Dans le dernier éditorial du « Matin », nous traitions de l'inexplicable attitude et de la non-réponse du gouvernement algérien ou plutôt du flou entretenu autour de l'appel du Maroc à la réouverture des frontières avec l'Algérie. L'encre a séché à peine que déjà Mourad Medelci, ministre des Affaires étrangères d'Algérie, a apporté la réponse : « La réouverture des frontières n'est pas envisageable » ! Pourrait-elle d'ailleurs être envisagée ? Le chef de la diplomatie algérienne, tout à son sens de l'ambivalence, usant jusqu'à la corde de la sempiternelle rhétorique, affirme ensuite : « Mais elle doit intervenir dans le cadre des évolutions souhaitées par les deux parties ».
L'expression « évolutions souhaitées » relève d'une langue de bois dépassée, emberlificotée et s'inspire ni plus ni moins de ce cynisme et de cet art de couper les cheveux en quatre dont la diplomatie algérienne ne cesse d'user et d'abuser. Notre pays en a bel et bien pris gravement acte, depuis belle lurette. Le ministre algérien parle de « meilleure position d'ouverture en général et d'ouverture des frontières en particulier » ! Autrement dit, il croit fixer des étapes et des paliers, comme s'il s'agissait de surmonter et d'escalader une montagne à plusieurs obstacles, alors que le même gouvernement dont il fait partie répète à satiété, n'en finit pas surtout de déclarer qu'entre le Maroc et l'Algérie il n'y a pas de problème.
D'ailleurs, se démentant lui-même, s'employant à subordonner l'ouverture en particulier des frontières à l' ouverture en général- deux prétendues exigences annoncées en bloc-, autrement dit, fermant toutes les issues possibles entre les deux pays, il ne se contredit pas moins, gravement, impudemment et d'une manière qui nous fait tomber à la renverse : « Nos relations bilatérales, soutient-il, sont sereines et constructives et il faudrait fédérer nos efforts mieux que par le passé » ! Voilà qui nous édifie encore sur cette duplicité de langage. Faudrait-il se résoudre à cette littérature qui, plutôt qu'une réponse claire et nette à la proposition marocaine, nous livre les sous-entendus et les non-dits en lieu et place de la franchise et de la sincérité ? Depuis le 20 mars dernier, date à laquelle le Maroc a lancé sa proposition, les voix se font nombreuses, y compris surtout en Algérie. Elles exigent que le gouvernement algérien soit cohérent avec lui-même et qu'il mette un terme à son cynisme. Le Maroc ne se fait nullement d'illusion quant à l'attitude du gouvernement algérien, qui n'est pas celle du peuple d'Algérie.
Pour une fois, M. Medelci avoue officiellement que « l'affaire du Sahara constitue une gêne qui grippe l'édification du Maghreb » ! Curieux prétexte, inadmissible et fausse réponse aussi. Car autant le Sahara constitue une pomme de discorde entre le Maroc et l'Algérie seulement, autant nos relations avec les autres Etats du Maghreb ne souffrent aucune divergence. Le désaccord à ce niveau oppose Rabat et Alger et nul autre. Or, si le Maghreb est en équation et son avenir phagocyté, la responsabilité en incombe à coup sûr au gouvernement algérien qui, non seulement le réaffirme aujourd'hui de manière officielle, mais érige aussi la duplicité diplomatique. Il n'y aurait pas l'affaire du Sahara, et le Maghreb se serait édifié contre vents et marées ! N'est-ce pas aussi limpide !