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L'Istiqlal pour des contrats avec les partis qui constitueront la majorité

En rang de bataille, les trois mousquetaires du parti de l'Istiqlal ont sorti la grosse artillerie au Forum du Matin. Ils sont jeunes, décontractés et ont plus ou moins marqué l'action gouvernementale en étant aux commandes de ministères clés.

L'Istiqlal pour des contrats avec les partis qui constitueront la majorité
Reportage Photos AISSA SAOURI
Karim Ghellab et Taoufiq Hejira, tous deux membres du comité exécutif du Parti de la balance et Adil Douiri qui occupe le poste de président du cercle des économistes istqlaliens. L'ex-ministre du Tourisme revient sous les feux de la rampe à chaque fois qu'il s'agit d'élaborer et de présenter le programme économique de son parti. En tout cas, les trois se complètent entre le ton politique de Hejira, la rigueur chiffrée de Douiri et les mises en contextes de Ghellab.

D'entrée de jeu, les représentants de l'Istiqlal mettent un point d'honneur à réaffirmer l'empreinte que doit avoir la Koutla dans tout projet politique, que ce soit au gouvernement ou dans l'opposition. Dans cette logique, il n'est pas exclu qu'un parti comme le PJD joue le rôle de force d'appoint pour compléter une majorité en cas de réussite au prochain scrutin du 25 novembre. La nouveauté chez l'Istiqlal, inscrite dans son programme, c'est que chaque parti qui voudrait se joindre à la Koutla pour former une majorité doit signer un contrat. Le parti qui se joint s'engage à respecter la ligne programmatique sur la base de laquelle l'action gouvernementale devrait être menée.

C'est là un gage de cohérence dans les visions et un ciment pour une majorité forte. Le parti de l'Istiqlal, qui n'a pas trouvé à son goût la récupération politique du Fonds de solidarité sociale, ne dédaigne pas le concept pour autant. Dans sa plateforme, il est pour un Fonds de solidarité qui s'ouvre à la bonne volonté de ceux qui veulent y participer, sans règles fixes, ni pourcentages préétablis. Parallèlement, l'aide directe aux familles, conditionnée par la scolarisation des enfants, constitue aux yeux des Istiqlaliens un atout majeur à faire fructifier. Quant à la vision globale présentée par les trois représentants du parti, elle repose bien évidemment sur la nécessaire solidarité et cohérence entre les départements pour la résolution de certaines problématiques structurelles dans l'enseignement, la santé ou encore la justice. Pour ce qui est enfin de l'épineuse question du taux de participation, Ghellab pense qu'il serait inadmissible que 73% des électeurs viennent voter pour la Constitution. Mais quand il s'agit de sa mise en application, il n'y ait que 35%, par exemple. C'est un sujet qui préoccupe bien évidemment les partis, qui pâtissent généralement d'un taux de participation faible, mais il s'agit aussi d'une composante essentielle du Maroc de demain.
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Le Matin : Commençons, comme c'est de coutume, par l'évaluation que vous faites de la scène politique marocaine à la veille des élections du 25 novembre ?

Taoufiq Hejira : Nous sommes déçus. Parce qu'à quelques jours des élections, notre pays n'a pas connu un vrai débat. Par contre, nous avons assisté au feuilleton de présentation des programmes des partis politiques. Il y a, certes, des initiatives émanant de journaux, chaînes de télévision et radios pour ouvrir le débat, mais elles restent limitées. Notre pays a besoin d'un échange plus large surtout qu'il s'agit des premières législatives après la nouvelle Constitution. Primo, nous n'avons pas été en présence de programmes qui s'apparentent à la réalité des choses. Secundo, nous oublions souvent un important défi qui ne dépend pas de la volonté des partis politiques et de leurs alliances et qui est le taux de participation. De leur part, les partis ne se sont pas sérieusement engagés dans la sensibilisation des citoyens à la nécessité de participer au prochain scrutin. Et ce, contrairement à la mobilisation qui a caractérisé le référendum pour la Constitution. A mon sens, nous avons encore le temps pour lancer des campagnes de sensibilisation dans ce sens. Car, il faut bien préserver cet enthousiasme sociétal et la mobilisation que l'on avait autour de la Constitution. Tout cela doit être investi dans les secteurs ayant trait à la gestion de la chose publique. C'est ce qui est en vigueur dans les pays développés, où il y a un régime civil. Les citoyens voteront pour élire un Parlement et un gouvernement et essentiellement pour choisir un chef de gouvernement. Théoriquement, il faut qu'on ouvre un débat national qui encadre cette période cruciale. Ce que nous n'avons pas encore réussi à avoir. Pour moi, c'est là une source d'inquiétude.

Karim Ghellab : Je voudrais insister sur l'importance du moment que nous vivons. C'est la période la plus importante et excitante de notre histoire, spécialement pour notre génération. Après le discours du 9 mars et le plébiscite de la nouvelle Constitution, les Marocains ont repris espoir. Surtout qu'ils ont participé à l'élaboration de cette Constitution dans une ambiance démocratique. Les Marocains ont fait preuve d'une conscience et de maturité vis-à-vis de cette phase cruciale qui représente un saut important vers la démocratie. Vous savez, tous les Marocains tendent vers la démocratie, des programmes, un avenir meilleur et à l'Etat de droit. Néanmoins, cette volonté se heurte aujourd'hui à plusieurs défis. Mais ce que les Marocains doivent aussi savoir, c'est que les promesses de la nouvelle Constitution ne peuvent être réalisées du jour au lendemain. Elles seront déclinées graduellement ou du moins durant les cinq prochaines années du mandat gouvernemental. Le Maroc doit entrer de plain-pied dans la période de l'action et que tous les efforts se joignent pour l'application des dispositions de la Constitution.

Adil Douiri : Nous avons réalisé un progrès exceptionnel en 2011. Toutefois, nous restons confrontés à deux grands défis. Primo, il faut mettre en application les acquis de la nouvelle Constitution. Secundo, il n'est pas facile de combiner entre la capacité des partis à nouer des alliances et les aspirations des citoyens qui expriment à chaque fois être à bout de patience. Il y a là une contradiction surprenante. Depuis l'accession de S.M. le Roi au Trône et après sept années de développement accéléré, les Marocains attendent toujours de récolter les fruits de ce progrès qui ne s'est pas reflété sur leur quotidien. Nous pouvons apporter des réponses en ce qui concerne les attentes des citoyens. Et ce à travers la garantie du prochain gouvernement de sa capacité de gestion, l'efficacité de son action ainsi que le changement du comportement de l'Etat vis-à-vis du citoyen.

Mais l'on se pose malgré tout la question si la prochaine majorité sera constituée d'une mosaïque de partis avec tout le désagrément que cela puisse poser en termes de gestion homogène de la chose publique ?

Franchement, si vous voulez que les choses changent, il faut que la loi électorale change aussi. Et si vous voulez un gouvernement efficace, le nombre des partis le constituant doit être réduit. Ce sont là des principes fondateurs, quant au reste, il ne s'agit que de mesures cosmétiques visant à créer un léger changement et non un changement de fond.

Qu'en est-il alors de ces alliances qui s'opèrent à la veille des élections ?

Les lois électorales ne permettent pas d'avoir des alliances préélectorales qui peuvent se traduire par des listes communes. Toutefois, ces mêmes lois permettent des alliances post-électorales pour la formation de la majorité gouvernementale. Dans ce sens, nous espérons pouvoir constituer une majorité à partir d'un nombre réduit de partis. Car nous estimons, dans le cadre de la Koutla, pouvoir décrocher la première place à l'issue des prochaines législatives. Bien évidemment, le G8 nourrit les mêmes espoirs. Concrètement, il faut avoir 200 sièges au sein du Parlement pour disposer d'une majorité. Ce qui nous poussera à élargir le cercle de nos alliances progressivement. Toutefois, je considère que l'élargissement des alliances n'aidera pas à clarifier la scène politique. Car plus le nombre des partis formant une majorité est grand, moins le chef du gouvernement a de marge de manœuvre. Dès lors que ce dernier commencera les tractations pour la constitution du gouvernement, il rencontra des difficultés avec les partis qui y participent et qui demanderont toujours plus de portefeuilles ministérielles.

Quelle est aujourd'hui la position de l'Istiqlal vis-à-vis du G8. Peut-il aussi se lier d'une alliance avec le PJD pour former une majorité ?

Taoufiq Hejira : la scène politique a récemment fusé de déclarations de rapprochement entre partis politique, chose qui a contribué à brouiller les pistes et à rendre plus difficile la compréhension du citoyen de ces mêmes alliances. L'Istiqlal et les partis de la Koutla déclarent qu'ils resteront dans le cadre de ce bloc et iront ensemble que ce soit au gouvernement ou à l'opposition.

Qu'en est-il des possibles scénarios après les élections du 25 novembre ?

Je peux en compter trois qui vont entrer en jeu pour la mise en place de la prochaine majorité. Il y a d'abord la Koutla dont le Parti de l'Istiqlal qui veut que la prochaine majorité soit claire et homogène. Nous nous engageons aussi à poursuivre le travail collégial que ce soit au sein de la majorité ou à l'opposition. Il y a la coalition du G8 qui croit à la même logique de la Koutla en s'engageant à travailler en groupe que ce soit au gouvernement ou à l'opposition. La Koutla comme le G8 gardent leurs portes ouvertes à tout parti exprimant le souhait de s'y joindre. Il y a aussi le PJD avec lequel nous avons de bons rapports. Lors de la dernière réunion du conseil national de notre parti, plusieurs membres ont exprimé leur souhait de coordonner avec ce parti. Et là je cite ce que Abbas El Fassi avait dit lors d'une rencontre à Abdelilah Benkirane, «on se rencontrera après le 25 novembre». Toutefois, je confirme que valeur d'aujourd'hui nous n'avons pas l'intention de nous rapprocher du PJD. Car l'éthique politique nous impose de rester fidèle à l'actuelle majorité jusqu'à la fin du mandat gouvernemental. Quant à la coalition du G8, elle s'est opérée en catimini et dans l'absence de transparence. Il est impensable qu'un parti au gouvernement s'allie à un autre qui se trouve dans l'opposition. Ceci étant, je confirme qu'une majorité constituée des partis de la Koutla, en plus du PJD, donnera une valeur ajoutée à la scène politique marocaine. Quant aux alliances de manière générale, nous les encourageons, estimant qu'elles participent à avoir une scène politique plus ramassée.

Karim Ghellab : Personnellement, je considère que le champ politique marocain n'a jamais été aussi clair qu'aujourd'hui. Nous sommes en face de trois grands pôles qui entreront en concurrence pour la formation du prochain gouvernement. Il s'agit de la Koutla, du G8 et du PJD. Quant au G8, où l'on ne trouve pas une harmonie entre les idéologies, je pose la question sur le dénominateur commun entre les partis qui le forment. Est-ce que ce mélange contribuera à clarifier les choses aux yeux du citoyen ? Dispose-t-il d'un projet de société ou tend-il à accéder au pouvoir pour barrer la route à la Koutla pour qu'elle n'ait pas la première place ou encore le PJD ? Il faut que ce groupe clarifie aux Marocains la nature de sa coalition. Or, si nous serons amenés à former la prochaine majorité, nos rapprochements avec d'autres partis pour former un gouvernement seront sur la base d'un contrat qui respecte le programme présenté.

Comment avoir autant de confiance dans la Koutla alors que l'USFP se trouve dans d'autres alliances de gauche ?

Taoufiq Hejira : La position officielle du Parti de l'Istiqlal vis-à-vis du G8 est que nous ne sommes pas contre la formation des coalitions. La réserve que nous avons vient du fait du mélange composant le G8 qui peut avoir des effets négatifs sur quelque chose qui nous intéresse beaucoup, à savoir le taux de participation. Or, en ce qui concerne leur rapprochement, nous le saluons. En ce qui concerne la Koutla, je vous demande de revenir aux valeurs et positions qu'elle avait exprimées, vous allez vous rendre compte qu'elle avait joué un rôle d'avant-garde et décisif dans le présent du Maroc. Que ce soit du temps de Feu S.M. Hassan II ou maintenant, la Koutla poursuit la même action patriotique pour la défense des libertés et de la démocratie. Au cours de 20 années, dans le gouvernement ou non, il n'y avait aucun dysfonctionnement en ce qui concerne les grands principes de la Koutla. Mais l'impression qui est répandue dans la société et chez les gens des médias est que les palpitations du cœur de la Koutla régressaient par moments et remontaient parfois. Je trouve que c'est normal. Car, quand les circonstances l'exigent, les partis de la Koutla se réunissent pour donner une plus value à la vie politique. Quand les choses se passent normalement, les partis de la Koutla vivent des divergences, des confrontations et vivent une sorte de léthargie. Malgré cela, il n'est jamais arrivé que les partis de la Koutla aient divergé au sujet des grands principes pour lesquels elle a été créée. En ce qui concerne la rencontre organisée par l'USFP, le PPS et le FFD, il s'agit d'un simple colloque et non pas d'un rendez-vous pour annoncer une coalition de la gauche.

Vous avez critiqué le contenu des lois électorales. Où étaient les partis de la Koutla quand il était en discussion au Parlement ?

Adil Douiri : Nous nous sommes mis d'accord au sein de la Koutla sur le fait que la période que traverse le Maroc et la région arabe, en général, est une étape cruciale. Nous devons réaliser un important taux de participation de la part des citoyens lors des prochaines élections. En plus, nous n'avons pas besoin d'un tel échec, plus particulièrement dans cette phase, où des partis ont boycotté les concertations qui avaient eu lieu avec le ministère de l'Intérieur. C'est pourquoi nous agissons au sein de la Koutla pour la réussite de chaque phase dans le cadre du consensus. Ainsi, nous avons accepté la loi organique sur la Chambre des représentants qui encadrera les prochaines élections législatives.

Taoufiq Hejira : Je veux ajouter qu'en cette phase pendant laquelle nous avons travaillé sur la préparation des lois, c'était une phase consensuelle et nous avons adopté ces textes malgré les réserves que nous avions sur certaines dispositions. Cependant, avec le temps, nous allons nous départir de cette logique du consensus. L'objectif aujourd'hui est la réussite de l'étape de la formation du premier gouvernement après l'adoption de la nouvelle Constitution et le succès de la mise en application des dispositions de celle-ci. Il s'agit aussi de l'émergence de nouvelles élites. Je signale qu'en 2012, ce sont 20 lois organiques qui devront être adoptées.

Comme vous le dites, cette phase est une phase consensuelle. Alors, pourquoi y a-t-il cette confrontation entre les partis avant les élections ?

Karim Ghellab : Les partis politiques doivent agir pour encourager les citoyens à participer aux élections afin d'éviter un taux élevé d'abstentionnisme. D'autant plus que l'éventualité de miner tous les efforts déployés pour le changement est encore présente.
Cela doit être combattu par les médias et par la sensibilisation des gens au fait que les réformes et les promesses annoncées dans la nouvelle Constitution ne peuvent voir le jour en un laps de temps. Ce risque pourra devenir effectif d'ici une année ou deux et ce sont des risques possibles et qui existent dans les messages que nous adressons au gens. Car il serait inadmissible que ce soit 73 % qui viennent voter pour la Constitution, mais quand il s'agit de sa mise en application il n'y aurait que 35 %, par exemple.

Taoufiq Hejira : Quand je me pose la question s'agissant du rôle que devraient jouer les partis, les médias et toutes les catégories de la société pour garantir une large participation dans les élections, je réalise qu'il y a un manque de débats permettant la discussion des programmes électoraux. Ce qui pourrait jouer un rôle important pour attirer les citoyens. Je donne l'exemple des chaînes de télévision françaises lors des élections. On trouve des débats politiques avancés par thèmes. Une chaîne braque sur le sujet des retraites, une autre sur l'emploi, une troisième sur le tourisme…Si nous adoptons la même stratégie médiatique, je crois que nous allons donner une nouvelle vision de l'action politique et les médias vont attirer l'attention des Marocains grâce aux sujets débattus et vont créer des confrontations entre les différents partis. Malheureusement, nous n'avons pas de telles confrontations, ce qui fait que les citoyens votent encore en fonction de l'appartenance familiale ou selon les services rendus par les candidats. Ce que nous devons faire c'est de nous imbiber de mœurs politiques, se concentrer sur l'action politique et mettre sur pied une synergie médias-partis-institutions afin d'encourager le Marocain et le convaincre de la nécessité de la participation aux élections.

Il y a des conseillers de la deuxième chambre au Parlement qui ont démissionné pour se porter candidats aux législatives. Vous avez des candidats qui l'ont fait ?

Karim Ghellab : Nous avons enregistré un seul cas similaire au Parti de l'Istiqlal, et ce dans la région Chaouia-Ouardigha. D'ailleurs, le parti n'a pas octroyé l'accréditation à ce candidat. En revanche, beaucoup de députés ont décidé de ne pas se présenter à ces élections afin de prendre part à celles de la deuxième chambre. La nouvelle Constitution a créé une dynamique et a donné plus de crédibilité politique dans le cadre de la mise en application de son contenu. Grâce à son contenu, qui prévoit des cas d'incompatibilité, le député sait désormais qu'il ne peut pas être à la fois parlementaire et ministre.
Ainsi, les candidats qui sont au deuxième rang dans les listes pensent qu'ils peuvent remporter un siège dans des cas d'incompatibilité. Le même cas est applicable par rapport aux élections des régions. Les postes ne sont donc plus destinés à quelques individus. J'insiste sur le fait que la réussite des chantiers de réforme dépendent de la participation des Marocains aux élections. Car abstentionnisme sera compté au profit de ceux qui appellent au boycott, à leur tête le Mouvement Al Adl Wal Ihssane, parmi ceux qui veulent répandre le chaos dans le pays, pour que le Maroc soit victime de ce à quoi nous assistons dans les «infos» dans d'autres pays.

En ce qui concerne le bilan du gouvernement, il y a des partis, comme le RNI qui l'ont utilisé à leur propre compte. Qu'en pensez-vous ?

Taoufiq Hejira : Je réponds à cette question en citant les propos du secrétaire général du parti, Abass Fassi qui avait dit lors du dernier conseil national que l'Istiqlal défend le gouvernement et le bilan du gouvernement. Il avait ajouté aussi que : «Lorsque je présente le bilan gouvernemental et par respect des partis de la majorité et du contrat sur lequel nous nous sommes mis d'accord, je n'ai pas que des ministres istiqlaliens mais de l'ensemble du gouvernement ».

Ceci étant, quelles sont les grandes lignes de votre programme électoral et qui le distingue des autres programmes ?

Adil Douiri : Il faut signaler que la période allant de 2000 à 2010 est exceptionnelle en matière de développement au Maroc qui était très important. Car le revenu des citoyens et leur niveau de vie se sont améliorés de manière conséquente. En parallèle, les disparités sociales ont été réduites. Le programme du Parti de l'Istiqlal mise sur la réduction des disparités sociales à travers la répartition des richesses via la Caisse de solidarité. Cette caisse sera revue ainsi que son financement qui sera réfléchi de manière acceptable pour essayer de lui donner la place qui était le sien il y a 15 ans auparavant.

Et comment sera financée cette caisse ?

Adil Douiri : Le financement de cette caisse sera possible à travers trois types de taxes. La taxe sur les revenus très élevés, la taxe sur le produits de luxe et la taxe sur la revente des terrains non bâtis. Cela va donc permettre le financement de nombreux programmes gouvernementaux de lutte contre la pauvreté. Cette caisse sera ouverte à la réception de la Zakat, des dons ainsi que pour toutes les institutions et individus désirant participer à ce fonds qui sera autonome par rapport au budget du gouvernement. Ce soutien va permettre la rationalisation de l'intervention de tous les acteurs, chacun dans son domaine et va également permettre de réunir des fonds supplémentaires à travers ces dons spontanés et les taxes en question. Ce qui va permettre, par la même occasion, la réforme de la Caisse de compensation. De ce point de vue, nous allons encourager la solidarité et l'entraide sociale. Je rappelle que le programme électoral du Parti de l'Istiqlal de 2007 avait comporté une série d'engagements relatifs à l'aide aux familles démunies. Il s'agit du programme Tayssir dont bénéficient actuellement 600 000 enfants scolarisés, ce qui signifie qu'il s'agit de 200 000 familles pauvres. A côté, il y a aussi le programme Riaaya dont bénéficient les familles démunies dans les zones rurales à hauteur de 70 %. Ainsi, nous encourageons les enfants à aller à l'école et les citoyens à suivre leurs soins et vaccins ainsi que les femmes d'accoucher dans les hôpitaux. Sans parler de la lutte contre la déperdition scolaire. Ces deux programmes participent à l'amélioration des indicateurs sociaux au Maroc. Ce qui signifie que nous participons à l'adhésion au projet de société.

Karim Ghellab : Dans le même contexte, je souligne que le Maroc est entré dans une révolution économique et a connu un développement rapide au cours de la dernière décennie. Comme dans tous les pays, quand le développement est rapide, des disparités sociales se créent. En conséquence, nous avons insisté dans notre programme électoral sur la répartition des richesses pour venir en aide aux classes démunies et soutenir la classe moyenne et c'est ce qui a distingué l'actuel gouvernement. Il a pris en charge différentes actions pour défendre le niveau de vie des citoyens. Et ce, à travers l'augmentation des salaires et du SMIG qui est passé de 1900 à 2300, la taxe sur le revenu a baissé à deux reprises et le taux d'inflation est resté limité de 1 % à 1,5% grâce à la Caisse de compensation. Je dis cela, car, au cours de ces cinq dernières années, le Parti de l'Istiqlal a fait l'objet de nombreux titres dans la presse où l'on parle de catastrophe de la Caisse de compensation et la nécessité de sa réforme. Alors que l'Istiqlal tenait à défendre le niveau de vie des citoyens et la lutte contre la pauvreté à travers de nouveaux mécanismes et la généralisation de la couverture sociale aux non salariés. Il y a 10 millions de personnes actives dont 3 millions dans le secteur privé et qui bénéficient de la couverture sociale à travers la CNSS. Alors que 7 millions demeurent sans couverture, qu'il s'agisse de la couverture sociale, la couverture médicale, la retraite ou les allocations familiales...Cette catégorie est composée des médecins privés, les artisans, les chauffeurs...Nous avons à ce sujet une vision pour les prochaines cinq années pour la généralisation de la couverture sociale au profit de cette catégorie de non salariés. Nous avons déjà appliqué ce programme au profit des chauffeurs professionnels, évalués à quelque 300 000, dont 100 000 des salariés et les 200 000 non salariés. Ils ont ainsi bénéficié de l'adhésion à la CNSS. Or, l'idée principale est de créer la genèse d'une nouvelle caisse au sein de la CNSS pour devenir une caisse nationale à laquelle vont adhérer les classes ouvrières non salariées, chacune selon son secteur d'activité.
Et pour les nécessiteux, il y a le RAMED qui sera généralisé à la fin du mandat du gouvernement actuel. Les cinq prochaines années vont connaitre un grand chantier sur le plan de la couverture sociale notamment au niveau de son application. Ce processus va nous permettre de réaliser une équité sociale.

Taoufiq Hejira : La question de la couverture sociale nous pousse à souligner la forte présence de la classe moyenne dans notre programme électoral notamment dans le secteur de l'immobilier. Il faut savoir que les familles de cette catégorie sociale consacrent 40% de leurs dépenses mensuelles soit pour la location, soit pour l'achat d'un logement. Si on parvient à réduire ce pourcentage à 30% seulement, ces familles pourront utiliser les 10% gagnés dans l'épargne ou la consommation. Par ailleurs, le Haut Commissariat au Plan nous a surpris par sa définition de la classe moyenne avec un revenu mensuel oscillant entre 3000 et 7.000 dirhams. De ce fait, nous nous sommes retrouvés contraints de retenir cette définition dans notre programme. Je pense qu'il faut donner plus d'opportunités à la classe moyenne essentiellement dans le secteur du logement et nous comptons effectivement lui accorder une très grande importance dans les futurs chantiers. Cependant, il ne faut pas oublier les couches sociales qui vivent au dessous du seuil de la pauvreté sans revenu stable. Ces couches sont également incapables d'acquérir un logement social à 140.000 dirhams et vivent dans les bidonvilles.

Est-ce que vous avez une vision concernant l'emploi et la croissance pour les cinq prochaines années ?

Adil Diouiri : Sur le plan de la croissance, il faut noter que nos engagements dans le programme actuel diffèrent complètement de ceux de 2007. Le Maroc a connu une croissance rapide au cours de la dernière décennie et l'économie mondiale a été favorable à ce développement. Mais lorsque le taux de croissance en Europe a baissé de -2% annuellement, le Maroc a rencontré quelques difficultés pour augmenter le volume de ses exportations qui représentent une valeur de 200 milliards de dirhams chaque année dans le secteur des services et des produits. Le secteur du touristique pèse pour sa part, 40 milliards de dirhams. Sur la base de ce constat, il faut avoir une réelle volonté durant le prochain quinquennat pou réussir. Il ne faut pas croire que la situation en Europe va s'améliorer de sitôt. Le pays risque ainsi de perdre 1.5 point de sa croissance. Notre parti tente de trouver une alternative pour récupérer le point perdu. Je pense personnellement que cette question aura plutôt une dimension politique avec la nouvelle Constitution, la bonne gouvernance et les nouvelles prérogatives accordées au chef du gouvernement qui vont permettre plus de rapidité dans l'exécution des stratégies et programmes sectoriels. Ces derniers ont été réétudiés et revisités par des experts marocains et étrangers. Mais la vraie problématique reste la vitesse de l'exécution et la coordination quotidienne concernant les différents problèmes entre départements gouvernementaux. Cela dit, la rapidité de la réalisation des stratégies sectorielles permettra de gagner facilement un point dans le taux annuel de croissance.

Karim Ghellab : Nous essayons de notre mieux de transformer des moyens et des outils théoriques en l'occurrence la nouvelle Constitution en de vrais avantages pour le citoyen. Mais nous constatons que tous les partis politiques déclarent qu'ils vont œuvrer pour la création d'emplois alors qu'ils ne sont pas tous capables de réaliser cette promesse.

Vous avez évoqué, tout à l'heure, la Caisse de compensation alors que la réforme tarde depuis des années déjà. Est-ce que l'Istiqlal a une stratégie pour réformer cette caisse ?

Adil Diouiri : Malgré toutes les rumeurs qui ont circulé, la Caisse de compensation a bel et bien connu une réforme importante. En effet, la récupération des subventions a démarré dans l'électricité pour les citoyens qui consomment un pourcentage déterminé ainsi que pour les entreprises qui utilisaient du charbon subventionné à la place du fuel. Il faut souligner en outre, que le plafond de 40 milliards de dirhams atteint par la Caisse de compensation, n'a pas été dépassé. A noter également que l'aide directe des familles pauvres entre également dans le cadre de la réforme de la Caisse de compensation. Cela permettra un plafonnement puis une réduction progressive des dépenses actuelles.

Karim Ghellab : Le parti de l'Istiqlal a refusé de répercuter la flambée des coûts à l'international sur le prix final et ce, malgré la conjoncture mondiale. Aujourd'hui, on commence à dire que l'Istiqlal n'a pas eu le courage de réformer la Caisse de compensation. Mais les parties à l'origine de ces propos ne conçoivent pas une réforme sur la base de la récupération des subventions qui bénéficient à la classe riche qui n'en ont pas besoin. Pour eux, la réforme veut automatiquement dire l'application des vrais prix du gaz butane, la farine, le gasoil et autres produits subventionnés. Le parti de l'Istiqlal ne va pas changer le plafond de la Caisse de compensation fixé à 40 milliards de dirhams avant de trouver une autre méthode meilleure parce qu'il a toujours voulu préserver le pouvoir d'achat des Marocains. L'Istiqlal œuvre également pour revoir le ciblage des couches sociales défavorisées à travers le programme Tayssir et l'aide directe à ces catégories sans oublier l'installation de la caisse de solidarité et l'élaboration d'une formule pour la récupération des subventions qui bénéficient aux familles riches. Il faut dire que nous avons déjà trouvé une solution et nous avons commencé sa mise en œuvre. Certains s'attendent aux anciennes réactions des technocrates qui décidaient des hausses des prix de carburant à la pompe mais le gouvernement actuel n'a pas pris ce pli en dépit de toutes les tentatives pour le pousser à prendre ce genre de mesures. Un gouvernement technocrate n'aurait pas hésité de décréter une hausse des prix.

Adil Douiri : Nous savons que la situation dans l'Union Européenne, qui est un important client du Maroc, est difficile. Mais nous allons tout mettre en œuvre pour récupérer le point de croissance perdu à travers les outils contenus dans la nouvelle constitution. Nous tablons sur une croissance économique de 5% avec la création de 170.000 postes d'emploi annuellement (150.000 dans le secteur privé et 20.000 dans le secteur public). Nous allons également accompagner la Régionalisation avancée qui devrait permettre l'émergence d'une certaine élite capable de réaliser les programmes des conseillers et les élus locaux. Il sera question également de garantir plus de sécurité notamment dans les grandes villes parce que nous sommes convaincus que le ministère de l'Intérieur va créer un nombre impressionnant de postes d'emploi dans le domaine de la sécurité. La même chose s'applique pour le secteur de l'enseignement qui doit lutter contre l'abandon scolaire. Le secteur de la Justice devrait également accélérer la vitesse de son rendement au profit des citoyens.

Quels sont les autres points focaux dans votre programme ?

Adil Diouiri : Nous allons mettre l'accent sur le dialogue social, marqué actuellement par son caractère aléatoire à cause notamment de l'absence de certains syndicats ou la non-convocation d'autres organisations syndicales aux réunions. Ceci donne lieu à des surenchères et des demandes irrationnelles, parfois. Nous voulons un dialogue social automatique. Les syndicats auront l'occasion justement dans ce cadre de définir les priorités de leurs dossiers revendicatifs. Pour nous, le dialogue social est comme un outil ou moyen pour redistribuer les richesses

Karim Ghellab : Les avis sont en quelques sortes partagés sur la question de la redistribution des richesses. Trouver une solution à cette question permettra de trancher sur ce dossier en évitant les tensions entre les différents partenaires du dialogue. A ce moment, il y aura un seul débat sur la manière dont les fonds octroyés aux syndicats, seront dépensés

Taoufik Hejira : J'aimerais attirer l'attention sur l'amalgame entre les différents programmes car il y en a plusieurs. Il y a d'abord le programme du parti qui est mis à jour d'une manière périodique. Ce programme qui contient plusieurs principes, est présenté durant le congrès du parti puis soumis au vote. Il y a également le programme électoral qui est l'équivalent d'un projet sur une période déterminée. Les journalistes mais également les partis politiques doivent interroger l'auteur de ce programmes sur son mode de financement. Nous avons enfin le programme gouvernemental. Après la formation du gouvernement, le chef du gouvernement demande à une équipe d'élaborer un projet. Un accord est ensuite trouvé sur ce projet qui sera transféré par le chef du gouvernement au Parlement pour avoir la confiance de l'appareil législatif. Nous n'avons pas relevé cette différence dans certains programmes. Aujourd'hui, quelques personnes brandissent des slogans sur la dignité sans pour autant présenter les mesures susceptibles de préserver cette dignité des citoyens. Ces personnes ne donnent pas de détails sur les projets prévus entre 2011 et 2016 sans parler de l'amalgame entre les slogans syndicaux et ceux politiques juste pour attirer plus d'électeurs.
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