illusionnisme, enfermés qu'ils sont dans leurs préjugés contre le Royaume du Maroc. Ils se contentent en somme de jauger, de tenir les comptes d'apothicaires en mal de sensation des événements de notre pays qu'ils leur sont d'autant plus méconnus qu'ils échappent à toute réduction. L'honnêteté intellectuelle et morale, à défaut de l'objectivité journalistique, commande que la presse elle-même ou ceux qui la commentent rendent compte à eux-mêmes avec courage et lucidité. C'est un exercice de salubrité.