Entretien avec Abdelkader Ben Bassou, inspecteur régional de l'habitat, de l'urbanisme

«Un de nos objectifs est de positionner Fès comme capitale régionale»

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Abdelkader Ben Bassou, inspecteur régional de l'habitat, de l'urbanisme et de l'aménagement de l'espace, présente ici les grandes lignes du plan d'aménagement de l'agglomération de Fès. Celui-ci couvre une superficie de 13.000 ha et devrait permettre un développement équilibré et harmonieux de l'agglomération dans les 10 prochaines années.

LE MATIN : Le plan d'aménagement de l'agglomération de Fès voit le jour après plusieurs mois d'attente. Pourquoi ce retard ?

Abdelkader Ben Bassou : Il n'y a pas eu de retard. Les études à Fès n'ont pas pris beaucoup de temps par rapport à d'autres études similaires dans de grandes villes. Et c'est à cause d'un certain nombre d'études préliminaires élaborées par l'Agence urbaine de Fès avant le lancement du Plan d'aménagement. Ainsi, après deux années d'études, d'enquêtes sur le terrain et de concertations entre le bureau d'études adjudicateur et les différents services et administrations concernées, le nouveau plan d'aménagement de l'agglomération de Fès voit le jour. C'est un document réaliste qui tient compte aussi bien des exigences du développement de la ville que des options majeures du schéma directeur de Fès qui reste valable jusqu'à 2015. Le plan tient compte aussi des grands projets autorisés depuis cinq ou six ans, notamment les projets d'urbanisme, d'habitat, les projets économiques et sociaux ainsi que les différents plans de développement de la ville (PDRT, PDRI, PDRA et le plan régional de l'agriculture). Ce plan qui couvre une superficie de 13 mille ha est maintenant transmis par les services de l'Agence urbaine à la wilaya pour le soumettre à l'avis des élus, à la délibération du conseil municipal et à l'organisation de l'enquête publique. Cette procédure devra être clôturée dans les deux mois après la réception du projet.

Quels sont les grandes lignes de ce plan ?

Le premier objectif inscrit dans le cadre de ce plan est de positionner Fès comme capitale régionale. Et là, il est question de doter la ville d'équipements structurants, tels une cité sportive, un palais des congrès, une cité des arts et des métiers d'artisanat, et de renforcer les fonctions métropolitaines avec notamment un nouveau campus universitaire et un technopark. A cela s'ajoute l'encouragement des investissements dans le tourisme et dans les nouvelles technologies. Le deuxième objectif consiste entre autres à préserver les sites sensibles, ceux à risque, les zones inondables, la nappe phréatique, le réseau hydraulique et renforcer la trame verte de l'agglomération. Il faut noter que dans le cadre de ce plan d'aménagement, la trame verte totalise plus de 2.000 ha sur 13.000 ha du périmètre d'aménagement, soit plus de 15% de l'espace urbain. Celle-ci s'appuie sur plusieurs éléments dont une ceinture verte périphérique pour contenir les extensions et assurer la transition avec la banlieue et l'espace periurbain, la réhabilitation et l'aménagement des carrières et la protection des abords de la Médina et du Palais Royal. Pour répondre à la demande en matière d'habitat social, le plan prévoit d'ouvrir de nouvelles zones à ce type d'habitat, de résorber les déficits et l'insalubrité dans l'habitat, de permettre l'accès au logement et d'améliorer le quotidien de la population. Et ce, en facilitant l'accès aux équipements et aux services de base et d'améliorer l'offre en transports collectifs. A noter qu'il est prévu de renforcer l'armature viaire pour rendre les transports collectifs plus performants avec le renforcement des voiries et l'utilisation entre autres de la ligne de chemin de fer comme transport en commun. Le dernier objectif concerne la maitrise de l'urbanisation. Celle-ci devrait être assurée entre autres par une ceinture verte autour de la ville, par la mutation des tissus urbains notamment les anciennes zones villas en zones immeubles et valorisation des friches comme la reconversion de la zone industrielle de Doukarat en zone d'animation et de bureaux dans le prolongement du golf et la zone touristique Oued Fès, la mise à niveau et intégration des quartiers périphériques de la zone Nord, Est et Sud, le trans fert des activités industrielles vers Ras El Ma, le développement d'un polycentrisme avec notamment l'organisation de nouvelles centralités qui complètent celles existantes notamment dans le secteur de Zouagha, la route de Sefrou, celle de Taza et celle de Meknès. Voilà les grandes options de ce plan qui donne une vision du développement de la ville dans les 10 prochaines années.

Est-ce que ce plan couvre aussi les communes périphériques comme Oulad Taieb ?

C'est un document de l'agglomération de Fès. Il couvre une petite partie des communes rurales périphériques et plus particulièrement celles des communes d'Ain Chkef, d'Ain Kansara et de Sbaa Rouadi qui relèvent de la province de Moulay Yacoub. La partie d'ailleurs qui les concerne dans le plan d'aménagement a été transmise aux autorités de la province de Moulay Yacoub pour la soumettre à l'avis des élus et à l'organisation de l'enquête publique.

Une fois le plan adopté, qui veillera à son application et son respect ?

Le plan d'aménagement est un document juridique. Il est opposable à tout le monde une fois l'enquête publique achevée. Et chaque service et administration doit s'assurer du respect et de l'application de la partie qui relève de ses compétences et programmer des actions dans ce cadre pour les 10 prochaines années. Et c'est l'Agence urbaine, de par ses prérogatives en tant que gestionnaire du secteur de l'urbanisme, qui doit s'assurer de la mise en œuvre de ce plan par les différents intervenants.

Qu'en est-il du financement du plan d'aménagement de Fès ?

Le financement est la lacune de tous les plans d'aménagements. Il y a des documents assez ambitieux mais les moyens financiers ne suivent pas ces ambitions. Par exemple dans le volet éducation nationale, le plan prévoit un certain nombre d'établissements scolaires, mais leur réalisation dépend du budget disponible chez le ministère de tutelle. Et c'est pareil pour d'autres services et administrations. L'idéal est que le plan d'aménagement soit suivi d'un plan d'exécution budgétaire pour les 10 prochaines années avec une planification annuelle. Et en l'absence de ce type de plan, on se contente de produire un document urbain qui donne une vision du développement de la ville et à charge de chaque institution, service ou administration d'inscrire ses projets et son champ d'action dans cette vision. Et de réaliser la partie qui leur incombe avec les moyens dont ils disposent.
Publié le : 3 Janvier 2012 - Rachida Bami, LE MATIN

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