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Mardi 09 Juin 2026
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Le piratage continue à prospérer

On a beau parler de durcissement de la législation contre le piratage, de protection plus efficace des droits d'auteur, jamais le commerce des films et de la musique piratés n'a été aussi prospère. Faudra-t-il le supprimer ou s'en accommoder ? Le public a en tout cas tranché sur la question, et depuis plusieurs années.

Le piratage continue à prospérer
C'est à Derb Ghalef et non dans un quelconque Technopark qu'a eu lieu le premier contact des Marocains avec les nouvelles technologies. C'est là qu'ont été commercialisés, à grande échelle, les premiers récepteurs analogiques, puis numériques, les premiers téléphones portables et tout ce qui s'en est suivi. Puis, il y a à peine une dizaine d'années, à la marge de ce commerce de Derb Ghalef, qui est encore en grande partie informel, naissait une activité qui allait se révéler très lucrative : les vendeurs de DVD.
Des jeunes se sont installés sur une grande artère du marché, en posant leurs tréteaux et proposant aux passants un large choix de films, ceux qui passent en salles et même souvent, ceux qui ne sont pas encore arrivés au Maroc. Au marché de Derb Ghalef, où l'offre est la plus abondante, les vendeurs abordent les passants pour leur proposer les DVD. si vous n'êtes pas intéressé, votre interlocuteur essaiera par tous les moyens de vous convaincre : « Tu veux peut-être les films qu'on regarde tout seul ? » « Tu sais bien de quoi je parle ! » Décidément, à Derb Ghalef on peut vraiment trouver de tout.

Peu à peu, ce commerce est sorti de Derb Ghalef pour essaimer dans toute la ville. Des magasins, quelle qu'ait pu être leur activité d'origine, s'y sont mis. Ce sont surtout les vendeurs ambulants qui sont les plus nombreux. Ils portent leurs DVD ou leurs CDROM dans des sacs. Il vous suffirait de vous installer sur la terrasse d'un café pour avoir un aperçu de la misère, mais aussi de la débrouillardise des Marocains. On est toujours abordé voire harcelé par des mendiants, puis par un défilé de vendeurs : les habituels cireurs de chaussures, les vendeurs de toutes sortes d'autres objets, mais surtout par ces vendeurs de DVD qui vous posent sur la table une pile de films. Les gens achètent, d'abord parce que c'est bon marché. En effet, le prix varie entre 5 et 10 DH. Bien sûr, parfois le son est mauvais ou le disque ne marche pas. Mais à des prix pareils, le risque est permis !
La population de ces vendeurs d'un nouveau genre est jeune. Car il faut être passé par l'école, avoir un minimum de maîtrise de l'outil informatique, d'Internet et être un peu au courant des genres musicaux et des films pour être efficace et réactif. Les films sont dupliqués à partir des DVD originaux, parfois ils sont captés à partir de l'écran de projection au cinéma. Pour les plus initiés, il suffit de chercher les sites appropriés sur Internet. Des Robins des Bois des nouvelles technologies, surtout en Europe de l'Est où la législation n'est pas très sévère sur les droits d'auteur, proposent des films piratés, fraîchement sortis en salles. Il suffit d'avoir une connexion haut débit, de disposer d'un ou plusieurs graveurs et d'un stock de disques vierges. Les ordinateurs fonctionnent 24h/24 pour approvisionner en permanence un marché très demandeur.

Doit-on sévir contre ce commerce ? Car le piratage est encore plus illégal que les autres commerces informels, dans la mesure où il ajoute au fait d'échapper aux impôts, le fait de se procurer ses produits de manière illicite. Mais il serait difficile et très impopulaire de s'attaquer au phénomène : non seulement les citoyens (qui ne sont pas très pointilleux sur la légalité quand ça leur profite !) y trouvent leur compte, mais surtout c'est un commerce qui fait vivre des milliers de jeunes qui sans cela se retrouveraient au chômage. Et face à cette réalité têtue, la loi comme la morale se retrouvent désarmées.

Le cinéma serait-il victime de piratage ?

faut-il incriminer le commerce des DVD dans le recul de la fréquentation des salles de cinéma et leur fermeture.
La crise des salles de cinéma serait bien antérieure au piratage et tiendrait plus à l'absence de véritable vie culturelle dans la ville et à la concurrence de la télévision. Selon les inconditionnels des DVD piratés, «ce commerce ne fait que rendre immédiatement accessible, chez soi, à un prix modique, des films qui sortent aux États-Unis ou en Europe, parfois dans la première semaine de leur exploitation».
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