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mise à jour : 09 février 2010, 19h09 GMT
 
 
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Editorial
Mohammed VI et le devoir de mémoire
 Publié le : 29.03.2009 | 13h49
   
 
 
Sa Majesté le Roi rappelle aux participants et aux membres du groupe Aladin cette vérité incontournable du rôle historique et moral du Maroc face à la tragédie de la Seconde Guerre mondiale : « D'autres que moi, souligne-t-il dans son message, sauront à juste titre vous dire à cet égard que s'agissant du Royaume du Maroc, ce propos n'est pas nouveau et il ne sera jamais un propos de circonstance. Si j'en esquisse aujourd'hui le rappel, c'est justement pour qu'Aladin, votre groupe de réflexion, se fixe l'objectif prioritaire de dire enfin au reste du monde ce qu'a été la résistance au nazisme des pays qui, comme le mien, à partir de l'espace arabo-musulman, ont su dire non à la barbarie nazie et aux lois scélérates du gouvernement de Vichy.» La résistance à la barbarie, le rejet catégorique de l'exclusion et le combat pour la dignité humaine n'ont jamais cessé de constituer le socle de l'éthique du Maroc pluriel et la règle de ses Rois.

En dénonçant la barbarie comme aucun autre n'a pu l'exprimer aussi vigoureusement, feu S.M. Mohammed V a défié une administration coloniale au nom de la dignité et de la liberté. Ses augustes successeurs, feu S.M. Hassan II, et aujourd'hui Sa Majesté le Roi Mohammed VI sont restés les dignes héritiers d'une telle tradition. Ils se sont inscrits dans une démarche de pédagogie, mettant en exergue la réalité historique et populaire du Royaume, marquée par des millénaires de coexistence ethnique, et sur le fronton de laquelle reste inscrite cette devise de liberté et de tolérance. Elle est la marque du Royaume, parce que si Mohammed V incarne la défense de ses sujets juifs face aux lois racistes de Vichy, si Hassan II a favorisé la réconciliation des enfants d'Abraham et milité pour la paix au Moyen-Orient, le Roi Mohammed VI est à présent le continuateur infatigable, l'inlassable militant de l'humanisme et de la diversité, le parangon du dialogue interculturel et interreligieux.

 Le Souverain n'hésite pas à poser le postulat suivant : « Dans quels manuels d'histoire et d'éducation civique, dit-il, apprend-on en effet aujourd'hui en Occident que le Maroc, dès les années 30, avait ouvert ses portes aux Communautés juives européennes qui avaient vu, à temps, le danger pointer à l'horizon ? ». Et de poursuivre : « Dans quels instituts ou carrefours intellectuels en Europe ou aux Etats-Unis discute-t-on de l'attitude exemplaire et historique de feu mon grand-père, Sa Majesté le Roi Mohammed V que Dieu le garde en Sa Sainte Miséricorde. Lui qui, malgré un pouvoir bridé par les réalités implacables du protectorat français, avait su s'opposer à l'application des lois racistes de Vichy aux citoyens marocains de confession juive ? ». De fait, la mémoire de l'Occident est appelée à un exercice de vérité qui, de nos jours, s'impose à la lumière des déchirements et des affrontements menés au nom de la religion utilisée comme prétexte.

Il y a plus de soixante ans, le Maroc par la voix de son Roi, confronté aux exactions de l'administration de Vichy, s'était fermement opposé à la politique d'exclusion raciste d'une frange de sa population. Il ne peut non plus, de nos jours, tolérer le resurgissement d'un tel spectre. Or, la mémoire reste écorchée et sa meilleure défense est de se rappeler, de hisser la vigilance comme une forteresse inexpugnable : « Chacun comprendra ici, rappelle Sa Majesté Mohammed VI aux membres du groupe Aladin, qu'en vous appelant à une lecture exhaustive et fidèle de l'histoire de cette période, je ne rends pas seulement justice aux faits. Nous sommes en effet dans un temps qui n'est pas neutre. Un temps où l'imaginaire collectif de toutes nos sociétés est aussi nourri par la perspective de l'exclusion et de l'échec quand se profilent les promesses du dialogue de nos civilisations, de nos cultures et de nos religions ». Le constat est limpide, sans concession, inscrit aussi dans l'exigence de mémoire certes. 

La menace, cependant, s'il a constitué autrefois une sorte de lâcheté des gouvernements européens, ne saurait être aujourd'hui une fatalité ou l'expression de notre faiblesse. Et la réplique royale, à cet égard, reste exemplaire, instruite de l'expérience et de la sagesse. Elle sonne comme l'appel à la vigilance : « Nous devons donc ensemble partir à la reconquête de la raison et des valeurs qui fondent la légitimité d'un espace de convivialité où les mots de dignité, de justice et de liberté auront à s'exprimer de la même façon et à se conjuguer avec les mêmes exigences, quelles que soient nos origines, nos cultures ou nos spiritualités », a souligné S.M. le Roi. 
   
 
   
  Par LE MATIN
   
 

 
 
 
 
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