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mise à jour : 08 septembre 2010, 18h34 GMT
 
 
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«Daret»
Le banquier des infortunés
L'adaptabilité et la flexibilité des tontines en font un outil financier très prisé
 Publié le : 12.05.2009 | 14h51
   
 
 
«Leflous! Donnez-moi l'argent», plaisante Alima en tendant les mains vers ses deux amies.
 
Aujourd'hui c'est son tour. Elle récupère l'argent de daret (tontine mutuelle ou tournante) pour repeindre la façade de sa maison. A Casablanca, comme dans d'autres villes, beaucoup de personnes, majoritairement des femmes, participent ainsi à des daret pour gérer leurs économies. « Nous sommes seize femmes. Chacune donne, chaque mois, 500 DH. La somme récoltée est remise à une des participantes, puis à une autre le mois suivant et ainsi de suite jusqu'à ce que les 16 femmes aient reçu 8000 DH chacune», explique Alima. Assise dans son salon marocain, cette mère de famille raconte qu'elle participe à pas moins de quatre daret actuellement. Les avantages des tontines sont nombreux. Elles servent à la fois d'épargne pour celle qui reçoit l'argent la dernière, de crédit pour celle qui le reçoit la première et d'assurance lorsque daret est créée expressément pour répondre au besoin urgent d'une personne en particulier. Participer à daret est, pour beaucoup, plus intéressant que d'avoir recours à une banque. Les démarches officielles exigées par les banques sont lourdes et compliquées. Qui plus est, daret est pour les premières femmes à recevoir l'argent un prêt sans aucun intérêt. Chose qu'elles n'obtiendront jamais auprès d'une banque. Enfin, les plus pauvres, parce qu'ils ne sont pas solvables, ne peuvent obtenir de crédit.

Dans le cas de daret, la confiance des femmes entre elles remplace les garanties formelles qu'exigent les banques. Dans de petites fêtes, réunion ou lorsque plusieurs femmes se retrouvent ensemble, elles discutent et peuvent décider de mettre en commun leurs économies de cette manière. «Pour créer un groupe, il faut absolument que les femmes se fassent confiance», affirme Naïma Raguigue. Epouse d'un architecte, cette dernière est souvent choisie comme personne de référence dans les darets. «Je gère tous les problèmes. Lorsqu'une femme paie en retard, j'avance la somme qu'elle devait verser à celle qui doit recevoir son tour», explique-t-elle. Lorsque cela se répète, Naïma peut décider de ne plus intégrer cette femme à une nouvelle daret. La fiabilité des participants est en effet l'élément central des daret. Il est possible d'entrer au milieu d'une daret, même si elle a déjà commencé. «J'ai une amie qui avait besoin de 6.000 DH pour acheter une machine à laver», raconte Fatima. Mais Aïcha n'a trouvé personne qui veuille lui prêter cet argent. «J'avais confiance en elle et je me suis donc portée garante d'elle dans daret à laquelle je participe». Et alors que Aïcha n'avait encore jamais versé d'argent dans cette tontine, elle a pu bénéficier dès le mois suivant de l'argent dont elle avait besoin. «Mais l'amie de Fatima n'a pas reçu l'argent des femmes qui avaient déjà reçu leur tour», explique Alima.

La souplesse de daret vaut aussi par les montants versés. «Je ne donne que 250 DH par mois, quand les autres femmes donnent 500. Je ne parviens pas à économiser assez pour donner plus», explique Khadija. Lorsque viendra son tour, elle ne touchera que la moitié de la somme totale; c'est-à-dire, comme pour les autres, exactement ce qu'elle aura donné au total. Il existe des daret pour des portefeuilles plus garnis, «les montants varient en fonction de ce que les membres peuvent donner régulièrement. Certains atteignent des sommes qui s'élèvent à 2.000, voire 3.000 DH», détaille Naïma. Pour les personnes plus ou moins riches, l'argent amassé sert à s'offrir des voyages ou des extras dans leur vie quotidienne.
Si les tontines conviennent à tous, c'est qu'elles ont des usages multiples et flexibles à volonté. Les participants sont les seuls à décider des règles. «Il m'est arrivé d'organiser des daret pour rendre service à une femme qui n'avait pas l'argent nécessaire pour faire opérer son bébé», explique Naïma. Fatima assure qu'elle participe à une daret pour avoir toujours de l'argent de côté. «Si je le laisse à la maison, je sais que je vais l'utiliser, que mes enfants vont sans cesse me réclamer de l'argent et que je ne pourrais rien garder».

Les tontines dans les milieux populaires sont très majoritairement pratiquées par des femmes. Parfois, celles-ci n'en disent rien à leur famille. «Mon mari ne sait pas que je participe à une daret», avoue Khadija. D'autres femmes économisent quelques dirhams par jour sur l'argent que leur donne leur mari pour faire les courses. «Lorsque j'ai besoin de beaucoup d'argent pour acheter le mouton par exemple, mon mari me répond souvent qu'il n'en a pas. Il s'en moque, mais mes enfants, eux, veulent avoir leur propre mouton». Alors pour Fatima, ce type d'économie est une manière d'être sûre de toujours avoir de l'argent de côté en cas de besoin. Elle peut même demander à recevoir l'argent avant que ce ne soit son tour. «Je dois le demander à l'avance et si la suivante sur la liste est d'accord pour passer son tour, alors j'ai presque immédiatement l'argent dont j'ai besoin».
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Tontines accumulatives

Il existe deux types de tontines. La tontine tournante ou mutuelle où chacun donne en même temps à un membre du groupe une même somme d'argent et la tontine accumulative ou financière qui crée un décalage dans le temps entre le versement de l'argent et le retour sur investissement. Un certain nombre d'individus mettent en commun des sommes variables d'argent. Le pactole ainsi recueilli n'est pas immédiatement reversé à l'un des membres. Il est prêté en entier ou par parties à des personnes ayant des besoins de financement. Ces prêts se font avec des intérêts souvent élevés. Les emprunteurs peuvent être parfois les membres du groupe lui-même.
Une fois, tous les remboursements effectués, l'argent est rendu à chacun des membres au prorata de leur participation initiale. Ils se voient ainsi rendre la somme qu'ils avaient placée au départ augmentée des intérêts gagnés en commun. Contrairement à la tontine tournante, la tontine accumulative permet à ceux qui mettent en commun leur argent de récupérer au final plus que ce qu'ils n'avaient placé au départ.

*Journaliste stagiaire
   
 
   
  Par Julie Chaudier* | LE MATIN
   
 

 
 
 
 
 
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