Les supports médiatiques régionaux sont appelés à devenir une «pépinière favorisant l'émergence d'élites capables de former et de façonner l'opinion publique locale» a souligné, mercredi à Rabat, le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi.
Pour atteindre cet objectif, il s'avère nécessaire de créer de nouveaux supports médiatiques, aussi bien dans le domaine de la presse écrite que de l'audiovisuel, et de privilégier les émissions interactives à vocation politique et régionale, a fait valoir El Khalfi, lors d'une journée d'étude sur «Le secteur médiatique et la régionalisation avancée».
Il est temps que l'Etat prenne conscience de l'importance du rôle joué par les radios régionales, qui ont pour devise la promotion de «la diversité dans l'unité et de l'unité dans la diversité», a insisté le ministre lors de cette rencontre initiée par la Commission nationale marocaine pour l'éducation, les sciences et la culture, en collaboration avec le ministère de la Communication et l'Institut supérieur de l'information et de la communication (ISIC).
Ce rôle vital des médias, qui façonnent largement l'opinion publique et la conscience collective, a été mis en relief par la nouvelle Constitution, ce qui traduit la volonté du Royaume de faire du champ médiatique un véritable espace de libre expression, tout en veillant au respect des critères et des règles qui s'appliquent en la matière, a soutenu El Khalfi, qui intervenait devant un parterre de ministres, journalistes, académiciens et anciens responsables gouvernementaux du secteur des médias et de la communication.
Après avoir fait observer que la diversité, dans le paysage médiatique, «ne se limite plus au pluralisme partisan mais concerne, au même titre, la société civile», le ministre a noté que la conjoncture actuelle rend nécessaire l'implication des médias en tant qu'acteur essentiel dans le chantier de régionalisation avancée, dont le Royaume a fait un choix stratégique, notamment en donnant la part belle à l'information régionale et en mettant en valeur les spécificités des régions marocaines.
Pour sa part, Driss Alaoui Mdaghri, ancien ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement (1995-1998), a passé en revue les étapes les plus marquantes du changement positif dans le secteur médiatique durant les années 90 (passage de l'ère du «contrôle» à l'ère de l'ouverture), précisant que l'une des premières prémices de cette mutation a été la séparation des ministères de l'Intérieur et de l'information, qui portera par la suite le nom de ministère de la Communication.
Alaoui Mdaghri a, également, souligné que la création de la 2e chaîne de télévision nationale (2M) a été le premier pas pragmatique qui a brisé la dépendance totale du secteur médiatique de l'Etat, de même qu'elle a constitué un indicateur éloquent de l'ouverture médiatique qu'a connue le Maroc, rappelant au passage l'importance de la libéralisation du secteur de la publicité et son rôle dans la réalisation de nouvelles recettes pour les première et deuxième chaînes de télévision nationale.
De son côté, Nabil Benabdellah, ancien ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement (2002-2007), a évoqué les étapes saillantes franchies par le secteur pour avoir une plus grande marge de liberté, relevant que les années 90 ont constitué une période décisive dans le processus de réformes politique, institutionnelle, économique et médiatique.
Benabdellah a mis en avant les plus importantes réalisations du gouvernement de l'alternance et ceux qui l'on suivi, citant particulièrement la création de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), la fin du monopole de l'Etat dans ce secteur et le renforcement du réseau des antennes régionales de la radio nationale.
A ce propos, il a rappelé que la création de radios régionales privées a constitué un saut qualitatif ayant favorisé la création d'un véritable espace pour l'expression d'opinion, notant par ailleurs que la presse écrite n'a pas encore connu une véritable expérience régionale. Les autres expériences, a-t-il estimé, ont été saisonnières ou liées plus à des personnes qu'à de véritables projets médiatiques.
Khalid Naciri, ancien ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, de 2007 à 2012, a indiqué que les principaux événements ayant marqué ce mandat ont été la création de la Commission consultative de la régionalisation (CCR) et l'adoption de la constitution 2011 qui était «un véritable jalon dans l'histoire de la transition démocratique que connaît le Royaume».
Les intervenants dans le secteur ont veillé, dans le cadre de ces deux grands changements, à ce que le secteur des médias soit en phase avec la nouvelle situation politique et institutionnelle que traverse le pays, a-t-il ajouté.
Naciri a mis en avant le rôle des radios privées dans le renforcement de l'ouverture du secteur médiatique, relevant le besoin pressant de promouvoir des médias régionaux alliant les volets local et national et représentant une véritable tribune pour l'élite locale qui doit jouer le rôle dont elle a été investie par la nouvelle Constitution.
Cette journée d'étude, organisée dans le cadre du «Mois de la pensée et de la création», vise à enrichir le débat sur les médias et la régionalisation avancée et à identifier les moyens permettant au paysage médiatique d'accompagner les changements devant intervenir dans la foulée du projet de la régionalisation avancée, de même qu'elle permet de mettre en avant le rôle des médias et des réseaux sociaux dans le développement culturel et économique sur le plan régional.
