Décryptage

Insertion des jeunes diplômés : quelles nouvelles politiques publiques ?

« Tous les articles

L'insertion des jeunes, qui nécessite une constante actualisation des politiques publiques (enseignement, formation, marché de l'emploi) est au cœur du débat public,tant le problème du chômage est mal vécu ! Quels sont les dispositifs mis en place pour améliorer les conditions de l'insertion et surtout comment rapprocher l'éducation du monde du travail ?
Le point avec un expert en ingénierie de formation, membre de la CGEM, A. Iraqui.

La notion d'insertion définit un ensemble de processus concernant la scolarisation des jeunes, l'intégration harmonieuse des individus dans la société et la recherche d'un emploi.
Celle-ci doit conduire le jeune vers un emploi ou une activité au plus près de son projet et de la réalité du marché de l'emploi.

Les diplômés de l'enseignement supérieur et de la formation professionnelle sont les plus affectés par les difficultés de l'emploi. Le taux des sans-emploi se situe à 16,7%, soit 7 points au-dessus de la moyenne nationale. De nouvelles mesures promulguées en octobre 2011, à savoir le Contrat d'intégration professionnelle (CIP) et le Contrat de premier emploi (CPE), sont susceptibles d'améliorer cette insertion.
Le CIP prévoit une contribution financière de l'État versée à l'entreprise à titre d'indemnité de formation/intégration de 25 000 DH en cas de signature d'un contrat à durée indéterminée (CDI), à l'issue de 6 à 9 mois de stage.

Le CPE reprend l'ensemble des avantages prévus par le contrat IDMAJ : exonération des cotisations CNSS/TFP et de l'IR pendant 24 mois, prolongée de 12 mois (si contrat de droit commun) en y ajoutant La prise en charge par l'État de la couverture sociale pendant 1 an (part patronale) en cas de recrutement sur un contrat à durée indéterminée sans période d'essai .
La CGEM a élaboré un document intitulé «20 mesures pour l'emploi» qui a été présenté au Gouvernement qui s'en est inspiré pour élaborer les deux nouvelles mesures phare pour l'insertion des jeunes. Il est nécessaire de tenir compte de certains préalables pour améliorer cette insertion dans la vie professionnelle.

•Améliorer la lisibilité des diplômes
La mise en place du système dit de «LMD» (Licence, Maîtrise, Doctorat) devrait être l'occasion pour mener une campagne d'information systématique auprès des employeurs sur les nouvelles modalités d' organisation des études et des diplômes et de traduire en termes concrets, par exemple sous forme de fiches accessibles via Internet, les aptitudes, connaissances et compétences qu'atteste l' obtention des diplômes.

•Identifier les catégories difficilement insérables
L'expérience montre qu'il y a aujourd'hui une population de chercheurs d'emploi que les mesures publiques d'accompagnement à l'insertion ne suffisent pas à conduire vers une intégration dans l'entreprise. Pour ces situations difficiles, la concertation entre le gouvernement et la CGEM a permis de définir un nouveau contrat d'insertion que l'ANAPEC mettra désormais en œuvre en sus des dispositifs existants.

•Situer la problématique de l'insertion dans le cadre des chantiers et plans sectoriels
Un certain nombre de plans sectoriels sont en cours de réalisation : Plan émergence, Plan Maroc vert, Vision 2020 pour le Tourisme, etc. Il y a lieu de s'interroger sur les besoins et les moyens de les satisfaire.

•Privilégier l'approche par compétence dans la formation
L'entreprise marocaine recherche des lauréats immédiatement opérationnels. Certes, il existe des institutions (OCP, Banques….) où le nouveau recruté reçoit une immersion progressive pendant laquelle il se familiarise avec les rouages de l'entreprise. Mais pour la majorité des PME le diplômé doit être «prêt à emploi».
Cette approche a amené le développement de la pédagogie des compétences qui a fait son apparition dans la formation professionnelle et qui se met progressivement en place dans l'enseignement supérieur.
Elle consiste à évaluer l'apprenant en le mettant devant une situation proche de celle qu'il va rencontrer dans le monde de l'entreprise.

•Développer la réactivité et la flexibilité du système d'enseignement
La réactivité du système d'enseignement devient primordiale. Nos universités doivent pouvoir mettre en place des filières en temps réel pour tenir compte des besoins qui se créent. Elles doivent également pouvoir fermer certaines filières si elles ne correspondent plus à un besoin. Enfin, elles doivent tenir compte de l'obsolescence des connaissances et des technologies.

•Poursuivre la formation tout au long de la vie
Il est nécessaire de poursuivre la formation tout au long de la vie pour maintenir l'employabilité car les profils qui s'insèrent le mieux sont les profils spécialisés, mais ceux-ci peuvent être fragilisés en cas de retournement de la conjoncture (cas des opérateurs dans les centres d'appel). Pour cela, il faut procéder à une évaluation du dispositif en mettant en relief le rôle et la mission de chaque acteur à commencer par le stagiaire : Considéré comme stagiaire en transit, a-t-il fait l'effort d'investissement nécessaire pour s'intégrer dans l'entreprise ? L'organisme de formation est concerné en premier lieu : A-t-il su transmettre les savoirs, et surtout les savoir faire nécessaires ? Les connaît-il ? N'a-t-il pas dispensé un savoir scolaire sur la gestion, la comptabilité et le commercial ?A-t-il pris en compte les pré-requis nécessaires ? De son coté, l'entreprise a-t-elle fait un effort d'encadrement et de formation du stagiaire ? L'agence publique, est-elle responsable de l'insertion durable ? Son mandat s'arrête il à la signature du contrat? La mesure proposée s'adapte-elle aux publics visés ou s'agit il de mesures standards ? La DRH : A-t-elle développé les habiletés sociales du stagiaire, sa capacité d'adaptation, son identification à la culture d'entreprise ?
En effet, Il existe un paradoxe: d'un côté les jeunes déplorent les difficultés d'insertion professionnelle, de l'autre les entreprises déplorent le zapping et le manque d'attachement qui caractérise la nouvelle génération. L'université / la Formation professionnelle a-t-elle veillé à dispenser un savoir théorique ou pratique ? A-t-elle appris à l'étudiant à faire des va- et-vient entre le savoir académique et le savoir faire pratique ? A-t-elle préparé le lauréat à élaborer un projet professionnel, ou a-t-elle présenté les études comme une fin en soi ? Si nous prenons garde à ces éléments, nous pourrons améliorer l'insertion des jeunes qui constituent le vivier dans lequel seront recrutées les élites nationales de demain.
Publié le : 8 Décembre 2011 - Abdelmajid IRAQUI, LE MATIN

Lire également...