728x90
 
mise à jour : 09 février 2010, 10h16 GMT
 
 
lematin.ma > région
Rabat
L'approche juridique et la médiation
Un colloque international organisé par l'Association Chaml pour la famille et la femme de Kénitra.
 Publié le : 28.11.2009 | 15h34
   
 
 
La médiation en tant que processus de résolution des conflits est une voie de plus en plus empruntée par les sociétés modernes.
 
Dans le domaine familial, elle revêt un caractère vital puisqu'elle permet de résoudre des conflits liés au divorce et à la séparation et constitue une occasion pour restaurer le dialogue au sein de la famille. A cet égard, l'Association Chaml pour la famille et la femme de Kénitra a organisé récemment à Rabat, en collaboration avec la Coopération belge au développement et l'UNIFEM, un colloque international sous le thème «Le conflit familial entre l'approche juridique et la médiation». Afin d'enrichir le débat et compte tenu de l'importance du thème, des médiateurs étrangers, de hauts cadres du ministère de la Justice, des magistrats, des chercheurs dans le domaine de la psychologie, de la sociologie et de l'Histoire ainsi que des représentants concernés de la société civile ont été conviés à ce colloque qui a duré deux jours.

Lors de la première séance plénière consacrée à l'approche conceptuelle et historique de la médiation, Evelyne Vink, juriste, médiatrice formatrice à l'université de Louvain (Belgique) a choisi comme thème de son intervention «Vingt ans de médiations familiales: des facteurs communs pour des pratiques plurielles». Le but, souligne-t-elle, est de placer la médiation familiale dans un processus historique pour décrire brièvement l'évolution de cette pratique de règlement des conflits et mettre en exergue l'importance du temps qu'il a fallu aux Européens – et qu'il leur faudra encore - pour que ce mode de règlement des conflits participe pleinement à la culture judiciaire. La conférencière qui considère la médiation comme une justice négociée, a révélé que la multiplicité des pratiques de médiation sont liées à la formation du médiateur et à sa profession, à son histoire personnelle, aux influences des règles et des usages de la société à laquelle il appartient et au cadre dans lequel il est amené à travailler avec des parents en conflit. De son côté, le professeur Kamal Raddaoui, psychiatre psychothérapeute a indiqué que le psychothérapeute s'est trouvé propulsé dans la médiation familiale malgré lui.

Il a, en outre, estimé que, de par sa profession, il ne peut pas rester neutre et spectateur dans la dynamique familiale. «Il est, dit-il, partie prenante dans cette dynamique qui agit sur lui et sur laquelle il agit à son tour.» Cette «médiation» qu'il a qualifiée de thérapeutique est liée à des conflits ayant essentiellement pour causes : des problèmes d'argent, la précarité du logement, le stress professionnel et le chômage, l'autorité excessive ou défaillante de l'un des conjoints, l'autonomie et la dépendance familiale, les conflits de couples ou de familles, les problèmes sexuels et frustrations, les rôles et attributions des conjoints, la violence conjugale…

Le professeur Houssein Morjane de l'université Ibn Tofaïl de Kénitra s'est penché lors de son intervention sur la médiation dans les sociétés traditionnelles. Il a révélé que durant le 16ème siècle, la pratique de la réconciliation a atteint son apogée au Maroc et qu'elle était l'œuvre des Chorafas, des dignitaires religieux, de ceux qui étaient considérés au sein des tribus et des villages comme des sages et des notables. Selon l'intervenant, les médiateurs traditionnels ont été souvent sollicités pour résoudre les conflits tribaux et familiaux.

La deuxième séance de la matinée a été consacrée aux expériences occidentales. Claire Denis, médiatrice, formatrice et chercheur en médiation a éclairé l'assistance sur les différentes pratiques en France. Après avoir retracé l'évolution historique du concept de médiation en France, elle a révélé qu'actuellement la médiation se développe dans l'Hexagone et touche les différents champs de l'activité sociale : la famille, l'entreprise, l'école, l'hôpital, le quartier…Les médiateurs, ajoute-t-elle, se démultiplient : médiateurs institutionnels, médiateurs familiaux, médiateurs pénaux, médiateurs généralistes, médiateurs scolaires, agents de médiation sociale agissant au niveau des quartiers. Ce développement des médiateurs, révèle-t-elle s'est accompagné de pratiques multiples, et parfois contradictoires, ce qui a entraîné chez le public un certain manque de visibilité. Evoquant le cadre éthique de la profession ou plutôt de la mission de médiateur, Claire Denis a déclaré que le médiateur est strictement tenu à la confidentialité, à l'indépendance et à la neutralité.

«L'intégration de la médiation dans les procédures judiciaires relatives à la famille : quel risque pour une pratique qui se définit comme alternative ?» a été le sujet abordé par Laura Cardia Vonèche, sociologue et médiatrice à Genève (Suisse). L'intervenante a mis l'accent sur la nécessité de préserver le caractère spécifique de la médiation. Elle a indiqué que la tendance actuelle en Europe est d'institutionnaliser la médiation évoquant à cet égard, une recommandation du Parlement européen pour l'inscrire dans les textes législatifs. Elle s'est, par ailleurs demandé, si l'institutionnalisation de la médiation ne lui ôte pas son caractère spontané et inventif.

Le thème choisi par Evelyne Meissirel du Souzy, avocate médiatrice, formatrice à l'université de Louvain et membre de l'Association Trialogue Belgique est «de la pratique du droit à la pratique de la médiation : quel atout pour la famille? La conférencière a mis en exergue l'éternel interaction entre le conceptuel et la réalité concrète. Elle a aussi insisté sur la capacité d'écoute bienveillante et experte du médiateur qu'elle a qualifié de créateur de pont. Selon Evelyne Meissirel, la présence de l'avocat, compte tenu de son expérience professionnelle, est d'une importance capitale. Elle a conclu son intervention par le concept de co-médiation en ayant recours à des praticiens de divers horizons. Cette co-médiation, souligne-t-elle, a déjà fait ses preuves notamment pour la résolution de conflits familiaux de couples appartenant à des cultures différentes. Au Canada, indique-t-elle, on parle de médiation participative.

Ludovica Piccardo a consacré son intervention à la question de la médiation concernant les femmes étrangères victimes de la violence en Italie. Elle a indiqué qu'une étude effectuée par 9 associations s'occupant des femmes au centre de l'Italie a révélé que des structures d'accueil de femmes victimes de violences conjugales hébergent près de 60% de femmes issues de l'immigration. Elle a, par ailleurs, reconnu que les séances de réconciliation n'ont pas eu les résultats escomptés dans les milieux de l'immigration compte tenu, estime-t-elle du manque du soutien familial.
-----------------------------------------------------------------

Les expériences égyptienne et mauritanienne

L'experte égyptienne Azza Kamel considère que la médiation en Egypte remonte à l'époque pharaonique. Elle a axé son intervention sur la longue tradition des tribunaux familiaux égyptiens dans le domaine de la conciliation familiale en évoquant les différentes lois qui régissent le statut de la famille. L'expérience mauritanienne dans le domaine de la médiation a été présentée par Sidi Mohamed El Jyid de l'université de Nouakchott. Il a indiqué que jusqu'à une date récente, le milieu familial était l'unique lieu de résolution des crises et des conflits familiaux. A cause des mutations sociales, de l'exode rural, de l'urbanisation galopante et du phénomène de la globalisation, le rôle de médiation de la famille s'est affaibli ce qui a cédé la place à des structures publiques d'arbitrage et de conciliation. La deuxième journée a été consacrée aux ateliers. Le premier concernait la médiation familiale au Maroc et les professions juridiques, le second à la médiation familiale et la société civile et un troisième atelier de démonstration animé par Claires Denis, Evelyne Vink, Evelyne Meissirel du Souzy et Laura Cardia, des expertes en médiation qui ont largement contribué à enrichir le débat lors de ce colloque international.
   
 
   
 
 Repères
L'histoire et la littérature arabe
  Le professeur Kamal Raddaoui, psychiatre psychothérapeute a indiqué que le psychothérapeute s'est trouvé propulsé dans la médiation familiale malgré lui.
  Latifa El Mahdaoui de l'université Ibn Tofaïl de Kénitra a abordé la question de la médiation sous l'angle de l'Histoire et de la littérature arabe durant les périodes préislamique et islamique.
  Elle a souligné, à cet égard, que les poètes ont joué un rôle éminent dans le récit des conflits entre les tribus et des tentatives de réconciliation.
  Par Driss Lyakoubi | LE MATIN
   
 

 
 
 
 
 L'actualité
 
 
 
 
 
 Editions hebdomadaires
 
 Bourse de Casablanca
  MASI 10 949,26 pts 0,20%
  MADEX 8 888,34 pts 0,22%
Toutes les actions màj : 08/02 - 17h44
 
 
 Votre avis
Selon vous, 2010 serait-t-elle placée sous de meilleurs auspices sur le plan économique ?
Oui
Non
Sans opinion
 
 
 
lematin.ma
 
Actualité
 
Services
 
Pratique
 
 
Droits de reproduction et de diffusion réservés ©lematin.ma 2001-2007