Cette infrastructure va être réappropriée avec des projets que l'on pourra imaginer, selon son architecte.
Publié le : 15.11.2009 | 11h07
Le nouveau pont Moulay El Hassan, qui est en construction entre Rabat et Salé, s'est déjà fait une notoriété internationale avant même qu'il ne soit achevé.
Lors de l'importante conférence internationale «Architecture et développement durable», rendez-vous des architectes au salon BATIMAT qui a eu lieu à Paris au cours de la première semaine de novembre, ce pont a été cité comme étant un «projet exemplaire de développement urbain à partir de l'infrastructure». Il est à noter que cette conférence, sponsorisée par Lafarge, a été l'occasion de découvrir des projets innovants (par exemple, la Tour Generali - Denis Valode), spectaculaires (le concept «Habiter les Ponts» de Marc Mimram en partenariat avec Lafarge)… Ainsi, ce rendez-vous a donné lieu à une présentation d'une douzaine de grands projets à travers le monde, la plupart en cours de réalisation. Ces projets se distinguent par le caractère innovant et révélateur de l'importante évolution de la construction, de la rénovation, et plus largement de la conception architecturale face aux nouveaux enjeux environnementaux et énergétiques du vingt-et-unième siècle.
Pour l'architecte ingénieur, Marc Mimram, qui a pris part à cette conférence et qui est le concepteur du projet pont Moulay El Hassan en partenariat avec Lafarge, cet ouvrage transformera totalement le paysage au niveau de cette partie de la capitale du Royaume et de la ville voisine (voir encadré). Par ailleurs, selon l'Agence pour l'Aménagement de la Vallée du Bouregreg d'autres ponts seront également érigés le long de l'oued tant au niveau du projet Amwaj que des autres séquences. La réalisation du nouveau pont Moulay El Hassan soulagera la circulation urbaine par la construction de deux triples voies, outre la plate-forme du tramway, et un passage sécurisé pour les piétons et les deux roues de part et d'autre, souligne-t-on. «Avec une hauteur de 12.8 mètres, le pont facilitera l'accès des bateaux aux marinas du projet Amwaj et permettra la navigabilité du fleuve Bouregreg jusqu'aux limites du pont ONCF en amont». En outre, cet architecte de renom a profité de sa participation à cette conférence internationale pour revenir sur son concept avant-gardiste des « ponts habités », qui a déjà fait l'objet d'une étude réalisée par lui-même en partenariat avec le groupe cimentier cité ci-haut.
Dans cet univers urbain de plus en plus dense, la question des flux et de l'organisation de la mobilité invite l'architecte à repenser la ville et à donner du sens à chaque élément qui vient la façonner, insiste l'architecte. Si l'infrastructure est le plus souvent vécue comme un mal nécessaire, elle conditionne pourtant largement la question urbaine et préfigure l'aménagement de la cité. «L'infrastructure serait un mal nécessaire », selon M. Mimram qui propose cette génération futuriste de ponts comme un substitut aux tours qui font toujours la loi dans le domaine de l'urbanisme des grandes métropoles. « Il faut regarder le pont comme on regarde la tour, sous la forme d'une structure habitable dont l'horizontalité se substitue à la verticalité (…), l'idée poursuivie étant de recoucher la ville en profitant de l'atout du franchissement», a-t-il énoncé dans l'étude citée. L'architecte propose donc de reconsidérer le rôle du pont en proposant « d'habiter l'infrastructure», de la penser comme un bien collectif, un «lieu commun » de socialisation et de partage, au cœur de la ville. ------------------------------------------------------------------ Question à:Marc Mimram, architecte du nouveau pont Moulay El Hassan
«Cet ouvrage transformera totalement le paysage autour de lui»
En tant qu'architecte ingénieur, concepteur du nouveau pont Moulay El Hassan, comment évaluez-vous l'importance de cette infrastructure ?
Cet ouvrage est un projet de développement urbain très important et exemplaire qui va pouvoir lier Rabat et Salé aussi bien au premier sens du terme que sur le plan social par le passage du tramway. Cette infrastructure qui s'étend sur près de 1,3 km de long, on la veut habitable au sens noble du terme : elle forme un toit dans la ville, on pourrait imaginer qu'il y a des marchés, il y a toute une partie d'accès du côté de Salé qui, j'en suis certain, va être réappropriée avec des projets que l'on pourra imaginer. Et puis de l'autre côté, le passage du tramway. Donc, je pense que c'est très important pour la ville d'imaginer que l'infrastructure peut être considérée comme un acteur urbain. Alors, on a développé ce projet d'un point de vue technique très particulier ; je pense que c'est une première mondiale car on a utilisé un béton très résistant à haute performance fait à partir du ciment blanc. C'est important que la lumière de l'éclairage public au niveau de cette partie de la ville résonne avec la coloration claire de cet ouvrage. Le chantier avance bien. Et une fois achevé, cet ouvrage transformera totalement le paysage au niveau de cette partie de la ville.
Repères
Exemples des projets de ponts habités
Pour concrétiser cette nouvelle conception, Marc Mimram a procédé à un large repérage qui lui a permis de choisir des sites d'implantation pour leur pertinence comme La Courneuve (France), Shanghai (Chine), New York (Etats-Unis) ou encore Moscou (Russie).
A La Courneuve, il s'agit de tisser un nouveau lien urbain par le biais d'un « pont-paysage » inspiré des deux territoires qu'il relie. A Shanghaï, un « pont-toit » offre un nouvel espace public dans une ville emmêlée dans ses infrastructures routières ; à New York, le pont s'ouvre sur d'autres enjeux urbains et dépasse la problématique d'espace et de densité; tandis qu'à Moscou, le pont habité s'inscrit dans l'urbanité, au-dessus même du fleuve.