De la patience et beaucoup de courage, les clés nécessaires pour affronter la situation
Publié le : 03.12.2008 | 10h58
Les parents des personnes schizophrènes sont très exposés à la dépression nerveuse.
Cumul de nuits blanches, stress chronique et panique constante... Il s'agit indéniablement de leurs galères les plus insurmontables. Toutefois, il existe un remède un tant soit peu apaisant qui permet justement de former l'entourage du schizophrène à esquiver ‘'les mauvais tours de cette maladie''. L'association Amali a initié un nouveau plan d'actions. En effet, cette association, qui milite pour les droits des personnes atteintes de troubles mentaux, est enfin parvenue à réaliser son vœu le plus cher. Aider les familles qui ont un enfant ou un proche schizophrène à vaincre sa maladie ou à la supporter sans drames. D'où l'importance de leur offrir une formation. «J'ai vu cela en France et je me suis dite pourquoi ne pas installer cela dans notre pays. Nous comptons former gratuitement ces familles vulnérables à mieux gérer la vie de leur proche atteint de schizophrénie. Nous allons leur apprendre à devenir très patients. Nous leur expliquerons également quand est-ce qu'il faut dire non à ces êtres très fragiles», affirme Naima Trachen, présidente de l'association Amali.
Dr Mohi, directeur de l'hôpital psychiatrique de Berrechid, n'a pas hésité à répondre présent quand il s'est agi de venir en aide à cette association. Pour lui, un peu de patience et beaucoup de courage suffisent pour aider son proche schizophrène à se contrôler et à vivre en toute quiétude. Selon ses mots, on ne pourra absolument pas guérir une personne atteinte de cette maladie sans toutefois introduire les parents dans le jardin secret de ces personnes qui vivent dans leurs propres bulles: «La responsabilité d'aider les schizophrènes incombe à leur entourage, d'où la nécessité de former ce dernier à mieux connaître la maladie pour pouvoir la battre». Et d'ajouter: «Malheureusement, il s'agit d'une maladie à vie. De même, elle existe sous plusieurs formes. Voilà une raison en plus pour former plusieurs familles. Cela leur permettra d'analyser les différentes facettes de ladite schizophrénie, ou plutôt des schizophrénies».
Beaucoup de mères ou proches de personnes schizophrènes, présents à cette rencontre, ont échangé leurs témoignages. Affolé, un jeune fonctionnaire casablancais ne sait plus où donner de la tête. Sa sœur trentenaire est selon son médecin, atteinte probablement de schizophrénie. Son diagnostic ainsi que son quotidien sont tout au moins compliqués, vu que ses parents l'empêchent de voir son médecin. La raison en est qu'elle est plutôt «hantée» selon les dires d'un fkih. Encore plus effrayée, une mère qui n'arrive plus à gérer les crises de son enfant est plutôt hantée par l'idée de se réveiller un jour sans trouver son fils qui est, a priori, un somnambule. Quoiqu'il en soit, les personnes ayant assisté à cette rencontre ont toutes la volonté d'aller par monts et par vaux pour provoquer un débat de société autour de cette maladie. Leur rêve le plus précieux est de voir cette maladie aussi reconnue que les maladies relevant de la santé publique. Tout pour que leurs proches cessent d'être montrés des doigts comme étant des êtres «dangereux» alors que seules leurs familles savent ce qu'est le vrai sens de la souffrance. En attendant que le jour se lève chez ces châtiés de la vie, cessons de les stéréotyper et enhardissons-nous à leur témoigner de la sympathie. ------------------------------------------------------------------
Taux de rechute
Selon le ministère de la Santé, la schizophrénie touche plus de 300.000 personnes au Maroc. Chose qui signifie que c'est un problème majeur de santé publique. Pour chaque personne qui souffre de cette maladie, au moins un proche est impliqué. Pour ce qui est des familles nombreuses, l'équilibre intérieur est gravement perturbé tant par les symptômes de la maladie que par ses résultats qui débouchent sur des ruptures avec et entre les proches non-malades ou des divorces. Le stress dû à ces symptômes provoque insomnie, dépression, ulcères, problèmes cardio-vasculaires. Certains proches très éprouvés ne peuvent parfois plus travailler.
En aidant les familles des malades, les impacts positifs sur les malades eux-mêmes sont, sans conteste, indéniables et avérés, puisqu'ils sont très sensibles à «l'ambiance émotionnelle» de leurs proches. Plusieurs études sont venues montrer l'intérêt des programmes psycho-éducatifs. Selon le rapport de l'Institut national de la santé et de la recherche médical (INSERM) sur les psychothérapies, le taux de rechute du malade à 1 an varie de 41 à 58% avec une prise en charge du malade classique. De 6 à 12% avec prise en charge psycho-éducative de la famille en plus. Le taux de rechute du malade à 2 ans varie, lui, de 66% à 83% avec une prise en charge du malade classique et de 17% à 40% avec prise en charge psycho-éducative de la famille en plus.