Human Rights Watch responsabilise l'Algérie sur la détérioration de la situation aux camps de Tindouf
Le Maroc ouvre librement l'accès aux enquêteurs
Publié le : 19.12.2008 | 15h59
Le polisario et l'Alégrie sont responsables des violations des droits de l'Homme dans les camps de Tindouf.
C'est un constat de Human Rights Watch qui a organisé hier à Rabat une conférence de presse pour exposer les résultats d'une enquête sur la situation des droits de l'Homme dans les camps de Tindouf et aussi dans nos provinces du Sud. «On aurait voulu également organiser cette rencontre en Algérie. Cela aurait été l'idéal. Mais, il y a des obstacles », note le directeur des études au Proche-Orient et l'Afrique du Nord, Eric Goldstan. Il assure que les conclusions seront entendues en Algérie et ailleurs. Une lettre envoyée aux autorités algériennes par l'Organisation est restée lettre morte. Human Rights Watch est on ne peut plus clair quant à l'implication de notre voisin algérien dans la situation humanitaire dans les camps de Tindouf : l'Algérie a en réalité renoncé à sa responsabilité vis-à-vis des violations des droits de l'homme commises par le polisario sur son territoire alors que c'est inacceptable : la communauté internationale doit tenir le gouvernement algérien responsable de toute violation commise par le polisario en Algérie. L'enquête pointe, ainsi, clairement du doigt l'Algérie qui est responsable de la situation alarmante des droits de l'Homme sur son territoire en vertu de la loi internationale, car elle a cédé de facto l'administration des camps au polisario. Au bout de trois jours seulement d'investigation dans ces camps, l'ONG internationale a constaté de graves violations des droits de l'Homme.
A l'heure actuelle, le polisario marginalise en fait ceux qui défient directement sa direction ou son orientation politique générale. Le rapport souligne que la peur et la pression sociale empêchent ceux qui planifient de s'installer au Sahara de divulguer leurs plans avant leur départ. « Les droits des résidents des camps de Tindouf demeurent vulnérables en raison de l'isolement des camps, l'absence d'un suivi régulier des droits de l'homme sur le terrain et l'absence de supervision de la part de l'Algérie, pour assurer les droits humains des Sahraouis qui vivent dans les camps administrés par le polisario sur le sol algérien », soulève le rapport. S'agissant de la liberté d'expression, on signale que le front polisario monopolise le discours politique et marginalise ceux qui remettent en question sa direction ou ceux qui s'opposent à lui sur les sujets fondamentaux. Il n'y a ni dissidents, ni manifestations, ni médias ou organisations de grande importance qui peuvent ouvertement défier la légitimité du front polisario en tant qu'incarnation de la cause nationale, ou faire pression en faveur de l'initiative marocaine d'autonomie du Sahara sous la souveraineté du Maroc. Un petit journal et un groupe de dissidents existent bel et bien, mais ils n'ont pas d'impact visible sur la vie publique.
On explique que l'absence d'une opposition politique importante est due principalement au rôle dominant que joue le polisario dans l'affectation des ressources et des emplois dans ces camps, dont la population s'organise au sein d'organisations liées à cette entité. On souligne que ceux qui s'opposent au polisario sur des sujets fondamentaux trouvent des difficultés à militer. Même s'il n'y a pas la moindre interdiction officielle et répression directe, ils finissent souvent par abandonner leur mission. Un ex-résident, qui a été forcé à quitter les camps, a expliqué aux enquêteurs que « les gens qui veulent s'opposer au polisario de l'intérieur ne peuvent aller nulle part, alors ils finissent par quitter les camps ». En ce qui concerne la liberté de mouvement, ceux qui ont quitté les camps pour rejoindre le Maroc ont tous dit qu'ils sont restés discrets sur leurs destinations finales de peur que le polisario ne les empêche de voyager. Cette peur pousse plusieurs gens à quitter les camps sans leurs biens et sans leurs familles, ce qui entraîne pour eux un stress et une souffrance inutiles. Les violations des droits de l'Homme ne s'arrêtent pas là. L'organisation soulève même des cas d'esclavage.
Selon Human Rights Watch, publiquement, le polisario déclare s'opposer à l'esclavage sous toutes ses formes, cependant, il doit faire beaucoup plus pour éradiquer les pratiques d'esclavage qui continuent à toucher certains résidents de couleur des camps de Tindouf. Les noirs, qui constituent une minorité au sein de la population majoritairement maure, ont révélé aux enquêteurs que la question d'esclavage dans les camps concerne particulièrement le refus de certains juges locaux d'officier l'acte de mariage pour des femmes noires qui sont désignées comme «esclaves», sauf si leurs «propriétaires» sont d'accord. Cette réalité est atroce. Un «maître» est ainsi capable d'empêcher une femme de choisir un mari. Du côté du Maroc, les autorités ont ouvert la porte aux enquêteurs, pendant des semaines étalées sur trois ans ( 2005, 2007 et 2008), pour mener leurs investigations en toute liberté sur les droits de l'Homme à Laâyoune. Chose que les enquêteurs n'ont pas pu faire à Tindouf et en Algérie. L'Association internationale explique que les autorités marocaines ont demandé d'être évaluées par rapport aux lois internationales des droits de l'homme que le pays a ratifiées et promis de respecter. « Le Maroc coopère avec toutes les instances des Nations unies et répond à toutes les communications des ONG », note un responsable du ministère de l'Intérieur. L'enquête de Human Rights Watch met l'accent sur le droit des personnes à la liberté d'expression, de réunion et d'association.
Des reproches sont adressés au Maroc. Pour les autorités marocaines, notre pays est ouvert aux remarques et critiques. Mais certains experts notent que le rapport de Human Rights Watch n'est pas équitable puisqu'il est basé seulement sur les résultats d'une investigation de quelques jours à Tindouf alors qu'au Maroc, il s'agit d'un travail de plusieurs semaines. Il est à signaler que le rapport, même s'il comporte des critiques, relève également plusieurs avancées. Les enquêteurs enregistrent au Maroc des progrès constants en matière des droits de l'Homme au cours des quinze dernières années. Pour Human Rights Watch, le Maroc a accordé une plus grande liberté d'expression, permis un suivi indépendant des droits humains et créé une commission d'enquête qui a mené des investigations, reconnu les violations passées et indemnisé les victimes. Il a mis fin à certaines pratiques graves, dont les « disparitions » de longue durée, qui étaient monnaie courante par le passé. Toutefois, les enquêteurs signalent les limites des progrès réalisés par le Maroc en matière des droits de l'homme particulièrement en ce qui concerne les libertés d'expression. Les autorités marocaines soulignent aux enquêteurs qu'elles imposent des restrictions uniquement sur la liberté d'expression et sur des activités dont la répression est autorisée par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques puisqu'elles représentent une menace à l'ordre public et à la sécurité.
Les autorités ont rejeté les plaintes disant qu'elles étaient sans fondement. Le Maroc justifie les mesures entreprises, non seulement pour empêcher les atteintes contre l'intégrité territoriale du pays, mais parfois également pour éviter la violence. Durant certaines manifestations, des personnes ont jeté des pierres et, à des occasions, des cocktails Molotov. L'Organisation internationale reconnaît que les actions dangereuses et illégales ont fait des blessés à la fois parmi les forces de l'ordre et les civils, et endommagé des biens, comme le montrent les cas présentés dans le présent rapport. « C'est le droit et la responsabilité des autorités marocaines de prévenir et de sanctionner de tels actes », note le rapport. L'Organisation précise que le Maroc a ouvert un débat plus large sur la question du Sahara. ---------------------------------------------------------------
Recommandations
Human Rights Watch adresse des recommandations, entre autres, au gouvernement algérien qui doit permettre le suivi sur le terrain des conditions des droits de l'homme dans les camps de Tindouf par un mécanisme approprié des Nations unies telle que la MINURSO, au cas où l'ONU élargit son mandat. Il doit changer son attitude apparente de laisser au front polisario la responsabilité de protéger les droits humains de la population des camps de réfugiés de Tindouf ; et reconnaître publiquement sa propre responsabilité à assurer le respect des droits de toutes les personnes se trouvant sur le territoire algérien. Ceci comprend la nécessité d'intervenir si et quand des violations des droits humains ont lieu et de s'assurer que les auteurs de ces violations en soient tenus responsables.