La diaspora doit être considérée comme la 17e région du pays
Publié le : 12.02.2008 | 15h23
Le Maroc change de politique envers ses expatriés. Le ministère chargé des Marocains résidant à l'étranger vient de rendre public un plan d'action en ce sens. La feuille de route qui couvre les quatre prochaines années, est déclinée en plusieurs axes englobant aussi bien des aspects économiques et sociaux que culturels.
Les différents sondages le confirment, les attentes des MRE se focalisent particulièrement sur les volets religieux et culturels et les questions liées à l'administration et la justice. Aussi le plan d'action, qui n'est qu'une première mouture et demeure sujet à débat, comme le précise Mohammed Ameur, nouveau titulaire du département, tient-il à répondre aux problématique posées par ses aspects de la vie des MRE.
Le programme d'action du ministère tente d'apporter une solution aux questions les plus terre-à-terre des MRE. Ainsi et pour ce qui est des premières attentes, le ministère compte faire porter le nombre des bénéficiaires du programme de l'enseignement de la langue arabe à 150.000 en 2012 contre 60.000 actuellement. De même, un programme d'encadrement religieux doté d'une enveloppe de 120 millions DH a été déployé pour cette année. Sur le plan culturel, il est question de créer cinq espaces bilatéraux de dialogue et d'amitié dans les pays d'accueil. Et ce, en raison d'un espace culturel par an. Le nombre des enfants et de jeunes de la communauté marocaine bénéficiaires des voyages culturels et pédagogiques au Maroc, sera également revu à la hausse.
Sur le volet social, il sera procédé à la prorogation des délais de l'importation provisoire des voitures au profit de cette communauté. La taxe douanière sera également revue à la baisse. Coté administratif, le ministère envisage l'instauration de cabinets privés d'étude et d'assistance juridique, agréés par l'Etat et respectant un cahier des charges déterminé. Cela dans un moyen terme. Dans l'immédiat, le ministère a soumis une requête au département de la Justice en vue de détacher un magistrat pour examiner et répondre aux différentes plaintes soumises par les MRE à la Fondation Hassan II. Car les chiffres le montrent, près de 60% des plaintes adressées à cet organisme ont un caractère juridique.
Outre le volet administratif et judiciaire, le plan d'action du département chargé des MRE, fait la part à la question économique et financière. En ce sens, il se propose d'entamer, avec les différents acteurs dans le domaine, la mise à niveau des mécanismes des finances publiques chargés de financer l'investissement des MRE dans leur propre pays. Il s'agit, également de rechercher et mettre en place de nouveaux outils incitatifs à l'investissement. Cela passe aussi bien par la restructuration de Banque Al Amal que par l'amélioration et le développement de ses services et produits. Le ministère entend, de même, créer une structure nationale centrale ou des structures régionales et locales pour l'accueil et l'orientation des MRE désireux d'investir dans leur pays. Par ailleurs, le ministère étudie sérieusement la possibilité de réduire les frais de transfert d'argent. L'idée étant d'inverser la tendance actuelle.
En effet, ce sont les petits montants, 10.000 DH en moyenne, et qui constituent en majorité le volume des transferts, qui sont les plus pénalisés. Le département de M. Ameur veut remédier à la situation dans les plus brefs délais. Pour financer son plan d'action, le ministère s'est vu promettre une enveloppe prélevée sur le budget général de l'Etat. " Mais ce ne sera pas suffisant ", laisse entendre le ministre. Aussi, celui-ci table sur la participation financière d'autres organismes, les banques notamment en ce qui concerne le volet encouragement des investissements, mais aussi des partenariats aussi bien avec les pays d'accueil qu'avec les organismes associatifs.
Mais avant tout, il faut revoir l'approche de la politique publique en matière de gestion du dossier des MRE. " La communauté marocaine résidant à l'étranger doit être considérée comme la 17ème région de notre pays. Pour cela, il faut une conjugaison des efforts de tous les départements ministériels", ne cesse de clamer M. Ameur. Aussi, la mise en exécution de cette nouvelle politique nécessite-t-elle une stratégie globale homogène, dans le cadre d'une " méthodologie participative ". Alors, la Primature, dont dépend dorénavant le département chargé des MRE vient d'activer, il y a une semaine, la commission gouvernementale mixte chargée de la question.
Le mot d'ordre est désormais d'inscrire l'approche MRE dans toutes les politiques ministérielles. Pour ce qui est de l'organisation, malgré la multiplicité des intervenants, le ministre se dit avoir une visibilité. Ainsi, outre la fondation Mohammed V dont l'intervention est ponctuelle, trois autres intervenants se chargent, chacun à son niveau, du dossier des MRE. Il s'agit du ministère dont le rôle est de coordonner l'action des autres partenaires, proposer et mettre en exécution une politique générale du gouvernement en la matière. La Fondation Hassan II intervient en tant qu'organe exécutif et le nouveau conseil consultatif des MRE se voit investir des prérogatives d'une force de proposition. -----------------------------------------------
Combien sont-ils ?
Le nombre des MRE est passé de 1.634.520 personnes en 1992 à 3 millions 200.000 en 2006, ce qui représente plus de 10% de la population selon le dernier recensement. Plus de 85% des MRE vivent en Europe occidentale. 9% vivent dans les pays du Golfe et 6% en Amérique du Nord. La structure démographique des MRE a connu une forte mutation pendant ces dernières années.
Près de 50% des MRE sont des femmes. La majorité des émigrés n'est plus composée de la main-d'oeuvre originaire des régions reculées du pays. Les élites et cadres supérieurs, vivant dans les villes, choisissent de plus en plus de s'expatrier. Depuis le début des années 90, de nouveaux pays d'accueil de l'émigration se sont ajoutés aux destinations traditionnelles. C'est ainsi que l'Espagne s'est convertie en deuxième pays d'accueil des MRE avec plus de 500.000 personnes, suivie de l'Italie qui accueille près de 350.000 Marocains.