La récolte céréalière record, annoncée par le ministre de l’Agriculture Aziz Akhannouch, lors de la huitième édition des Assises de l’agriculture, n’est pas une simple nouvelle. C’est la croissance de toute l’économie nationale qui en dépend et qui ne manquera certainement pas d’en profiter, étant donné que la variable agricole pèse toujours de tout son poids dans l’économie du pays. La production prévisionnelle des trois céréales principales est estimée par le ministère à 110 millions de quintaux (Mq) pour la campagne 2014-2015, dont 55 Mq de blé tendre, 32 Mq d’orge et 22 Mq de blé dur.
La corrélation entre le niveau de la récolte céréalière et le taux de la croissance est bien établie. Ainsi, avec une production céréalière médiocre de 42,69 Mq au cours de la campagne agricole 2004-2005, le Maroc s’est contenté d’une croissance du PIB de 3% en 2005, selon les chiffres du ministère des Finances. Un an plus tard, le PIB a progressé de 7,8% grâce à une récolte de 92,26 Mq, puis est retombé à 2,7% en 2007 à cause en partie d’une moisson de 24,96 Mq seulement. En 2008, le PIB s'est hissé de 5,6% avec une récolte de 53 Mq. Cet effet a été, toutefois, moins important au cours de la campagne 2008-2009, puisqu’avec une récolte de 104,51 Mq, la croissance s'est établie à seulement 4,8%. La crise mondiale est passée par là.
La baisse de la production céréalière lors de la campagne suivante à 78,25 Mq a ramené le PIB à 3,6% et sa hausse en 2010-2011 à 83,25 Mq a permis au PIB de croître de 5% en 2011.
La croissance a encore reculé à 2,7% en 2012, plombée entre autres par une production céréalière d’à peine 52,34 Mq. Elle s’est redressée à 4,4% en 2013, avec une récolte de 99,12 Mq et est estimée à 2,2% en 2014 pour une production céréalière de 69,50 Mq.
À quel niveau de croissance peut donc prétendre le Maroc avec les 110 Mq attendus ? Rappelons que le gouvernement table dans la loi de Finances 2015 sur un taux de 4,4% en s'étant basé sur une récolte de 70 Mq. Avec une production record, les prévisions de l’Exécutif sont certainement dépassées. D’ailleurs, le Centre marocain de conjoncture (CMC) table sur un taux de 5,1%, soit la prévision la plus optimiste.
Le CMC s’attendait justement à une récolte céréalière plus importante, note M'hammed Tahraoui, consultant au CMC. Pour cet économiste, le Maroc a certes fait des efforts pour atténuer la dépendance de son économie de l’Agriculture, en lançant sa stratégie industrielle, mais il en faut beaucoup plus pour concrétiser cette ambition. Il appelle notamment à repenser le modèle économique actuel pour l’axer sur l’export. Cette exigence de la mutation du modèle économique est également exprimée par l’économiste Mohamed Chiguer qui, tout en appelant à améliorer l’offre industrielle, a insisté sur la demande intérieure qu’il faut promouvoir. Il estime également qu'il faut profiter de cette bonne conjoncture pour lancer des réformes structurelles.
