Nécessité d'une mobilisation collective contre la menace terroriste
Publié le : 13.01.2008 | 15h16
Le besoin de renforcer la sécurité et la stabilité dans les régions du Sahara et du Sahel constitue un enjeu majeur pour les années à venir.
Et pour cause. Les réseaux terroristes sont attirés par ces régions ayant de larges zones non administrées. Aujourd'hui, tous les pays de par le monde expriment une perception commune des enjeux de sécurité et de protection des populations dans ces régions dans un contexte international marqué par la lutte contre le terrorisme international et la criminalité organisée. Tous mettent l'accent sur la nécessité d'une mobilisation collective contre la menace terroriste. Cette problématique sécuritaire au Sahel pour l'ensemble de la région a été au centre des entretiens de Chakib Benmoussa, ministre de l'Intérieur, et Mme Michèle Alliot-Marie, ministre française de l'Intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, vendredi dernier à Paris.
Les ministres ont également fait part de leur «volonté commune de renforcer la coopération euro-méditerranéenne entre les ministres de l'Intérieur de la Méditerranée occidentale (CIMO : France, Espagne, Portugal, Italie, Malte d'une part, Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye d'autre part)». Cette volonté commune s'ajoute à celle exprimée par l'Organisation de l'Alliance atlantique (OTAN) dans le cadre du Dialogue méditerranéen (DM) et de l'Initiative de coopération d'Istanbul (ICI). D'après elle, il faut allier la sécurité, la bonne gouvernance et le développement, et cela suppose que l'Union européenne, les Nations unies et l'OTAN travaillent en harmonie avec les pays du sud de la Méditerranée. Adoptée en juin 2004 en Turquie lors du sommet de l'OTAN, l'Initiative d'Istanbul prévoit d'engager un processus de transformation politico-militaire interne et dans la promotion d'un partenariat et d'une coopération avec les pays adhérents du dialogue méditerranéen.
Elle inclut aussi un soutien pratique de l'Alliance aux pays de la région qui coopèrent avec elle contre les menaces terroristes, un accès à la formation, des compétences en matière de réformes, de la défense et des possibilités de coopération militaire et en engageant un dialogue politique sur des questions d'intérêt commun. Il faut préciser que ce sont les attentats du 11 septembre 2001 qui ont mis un terme définitif à l'ancienne politique de l'OTAN, une alliance créée à l'origine pour défendre collectivement le territoire de ses membres. Aujourd'hui, 64 pays travaillent aux côtés des Etats-Unis dans sa lutte contre le terrorisme. Le Maroc, partenaire stratégique traditionnel des Etats-Unis, coopère activement avec les services de renseignement américains et européens dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.
Lui, qui avait aussi été victime de la violence des extrémistes, fait partie de l'initiative des Etats-Unis pour la lutte contre le terrorisme dans les pays du Sahel, intitulée la «Trans Saharian Counterrorism Initiative», lancée après les attentats du 11 septembre 2001, afin d'empêcher les terroristes de se ménager des asiles sûrs en Afrique. Dans ce cadre, des manœuvres de «Flintlock 2005» ont eu lieu régulièrement dans cette région. Manœuvres qui visaient à empêcher les infiltrations des groupes islamistes armés, notamment le GSPC algérien (Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat). Cette organisation serait la branche algérienne de l'organisation terroriste internationale Al-Qaïda de Oussama Ben Ladden. Le GSPC est considéré par les Américains comme la plus importante organisation terroriste dans la région du grand Sahara. Ce groupe avait été créé en 1998 par Hassan Hattab, à l'initiative d'Oussama ben Laden qui voulait réhabiliter, aux yeux de la population, l'image des islamistes algériens ternie par les massacres de civils attribués au GIA.
Selon la presse algérienne, les groupes du GSPC, devenus membres de la Branche d'Al-Qaïda au Maghreb (Baqmi), utiliseraient le désert algérien comme base pour lancer leurs attaques dans d'autres pays, comme celle menée en décembre en Mauritanie contre un cantonnement de l'armée mauritanienne. La région du Sahel constitue en effet une zone de prédilection pour les groupes terroristes, affiliés à Al Qaïda, d'où ils lancent des actions terroristes, visant l'Afrique du nord et l'Europe. Plus grave, des éléments du polisario auraient, selon des sources concordantes, rallié ces groupes et fait allégeance à Al Qaïda, ce qui amplifie encore davantage ces menaces et aggrave le risque de trafic d'armes et de détournements des aides humanitaires destinées aux camps de Tindouf. Depuis plusieurs années, les services de renseignements français alertent régulièrement sur les activités du Baqmi, qui compte selon eux 500 hommes armés, dont 400 en Algérie et une centaine se déplaçant dans la zone sahélienne entre la Mauritanie, le Mali et le Niger.
Dernier acte à son actif, qui a coûté la vie à quatre touristes français en Mauritanie, a provoqué l'annulation pure et simple, pour la première fois de son histoire, du rallye Dakar, pour des raisons de sécurité et des menaces directes contre la course. Deux des trois assassins présumés des touristes français, arrêtés en Guinée-Bissau après une cavale de près de trois semaines, sont des proches de la mouvance Al-Qaïda. -----------------------------------------------------------
Le «polisario» montré du doigt
La situation d'instabilité dont pourrait pâtir la région du Sahara et du Sahel risquerait de mettre sérieusement en péril non seulement l'avenir de cet ensemble géographique, mais également la sécurité et la stabilité régionale et internationale, a estimé Tajeddine Housseini, professeur des relations internationales. Dans une déclaration à la MAP, M. Housseini a affirmé que ce qui se passe actuellement dans le grand Sahara est lié à la nature même du polisario qui, composé d'un ramassis de mercenaires de divers pays, pourrait avoir dans un proche avenir, une propension belliciste.
M. Housseini n'exclut pas que le polisario, auquel il récuse à ce titre le statut de mouvement de libération, puisse perdre le contrôle de ses troupes, ce qui risquerait de se répercuter de manière négative, sur la stabilité de toute la région du Sahel, sachant que tous les ingrédients sont réunis, dans les camps de Tindouf, pour laisser planer une telle perspective, notamment le trafic d'armes. Les derniers actes terroristes en Algérie et en Mauritanie viennent confirmer cette double menace, constituée par la nouvelle stratégie d'Al Qaïda au Maghreb et la position géographique des campements du polisario, à Tindouf, avec son arsenal de guerre.
La situation de sécheresse persistante dans le grand Sahel et la désolation dans laquelle se trouvent les populations de cette région, comme les problèmes d'immigration clandestine, risquent de servir d'ingrédients favorables pour un enrôlement sous la bannière d'Al Qaïda, selon lui. Ainsi donc, la région du Sahel risque de devenir une des plates- formes mondiales du terrorisme international.