Le colloque organisé mardi dernier par la CDG, sur le thème : «Les grands projets urbains : expériences et avenirs», a permis aux participants d’échanger et de partager leurs expériences respectives et également d’en tirer les enseignements nécessaires pour mener à bien ce type de programmes. C’est un colloque qui rentre dans le cadre des concertations lancées par le ministère de l’Habitat sur la politique de la ville.
D’ailleurs, les conclusions serviront également à enrichir le débat national et il devra en être tenu compte lors des Assises sur la politique de la ville prévues le 27 juin 2012. L’enjeu est de créer de nouveaux espaces urbains qui puissent répondre immédiatement et dans le futur aux besoins des métropoles, aux attentes de leurs habitants et usagers.
Lors de cette rencontre, Nabil Benabdellah a insisté sur la nécessité d’une approche participative et concertée. Il a également lancé la réflexion sur la manière promouvoir un développement urbain durable accompagnant le phénomène d’urbanisation, rompant avec les tendances lourdes de gaspillage énergétique, de dégradation de l’environnement et aspirant à une meilleure qualité de vie et à une plus grande cohésion sociale. Il a, d’ailleurs, insisté dans son discours, sur ce volet : «promouvoir le développement urbain durable de nos villes est devenu, pour toutes les politiques publiques, une obligation affirmée au plus haut niveau». Il a ajouté que ce développement urbain durable «se doit d’être aujourd’hui au cœur des préoccupations quotidiennes et les défis à relever sont nombreux, qu’il s’agisse de garantir la cohésion sociale, de renforcer l’attractivité des territoires ou d’assurer l’intégration de la durabilité dans les projets d’aménagements et plus particulièrement dans les grands projets urbains».
Au cours de cette journée, les professionnels et experts nationaux ont débattu de plusieurs thèmes liés à cette grande thématique. D’ailleurs, les intervenants ont mis en exergue les projets structurants lancés par le groupe CDG (Hay Riad, Casa Anfa, Zenata…) qui ambitionne d’intensifier son engagement dans la réalisation de grands projets urbains. Les participants se sont également attardés sur les expériences internationales, notamment ceux de l’Espagne (Barcelone), de l’Allemagne et de la France.
Pour sa part, Mohammed M’barki, directeur général de l’Agence de développement de l’Oriental, intervenant sur la stratégie de construction des villes nouvelles à partir du processus de réflexion de Hay Ryad», a insisté sur la «nécessité d’intégrer la notion de construction du patrimoine de demain». Il a tenu également à préciser que «c’est une question d’image, car quand on confond le grand projet urbain avec la création de projets immobiliers, on assiste à une situation où il y a beaucoup de dysfonctionnements». C’est dire qu’il ne faut point se lancer dans une course contre la montre pour satisfaire uniquement un besoin en logements, qu’il faut donner un peu plus «d’âme et de consistance» à ces projets urbains en phase avec la mise en œuvre de la Constitution, la régionalisation avancée…
Quant à Khadir Lamrini, directeur de l’Agence d’urbanisation et de développement d’Anfa, il a mis en exergue le projet Casa Anfa qui permettra à la la capitale économique à se hisser au rang des métropoles internationales. Il a également présenté le projet de la ville nouvelle de Zenata visant à pallier le déséquilibre existant entre la partie est et ouest de la ville de Casablanca. Cette centralité urbaine qui sera dédiée à la classe moyenne.
«La question urbaine dans la politique de l’aménagement du territoire» a été également au menu. C’est Abdelouahed Fikrat, directeur de l’Aménagement du territoire au ministère de l’Habitat, de l’urbanisme et de la politique de la ville, qui a passé en revue les objectifs nationaux prioritaires de développement traités par la Stratégie nationale d’aménagement du territoire (SNAT) et la Charte nationale de l’aménagement du territoire sous leurs différents aspects visant à encadrer l’urbanisation et à maîtriser la croissance urbaine.
Ce responsable a évoqué l’équilibre macroéconomique du système urbain, la gestion urbaine, l’aménagement des métropoles, le foncier urbain, la lutte contre l’illégalité urbaine, qui sont autant de défis traduits par 13 orientations, dont certaines sont en train de se concrétiser, à travers les actions et programmes que mène le ministère. D’ailleurs, un des outils correspondant aux problématiques de ces territoires est la stratégie foncière, qui aura pour objectif d’identifier et d’analyser les déséquilibres majeurs dans la gestion de la question foncière, de proposer les mécanismes et les instruments de maîtrise du marché foncier urbain et de déterminer les modalités de gestion des réserves foncières et les moyens et outils de leur reconstitution.
Ces actions s’inscrivent, d’une manière directe dans le cadre général de la politique de la ville en cours de construction, avec toutes les forces vives de la société, et qui sera fondée sur les bases de la modernisation des politiques publiques et de la bonne gouvernance territoriale. Le débat a porté également sur d’autres aspects liés aux infrastructures, aux financements, à la gestion urbaine, etc. In fine, le Maroc doit aujourd’hui simultanément résorber des déficits urbains importants et créer les conditions pour accueillir dans les villes 130 000 ménages nouveaux chaque année, précise Anass Alami. Il doit agir dans des registres divers allant du renouvellement à la création de pôles urbains nouveaux en périphérie des grandes villes du pays ou à l’édification de villes nouvelles.
Questions à : Nabil Benabdellah, ministre de l’Habitat, de l’urbanisme et de la politique de la ville
«Les politiques doivent être capables de prévoir et de répondre aux aspirations futures»
Comment ce grand débat sur les grands projets urbains servira-t-il la politique de la ville ?
Le débat initié par la CDG sur les grands projets urbains structurants se situe au cœur même du débat de la politique de la ville. Nous avons demandé à ce que les conclusions soient versées dans le débat sur la politique de la ville. Ces grands projets constituent une porte d’entrée importante pour revoir l’état de nos villes et pour y opérer des changements extrêmement profonds afin d’accompagner les mutations. Force est de constater qu’aujourd’hui là où ça s’est fait, ça a donné des résultats très importants. L’occasion, pour nous a été propice pour initier un certain nombre de réflexions sur le foncier afin de le maîtriser d’une manière plus globale dans le cadre d’une politique territoriale pensée réfléchie et encadrée. Il y a également la nécessité de revoir notre urbanisme et de le rendre plus opérationnel et de faire en sorte que nous puissions mieux réagir par rapport aux mutations qui s’opèrent dans nos villes. Aussi, la nécessité d’être prospectif par rapport à la grande problématique de logements et des grands problèmes sociaux qui se posent dans les villes et que les politiques publiques ne soient pas des politiques de rattrapage, mais des politiques qui puissent être beaucoup plus capables de prévoir et de répondre aux aspirations futures qui risquent de se poser.
Et le partenariat avec les autres intervenants ?
Il est évident que dans ce cadre-là, le partenariat d’abord avec l’ensemble des partenaires publics, notamment la CDG, Al Omrane, les ministères… est très important. Il y a également la possibilité que ces opérateurs publics s’ouvrent à de grands opérateurs privés. Cela constitue une porte d’entrée également pour ce genre de projets.
