Après les salutations et les invocations d'usage, l'auteur écrivait :
«La seule chose qui m'a éloigné de toi, cher ami, c'est l'effort que je poursuis à travers les villes de Syrie dans le but d'organiser les groupes de légitime défense de la terre et de la vie. Et je ne me suis résolu à le faire qu'après avoir acquis des preuves concordantes et tangibles sur l'intention de l'armée égyptienne de quitter Damas et de laisser ses habitants affronter seuls les hordes mongoles, sans armes ni moyens. Chaque jour qui passe, tel émir ou tel chef s'enfuit. Et j'ai la quasi-certitude que le sultan Faraj rejoindra bientôt les fuyards par peur de Timûr Lang et pour se prémunir des complots qui se trameraient contre lui au Caire.
«Des négociations avec le tyran sont devenues incontournables. S'il avait vécu une situation aussi délicate que celle-ci, l'imam Ibn Taymiyya lui-même, paix sur son âme, aurait autorisé de traiter avec l'ennemi tatar, afin d'adoucir son joug et de préserver le sang des croyants. Dans les situations extrêmes, l'art de la manœuvre et de la simulation est l'ultime arme dont disposent des hommes affaiblis et sans défense.
«Les tractations, je les vois se dérouler de préférence entre nos ulémas et le conquérant. Notre objectif est d'obtenir de lui l'engagement d'épargner les gens en contrepartie de la remise des clés de la ville. « Mais avant de conclure un quelconque accord, le tyran insistera pour nous rencontrer, nous les lettrés et les juges, comme il l'a fait à Alep il y a quelque temps entre sa victoire sur l'armée de défense et la mise à sac de la ville vaincue. Tous les témoignages que j'ai recueillis auprès des blessés et des survivants confirment la férocité des Tatars et le penchant naturel de leur chef à ruser et à feindre.
«De toute façon, il est nécessaire de retenir la leçon d'Alep. Au cours de la discussion qui a eu lieu entre Timûr et l'élite de la ville soumise, il leur a posé, ainsi qu'on me l'a rapporté, une question malveillante et périlleuse : “Qui sont les martyrs, vos morts ou les nôtres ?” Les personnes présentes restèrent muettes et songèrent à émettre une réponse de circonstance afin d'échapper à ce grave dilemme et donc à une mort certaine. Le mufti d'Alep, Hafez Khawârizmî, sauva la partie en prétendant que cette même question avait été posée par un bédouin à notre saint Prophète qui aurait répondu : “Est martyr celui qui meurt en combattant pour garder à la parole de Dieu toute sa superbe…” Et toi, savantissime, tu devras apporter un dire semblable pour obtenir du Mongol qu'il dise en guise d'agrément : khob, khob ; tu éviteras ainsi des suites fâcheuses et nous ouvriras la porte de l'espérance. «Il te revient donc, frère, de gérer au mieux les pourparlers avec le tyran, car tu es le plus compétent en science, et le plus perspicace en politique. Exerce-toi dès maintenant à prévenir tous les traquenards, et examine tous les précédents historiques et les cas similaires.»
«La seule chose qui m'a éloigné de toi, cher ami, c'est l'effort que je poursuis à travers les villes de Syrie dans le but d'organiser les groupes de légitime défense de la terre et de la vie. Et je ne me suis résolu à le faire qu'après avoir acquis des preuves concordantes et tangibles sur l'intention de l'armée égyptienne de quitter Damas et de laisser ses habitants affronter seuls les hordes mongoles, sans armes ni moyens. Chaque jour qui passe, tel émir ou tel chef s'enfuit. Et j'ai la quasi-certitude que le sultan Faraj rejoindra bientôt les fuyards par peur de Timûr Lang et pour se prémunir des complots qui se trameraient contre lui au Caire.
«Des négociations avec le tyran sont devenues incontournables. S'il avait vécu une situation aussi délicate que celle-ci, l'imam Ibn Taymiyya lui-même, paix sur son âme, aurait autorisé de traiter avec l'ennemi tatar, afin d'adoucir son joug et de préserver le sang des croyants. Dans les situations extrêmes, l'art de la manœuvre et de la simulation est l'ultime arme dont disposent des hommes affaiblis et sans défense.
«Les tractations, je les vois se dérouler de préférence entre nos ulémas et le conquérant. Notre objectif est d'obtenir de lui l'engagement d'épargner les gens en contrepartie de la remise des clés de la ville. « Mais avant de conclure un quelconque accord, le tyran insistera pour nous rencontrer, nous les lettrés et les juges, comme il l'a fait à Alep il y a quelque temps entre sa victoire sur l'armée de défense et la mise à sac de la ville vaincue. Tous les témoignages que j'ai recueillis auprès des blessés et des survivants confirment la férocité des Tatars et le penchant naturel de leur chef à ruser et à feindre.
«De toute façon, il est nécessaire de retenir la leçon d'Alep. Au cours de la discussion qui a eu lieu entre Timûr et l'élite de la ville soumise, il leur a posé, ainsi qu'on me l'a rapporté, une question malveillante et périlleuse : “Qui sont les martyrs, vos morts ou les nôtres ?” Les personnes présentes restèrent muettes et songèrent à émettre une réponse de circonstance afin d'échapper à ce grave dilemme et donc à une mort certaine. Le mufti d'Alep, Hafez Khawârizmî, sauva la partie en prétendant que cette même question avait été posée par un bédouin à notre saint Prophète qui aurait répondu : “Est martyr celui qui meurt en combattant pour garder à la parole de Dieu toute sa superbe…” Et toi, savantissime, tu devras apporter un dire semblable pour obtenir du Mongol qu'il dise en guise d'agrément : khob, khob ; tu éviteras ainsi des suites fâcheuses et nous ouvriras la porte de l'espérance. «Il te revient donc, frère, de gérer au mieux les pourparlers avec le tyran, car tu es le plus compétent en science, et le plus perspicace en politique. Exerce-toi dès maintenant à prévenir tous les traquenards, et examine tous les précédents historiques et les cas similaires.»
