«Tu es mon pèlerinage d'amour. «Certains marchent vers des tombes sacrées, moi je marche vers toi. Comme les saints vénérés des autres, toi aussi tu es à la fois morte et vivante.
«Morte puisque je ne pourrais plus jamais vivre avec toi, vivante parce que je ne cesserai de te porter en moi.»C'est à un véritable pèlerinage que Siham Benchekroun nous invite dans ce nouveau roman intitulé sobrement «Chama». Un nom de femme aux effluves désuets des jours d'antan, marque de tradition et d'authenticité rassurantes. C'est le quatrième ouvrage de Siham Benchekroun, après un recueil de nouvelles : «Les jours d'ici» ; un autre recueil de poèmes : «A toi », et surtout un roman, «Oser vivre » son baptême du feu, où elle révèle un véritable talent de conteuse et de «chirurgienne de l'âme humaine».
C'est dans les replis de l'âme d'une femme que Siham Benchekroun nous a offert une balade dans «Oser vivre», c'est dans les sinuosités profondes et tortueuses de l'âme d'un homme qu'elle nous invite le temps d'un pèlerinage dans «Chama ». Un homme sans nom, un anonyme mais qui, paradoxalement, campe tous les hommes autant dans leur force que dans leur fragilité, leur vanité ou leur bêtise. Notre homme est un séducteur qui se dit adepte convaincu de l'union libre très en vogue dans les années 60 et 70, et qui s'empresse d'en convaincre ses conquêtes : «Afin de me donner bonne conscience cependant, je t'invitais à ‘‘rencontrer'' d'autres personnes, pour ‘‘vivre autre chose'', et ‘‘qu'il n'y ait pas de différence entre nous'', claironne-t-il à l'intention de « Chama », l'une de ses innombrables conquêtes, afin de la convaincre de réticence à tout engagement. Jusqu'au jour où de guerre lasse, la bonne Chama se résout à prendre en main sa propre vie.
C'est la chute : un tournant dont l'auteur fait le lieu de focalisation de ce roman d'une seul pièce : le discours d'un homme amoureux en souffrance, qui va à sa propre rencontre après sa descente aux enfers ; et à l'occasion, nous ouvre des pistes susceptibles de nous mener vers la découverte de nous-même. C'est la grande force de Siham Benchekroun : faire d'un fait d'intimité, somme toute anodin puisque courant, en l'occurrence l'éloignement d'un être aimé, une leçon de chose, une source de méditation sur les complexités de la condition humaine, et, cerise sur le gâteau, un poème qu'on voudrait lire à haute voix : «Les hommes sont pleins de larmes.Ils s'accrochent seulement à des digues de fortune, leur vie durant, ballottant et se durcissant contre les vents. «Nuit après nuit, les assauts de mon chagrin ont fait rompre la coque de mon être.
Dans les torrents de mes pleurs ont été charriées mes lâchetés.«Mon cœur a été comme abrasé au papier de verre et me voilà devenu transparent et perméable, la poitrine ouverte» Sublime rédemption après la chute. ----------------------------------------------------
Extrait
« Je te hais, mon amour… « Je te hais avec une violence qui me ravage. C'est comme un feu ardent qui brûle dans l'étoffe même de mon cœur. Ma poitrine est en cire brûlante. « Goutte après goutte, je vais fondre de rage et m'éteindre dans un petit tas mou et blanc. « De mes dernières lueurs, je vacille dans l'obscurité. Quelques éclairs de fureur qui me retiennent vivant… « Ton image m'obsède. « Je te hais comme un fou « Et je te voudrais morte, disparue à tout jamais du présent, pour qu'enfin je sois délivré de toi. « Et qu'il ne me soit plus possible de te perdre. Ni de te partager.»
Chama de Siham Benchekroun Éditions Empreintes 136 pages