En prononçant le 4 juin dernier un important discours au Caire pour proposer au monde arabe et musulman une relation nouvelle avec les Etats-Unis, le président Barack Obama a suscité, c'est le moins que l'on puisse dire, un grand espoir. Son discours, autant qu'une nette rupture avec la politique désastreuse de son prédécesseur, a constitué un nouvel appel à la paix. Qu'il ait forcé la ligne de séparation, en Israël comme au sein du monde arabe, entre extrémistes et modérés ne fait aucun doute. Il a acculé les premiers à leurs lourdes responsabilités face à l'Histoire et empli d'espoir les seconds, malmenés ces dernières années, timorés, voire inquiets. Aux Etats-Unis même, le discours du président Obama n'a laissé personne indifférent, et tout l'Establishment n'a cessé de bruisser des propos lancés du haut de l'Université du Caire sur la paix, la concorde et la fraternité des hommes. Un groupe de soutien a été créé, regroupant des hommes politiques, des parlementaires et autres, issus à la fois des partis démocrate et républicain. Toutes ces personnalités avaient remis au président américain un rapport dans lequel elles le pressaient d'agir et de s'engager personnellement dans la recherche d'une solution définitive, juste et équitable au problème du Proche-Orient.
En même temps que son urgence, les signataires de ce rapport, dont, pour ne parler que de lui, l'ancien conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski, ils ont mis en exergue l'impératif d'une création et d'une reconnaissance par les Etats-Unis d'un Etat palestinien. Une telle initiative est, jusqu'à nouvel ordre, unique en son genre dans l'histoire des Etats-Unis. Elle constitue un événement sans précédent, d'autant plus qu'elle regroupe plusieurs personnalités de tendances politiques diverses, voire opposées. Elle reflète aussi l'évolution nouvelle de la classe politique américaine, tous courants confondus, et au-delà de la société civile américaine. Autant dire que c'est le renversement du courant de pensée, jusqu'ici frileux pour ne pas dire hostile à la création d'un Etat palestinien. Le président Barack Obama a parlé au Caire le langage de la raison et peu de gens peuvent lui reprocher une quelconque ambiguïté dans ses propos. Il a lancé un vibrant appel aux peuples musulmans, soulignant sa volonté de réconcilier les hommes et les femmes du monde musulman avec l'Amérique, de travailler ensemble pour la paix et la concorde, de construire enfin un monde solidaire et uni dans sa diversité.
Ce sont en fait des accents homériques qui ont traversé les murs de l'Université du Caire pour retentir aux quatre coins de la planète. Le groupe de soutien américain qui s'est constitué, incarnant un poids intellectuel et traduisant surtout une volonté de changement à ce niveau, a suscité des émules en Europe, puisque un autre groupe d'anciens dirigeants et d'anciens ministres européens viennent de se constituer en force pour soutenir le groupe américain. Ni plus ni moins, ils apportent leur appui à Barack Obama dans sa nouvelle politique au Proche-Orient. « Comme le groupe américain, soulignent-ils dans une tribune libre publiée par « Le Monde », nous pensons aussi que les parties (en conflit) ne sont pas en mesure de relancer seules un processus de paix, cela a été amplement prouvé ».
Et de préciser plus loin leur pensée en « mettant l'accent sur la nécessité de deux Etats délimités selon les tracés du 4 juin 1967 qui s'accorderaient sur des modifications mineures et réciproques pour prendre en compte les zones fortement peuplées d'Israéliens en Cisjordanie ». Avec le même souci d'approfondir l'examen d'une solution définitive, les signataires rappellent que « Jérusalem serait capitale des deux Etats, avec un statut spécial pour les lieux saints, donnant à chaque partie le contrôle de ses lieux sacrés respectifs sans aucune entrave d'accès ». Le texte établit une causalité évidente entre la « démilitarisation de l'Etat palestinien » et « des mécanismes de sécurité israéliens ». Tout cela, et le texte de l'appel le souligne, dans le « respect de la souveraineté palestinienne ». Les signataires européens de l'appel recommandent dans la foulée la formation d'un gouvernement palestinien uni et, là aussi signal fondamental, préconisent d'y inclure sans sourciller le Hamas avec lequel d'ailleurs le gouvernement israélien ne dédaigne pas négocier en sous-main.
Le président Barack Obama n'est pas dépourvu d'arguments aujourd'hui pour prendre en mains le dossier du Proche-Orient. Son approche s'est écartée d'emblée de l'unilatéralisme de George Bush qui désignait le Hamas comme une « organisation terroriste », alors qu'une analyse plus fine, moins figée et manichéenne devrait tendre à privilégier le courant de pensée modéré au sein du Hamas. Le président américain, puisqu'il l'a affirmé et sa secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, réitéré, s'inscrit dans une nouvelle culture qui refonde désormais les rapports de l'Amérique avec le monde arabe et islamique et, surtout, explore les voies d'un règlement définitif et juste, sur la base d'une vision exacte et démocratique.