Une journée de réflexion et d'échange, et de projection pour un partenariat stratégique.
Publié le : 08.11.2009 | 14h33
«Réfléchir ensemble et faire bouger les lignes pour mieux affronter la première crise de la mondialisation, crise systémique et inédite ressentie dans tous les coins du monde à Djakarta, Berlin, Paris ou Casablanca». C'est ainsi que Jean François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale française avait défini dans son intervention l'objectif de cette journée animée par l'économiste Christian de Boissieu et organisée par l'ambassade du Maroc à Paris et le cercle d'amitié Franco marocain dirigé par Mehdi Qotbi et et la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris sous le thème «France-Maroc comment sortir de la crise».
La réflexion du président de l'UMP est globale et concerne la réorganisation du monde vingt ans après la chute du mur de Berlin, une réorganisation qui tiendrait compte des frustrations et des rancoeurs accumulées par certaines régions comme l'Afrique. Plusieurs idées fortes ont ponctué son message :la première réponse dit-il, doit être donné par les responsables politiques qui ont été fortement interpellés par le séisme financier et dont on attend une première régulation. Cette réponse n'a de sens, souligne-t-il encore que si elle est commune car c'est ensemble qu'il faut trouver une solution globale et aucun pays ne doit se sentir exclu.
D'où l'idée de fusionner le groupe G20 avec le Conseil de sécurité de l'ONU qui pourrait se transformer en un conseil de gouvernance qui engloberait ses compétences diplomatiques et militaires mais également des compétences économiques sociales et environnementales. Il y aurait ainsi un seul lieu de gouvernance mondial. Concernant la crise financière et devant un parterre de banquiers et responsables de structures financières françaises et marocaines dont le représentant de la CDG, le PDG de la BP, et le président de la Bourse marocaine, l'ancien ministre délégué au budget pose les termes du débat : il faut dit-il remettre de l'ordre dans le système financier en mettant fin aux liens flous qui existent entre les banques et les salles de marché, il faut une séparation stricte entre les activités bancaires, commerciales et boursières, ce qui signifie une plus grande lisibilité des banques, faute de quoi c'est une certaine idée du système capitaliste lui-même qui pourrait être mise en péril. Sur les relations France Maroc, l'ancien ministre s'est félicité du taux de croissance de 5,6% réalisé par le Maroc en 2008 et a appelé à un renforcement des relations entre les deux pays.
Il s'est félicité des réalisations du Maroc qui sous l'impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI a pris les options qu'il fallait, les moyens d'investir, de se développer pour s'ouvrir à la mondialisation »Les questions d'investissement déclinées dans la deuxième table ronde «comment assurer le financement de la sortie de crise »auront du reste permis aux responsables financiers marocains de faire le point sur la solidité des banques nationales, sur leur volonté d'accompagner les projets d'investissements en mettant en exergue des modes d'investissements innovants tels que les fonds carbone, les Fonds infra-med créées par la CDG en partenariat avec la BEI et la CDC et des fonds capital risque.
Force est de constater cependant, qu'au-delà des discours traditionnels « d'amitié et de relations privilégiées exemplaires et exceptionnelles », la relance et la rénovation du partenariat n'en est qu'à ses prémices et qu'il faudra beaucoup travailler pour donner corps à une ambition déclinée par un ministre français à savoir créer « un partenariat stratégique dans la région où le couple franco marocain doit être développé et être le moteur de la construction euro méditerranéenne. » On se souvient également des appels lancés par l'ancien Premier ministre français Dominique de Villepin à la création du groupe d'impulsion France Maroc invitant « les grandes entreprises à faire mieux, à aller plus loin, ensemble vers plus de croissance, plus d'emplois et un meilleur partage de richesses. Les deux pays avait-il souligné sont complémentaires et produire au Maroc crée des emplois au Maroc mais aussi en France »et l'appel à Rabat de l'actuel Premier ministre François Fillon à une plus grande dynamique de la coopération. Mais pour cela, il fallait une mobilisation des forces, des partenariats nouveaux et ambitieux, une visibilité internationale et une capacité de réaction et d'innovation accrue pour donner du sens « au destin commun des pays de la Méditerranée »cité par le président Nicolas Sarkozy.
Un premier élan a été donné par le GIFM aujourd'hui fusionné avec la structure du MEDEF international, dans le domaine du tourisme, de la sous traitance, de l'aéronautique, de l'automobile ou de l'électronique mais aussi dans ceux plus traditionnels, de l'agroalimentaire du textile et de l'artisanat. Mais à l'heure d'une mondialisation exacerbée où des reconfigurations s'imposent, et où les réponses gagneraient à être collectives et régionales, les résultats ne sont pas encore au rendez vous, les méthodes n'ont pas été revisitées et les énergies n'ont pas été encore libérées pour assurer le dynamisme de notre région euro méditerranéenne. Dans cette course aux parts de marchés dans le monde, marquée aujourd'hui par une rude concurrence, d'une part, et par les efforts de modernisation du Maroc et les opportunités d'affaires qu'il offre désormais, il faudrait identifier de nouveaux leviers d'impulsion aux échanges commerciaux et industriels, profitables aux entreprises françaises et marocaines. En d'autres termes et selon la formule « faire plus et mieux » d'autant qu'aujourd'hui comme l'a rappelé Ahmed Chami qui a inauguré cette journée « le Maroc dispose de moteurs lui permettant de continuer à renforcer sa compétitivité, et à développer ses infrastructures.
C'est dans ce cadre qu'il a invité les entreprises françaises à venir s'installer au Maroc où elles pourraient servir le marché local et le marché international. M. Chami a rappelé que le Maroc était le seul pays au monde à avoir signé des accords de libre échange à la fois avec l'UE et les Etats-Unis mais aussi avec la Turquie et quatre pays arabo méditerranéens offrant ainsi une plateforme d'exportation pouvant desservir un marché de plus de 700 millions d'habitants ». M. Horani président de la CGEM a demandé aux entreprises d'oser et d'innover, il a rappelé les différentes mesures mises en œuvre par le patronat et le gouvernement pour gérer la crise et en sortir en renforçant nos compétitivités. La crise dit il est une opportunité qu'il faut saisir pour développer notre partenariat »Etant entendu que ce sont les entreprises qui sont le vrai moteur du développement, qui créent de la richesse et des emplois.
A quand le transfert de l'ingénierie et de l'innovation ? Les intervenants français n'auront pas manqué d'abonder dans son sens. Jean René Fourtou, président du Conseil de surveillance de Vivendi a estimé que le couple franco-marocain, représente un excellent vecteur de développement en Afrique grâce aux savoir-faire français et aux ressources humaines marocaines qui sont internationalement compétitives. Pour Mr Fourtou « Il y a un effort d'infrastructures colossal !les plans Emergence, plan Azur, plan vert et d'autres plans sectoriels ont donné des feuilles de route et quand les entrepreneurs, les industriels ont de la visibilité, ils s'engagent. Dans un mouvement où les délocalisations vont se développer suite à une réorganisation de la chaîne de valeurs, le Maroc a des atouts intéressants par rapport au Maghreb et même par rapport à l'Europe du Sud. Ces atouts sont tout d'abord, la proximité, une formidable volonté et ce qui est décliné, c'est-à-dire les infrastructures, les investissements et des réformes qui suivent. »
Pour Guy Moreau président de BM Electronic Systèms Maroc, s'engager au Maroc c'est investir dans un partenariat fiable et de proximité mais je ressens dit il clairement le besoin d'avoir au Maroc de la production mais aussi de l'ingénierie, de l'innovation par un transfert de connaissances et du savoir technologique et c'est possible car dit il le Maroc est en train de créer un véritable environnement de l'innovation, grâce à une politique de formation, à un vivier d'universités et d'écoles d'ingénieurs, grâce à la réactivité des cadres marocains, au cadre juridique favorable, aux outils de soutien à l'innovation, aux infrastructures de RD de haut niveau pour les TIC, les nanotechnologies, les biotechnologies.. Et grâce aux fonds capital risque et fonds publics gérés par le privé… Un discours très écouté par un parterre plein d'opérateurs économiques, de banquiers et d'étudiants des grandes écoles françaises.