● Le département des Arts de l'Islam du Musée du Louvre, un joyau architectural en hommage à la civilisation islamique
● Contribution royale pour le rayonnement des arts de l'Islam et des valeurs de dialogue et de tolérance
● Pièces emblématiques du département des Arts de l'Islam, de la cour omeyyade de Cordoue à la Koutoubia
«Les œuvres provenant du Maroc occupent une place de choix dans le parcours de cette civilisation qui s'étend de l'Espagne à l'Inde et du VIIe au XIXe siècle», souligne, dans un entretien à la MAP, Gwenaëlle Fellinger, directrice adjointe du Département inauguré mardi par le Président François Hollande en présence notamment de SAR la Princesse Lalla Meryem.
La direction du Louvre a tenu à inclure parmi les pièces phares de sa précieuse collection, l'une des plus riches et plus belles du monde dans le domaine des arts de l'Islam du VIIe au XIXe siècle, des chefs d'œuvres d'origine marocaine, a-t-elle affirmé.
Au cours de son voyage au sein des différents volets de la création islamique, le visiteur des nouveaux espaces du Louvre pourra notamment découvrir ainsi des fragments des minbars de l'antique mosquée phare de Marrakech, la Koutoubia (2e quart du XIIe siècle), de la Mosquée-Université Al-Qarawiyn (milieu du XIIe siècle) ou encore de la Médersa Bou Inaniya (milieu du XIVe siècle) de Fès.
Il serait aussi tenté de s'arrêter près des «très beaux linteaux et des corbeaux de bois sculpté provenant de Fès et de Rabat et datés de l'époque Mérinide (XIVe siècle)», qu'il pourrait apprécier autant qu'«un coffre fabriqué à partir de linteaux mérinides», selon la responsable du département.
Les linteaux et corbeaux de bois en cèdre (pièce de bois, en saillie supportant les extrémités d'une corniche, d'une poutre, d'un linteau ou une galerie en encorbellement) de cette époque sont représentatifs des techniques de maçonnerie et d'architecture mérinide. Ces œuvres, précise-t-elle, appartiennent au musée parisien du Quai Branly qui «a choisi de les déposer dans le nouveau département pour qu'elles y soient présentées».
Pour ce qui est des dynasties almohades et almoravides durant leur règne en Espagne, Gwenaëlle Fellinger retient comme pièce majeur de l'exposition «le lion provenant de Monzon que l'on date des XIIe-XIIIe siècles». «Il s'agit d'un très beau lion de bronze à queue articulée, servant probablement de bouche de fontaine», explique-t-elle.
Ce lion aurait été trouvé dans les années 1860 à Monzón de Campos, dans la province de Palencia en Espagne. Si la qualité des pièces issues de l'Andalus sous le règne des dynasties marocaines est affirmée, la responsable du musée reconnait que leur part dans la collection reste relativement faible par rapport au nombre total des œuvres exposées. Pour expliquer cet écart, la spécialiste française évoque «des raisons historiques».
La principale a trait, dit-elle, au choix du protectorat français, dans la première moitié du XXe siècle «au moment où la plupart des collections d'art islamique se développaient», de fonder des musées sur place, ce qui a fait que «peu d'œuvres ont trouvé le chemin de Paris». De plus, ajoute-elle, «les fouilles qui étaient alors menées au Maroc privilégiaient les périodes antiques».
Certes, depuis l'indépendance, les périodes islamiques ont gagné, selon elle, la faveur des archéologues et des historiens de l'art, «les accords internationaux stipulent toujours que le produit des fouilles reste au Maroc».
Outre les créations artistiques d'origine marocaine, la collection met en vedette une panoplie de pièces issues d'une vaste aire géographique, dont une «Aiguière d'Al-Mughira» (Espagne, Cordoue, 968), une «Tête de prince en stuc sculpté» (Iran, XIIIe siècle), un «Baptistère de saint Louis» (Syrie, second quart du XIVe siècle), et un «Poignard à tête de cheval», Inde, XVIIe siècle.
Au total, le nouveau département du Louvre réservé aux Arts de l'Islam accueille sur une superficie de 2.800 m2, une collection riche de plus de quinze mille objets, complétée par les trois mille cinq cent œuvres déposées par le musée des Arts décoratifs voisin. Ces œuvres qui témoignent de la diversité d'inspiration et de la créativité des terres d'Islam, sont mises en valeur dans des espaces «entièrement nouveaux et repensés», aménagés sur deux niveaux dans la cour Visconti, l'une des plus ornées du Palais du Louvre.
«Véritable prouesse architecturale», la couverture forme un nuage doré flottant au-dessus de la muséographie, une «aile de libellule» comme la nomme Mario Bellini, co-concepteur du projet avec l'architecte Rudy Ricciotti ou simplement «un tapis volant», comme l'ont baptisé les ouvriers du chantier.
«Nous attendons énormément de public dans ces nouvelles salles. Mais c'est aussi une façon de mettre à disposition des 8,5 millions de visiteurs annuels du musée des oeuvres qui, pour beaucoup, étaient jusqu'à présent en réserve», souligne la directrice adjointe du département.
Hommage à la civilisation islamique
Les nouveaux espaces du département des Arts de l'Islam, inaugurés mardi au prestigieux Musée du Louvre à Paris, en présence de SAR la princesse Lalla Meryem, constituent une véritable prouesse architecturale renfermant des trésors inestimables, pour rendre toute sa splendeur à la civilisation islamique dans toute sa diversité.
Rendu possible grâce notamment à des généreux mécènes français et du monde arabo-musulman, dont S.M. le Roi Mohammed VI, ce huitième département dote le Musée parisien d'espaces dignes pour exposer ses collections de 15.000 pièces d'arts islamiques ainsi que 3.500 autres objets provenant du Musée des arts décoratifs de Paris.
«Notre musée possédait l'une des plus belles collections au monde dans le domaine des arts de l'Islam, mais un dixième seulement des œuvres étaient présentées et, faute de place, nous pouvions ni remonter les grands éléments d'architecture, ni déployer notre exceptionnelle collection de tapis», explique le président-directeur du Musée du Louvre, Henri Loyrette. «Il était indispensable qu'une civilisation si importante, si intimement liée à l'ensemble des domaines couverts par le Louvre, touchant tant de siècles et de pays, ait enfin droit à des espaces dignes en qualité et en surface», souligne-t-il.
Aboutissement d'un projet imaginé en 2001 et lancé en 2003 par l'ex président Jacques Chirac, ce chantier colossal, dont le coût avoisine les 100 millions d'euros, est le plus important réalisé au Musée du Louvre après celui de la Pyramide de verre et de métal conçue par l'architecte sino-américain Leoh Ming Pei, il y a 20 ans.
Erigé en deux niveaux sur une superficie de 2.800 m2, dont une grande partie creusée à 12 mètres de profondeur sous la cour Visconti, au cœur du Palais du Louvre, ce nouvel espace est marqué par son toit sous forme de verrière ondulante aux reflets dorés qui semble flotter en l'air.
Sa structure est recouverte de 2350 triangles d'aluminium doré, clair et brillant aux reflets allant du vert au violet en fonction de l'incidence du soleil. Il s'agit d'un «véritable défi architectural et même technique». Pour répondre à ce défi, les architectes Mario Bellini et Rudy Ricciotti ont «su trouver un subtil et élégant équilibre entre le classicisme de la cour du XVIIIe siècle et l'évocation des arts de l'Islam à travers une verrière ondulante, remarquablement novatrice, alliant le verre et le métal, qui prolonge l'aplomb des façades existantes de la cour Visconti», souligne Loyrette.
Dans cet espace s'opère une transition magnifique, de la lumière à l'ombre, faisant révéler encore davantage les collections, précise pour sa part Sophie Makariou, directeur du nouveau département.
A l'espace s'ajoute la rigueur d'un développement chronologique et d'un exposé didactique, accompagnés d'une médiation culturelle de qualité et d'innovations en terme de signalétique et de cartographie en particulier. Le rez-de-cour est consacré ainsi aux œuvres datant du VIIe au XIe siècle, traitant des périodes «de la fondation à l'Empire» et de la «Rupture et recomposition du monde islamique».
Le sous-sol, dit «parterre», contient, de son côté, les oeuvres du XIe à la fin du XVIIIe siècle et notamment la prestigieuse collection de tapis. La première période est intitulée «Le deuxième souffle de l'Islam», tandis que la seconde retrace «Les trois empires modernes de l'Islam». Au rez-de-cour, la lumière naturelle est largement diffusée par le voile de verre, de laiton et d'acier dont la peau multicouche en maîtrise l'intensité.
Au parterre, l'ombre et la lumière, au cœur de l'enceinte de béton noir, dessinent un lieu plus mystérieux où la vision du voile de couverture reste cependant présente, conférant à ce dernier le rôle unificateur de la collection.
En écho, le sol se couvre de copeaux de cuivre formant une mosaïque discrète dans laquelle la lumière ajoute profondeur et préciosité. Ce nouveau département a été conçu comme un espace et un lieu à la fois «témoin et carrefour d'une compréhension mutuelle, une passerelle entre Orient et Occident, qui parleront de leurs différences, mais aussi de leur histoire commune, de leurs interpénétrations mutuelles tout au long des siècles».
Le choix même du nom attribué à ces nouveaux espaces du département des Arts de l'Islam s'inscrit dans une démarche que le Louvre assume pleinement. Il s'agit en effet de «présenter la face lumineuse d'une civilisation qui engloba en son sein une humanité infiniment variée et riche», affirme le président-directeur du Musée.
«Redonner sa grandeur à l'Islam et ne pas le laisser aux djihadistes et à ceux qui le salissent est fondamental», souligne, quant à elle, Sophie Makariou, en confirmant la ferme intention de «le montrer dans l'immensité de ce qu'il recouvre, avec toutes les communautés qui ont constitué cette civilisation».
L'espace veut ainsi dévoiler l'Islam de Qusta Ibn Luqa, grand mathématicien chrétien et auteur d'œuvres essentielles de la science arabe à Bagdad au IXe siècle, ou encore celle de Recemundo (Rabbi ben Zaïd), évêque de Cordoue, un familier de la cour du calife de Cordoue qui écrivait en arabe, mais aussi l'Islam de Moïse Maïmonide, grand savant juif qui a écrit son oeuvre en arabe, annotée en caractères hébraïques. «C'est cette immensité de contributions, ce creuset de peuples que nous avons voulu présenter, dans un projet architectural ambitieux et intellectuel», conclut-elle.
