Le quotidien français " Le Monde " s'est fendu dans ses éditions du jeudi 14 février d'un article signé Florence Beaugé qui décrit la vie dans les camps de Tindouf où " 158 000 Sahraouis attendent depuis trente ans un avenir qui ne vient pas " ! Une première remarque s'impose : le chiffre de 158 000 Sahraouis avancé dans l'article est-il réel et définitif ? Nullement, il est totalement faux et ne peut être que faux.
Le recensement organisé par les Nations unies en 1974, alors que l'Espagne de Franco occupait encore le territoire, avait enregistré le chiffre officiel de 70 000 Sahraouis. La Marche Verte, lancée une année plus tard par feu S.M. Hassan II, n'avait pas – contrairement à ce qu'affirme l'envoyée spéciale du " Monde " - contraint les Sahraouis à prendre la fuite vers l'Algérie. Le nombre de ceux qui étaient partis ne dépassait pas les 5 à 6 000 personnes dont la majorité – outre les groupuscules dirigeants du polisario – avait été entraînée de force dans les fourgons de la sécurité militaire algérienne.
A supposer que le taux de naissance soit le plus élevé, la loi biologique ne peut accepter que la minorité appelée " peuple sahraoui " à Tindouf soit passée si vite à 158 000. La loi des générations spontanées a ses propres limites. Ignore-t-on que la très grande majorité des Sahraouis recensés en 1974 sont demeurés au Maroc…
Peut-on d'ailleurs, à l'heure des chaînes de radio et de télévision internationales qui avaient couvert librement l'événement de la Marche Verte, imaginer une seule seconde un long convoi d'hommes et de femmes traverser des jours durant un territoire en conflit, sans attirer l'attention des médias ? Il y a quelques temps, la MINURSO a livré le chiffre officiel de 25 à 30 000 Sahraouis séquestrés – et non réfugiés – dans les camps de Tindouf. Ce chiffre reste probable, encore qu'il faille en décaler les nombreux retours qui ne cessent de se suivre, provoquant une véritable hémorragie au sein du polisario.
Encore qu'il faille aussi souligner que les Sahraouis, qui quittent Tindouf, défiant à la fois les deux cordons sécuritaires du polisario et de la police militaire algérienne, ne sont pas constitués seulement de cadres dirigeants, mais de petites gens, du peuple profond qui exprime son choix et son irrésistible désir de regagner la mère patrie. En définitive, le chiffre avancé par l'envoyée spéciale du " Monde " est non seulement totalement faux, mais il pèche par un manque de rigueur. Elle évoque le Timor oriental et le Kosovo, mais ne peut ignorer à quel point la déstabilisation est devenue le pain quotidien des habitants de ces deux territoires. Le président José Ramos-Horta du Timor vient d'échapper à un grave attentat et le Kosovo constitue une poudrière dont on n'aura pas fini de mesurer la réelle menace.
Le gouvernement algérien et ses stipendiés du polisario sont responsables des séquestrations de citoyens sahraouis, ils ne peuvent se déjuger devant la communauté internationale, alors que celle-ci d'un bout à l'autre de la planète, soutient le plan d'autonomie proposé par le Maroc. Notre pays ne saurait renoncer à combattre l'injustice qui frappe nos concitoyens, quand bien même ceux-ci ne représenteraient que deux ou trois familles, voire même une ou deux personnes seulement.