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Mardi 09 Juin 2026
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«La particularité du ciné-concert est d’être avant tout un art populaire»

L’Institut français de Meknès a organisé dernièrement une initiation à l’accompagnement musical d’un film muet (ciné-concert). Formation qui a été animée par le compositeur Jacques Cambra, qui reviendra du lundi 16 au vendredi 20 avril pour la compléter. Toute la lumière sur cette action.

«La particularité du ciné-concert est d’être avant tout un art populaire»
Jacques Cambra a accompagné environ huit cents films muets avec des formations musicales variées allant du piano solo à l’orchestre.

Le Matin : En quoi a consisté la formation que vous avez animée à Meknès ?
Jacques Cambra : Une quinzaine d’élèves professeurs du Centre pédagogique régional (CPR) et professeurs du Conservatoire municipal de musique et de danse de Meknès, ont été réunis à l’initiative de l’Institut français de Meknès afin de recevoir une formation autour du ciné-concert. Ce projet fait suite à ma participation au FICAM (Festival international de cinéma d’animation de Meknès) lors de sa dernière édition. J’ai pu mesurer à cette occasion la richesse et l’implication des musiciens meknassis que j’ai eus sous ma direction pendant cinq jours. Cela nous a permis de nous produire à l’issue du festival pour un ciné-concert. Vu l’entente entre les différentes personnes et institutions (musiciens marocains, Institut français et Conservatoire de musique), je n’avais qu’une envie : revenir pour un projet plus ambitieux, approfondi et privilégiant le long terme. Ce fut chose faite quand l’Institut français me sollicita à nouveau, en me donnant les moyens d’un véritable travail de fond grâce à l’articulation de ce nouveau projet autour de 60 heures de formation finalisées par une production au Théâtre de l’Institut français. Cela m’a permis de faire une préparation très approfondie en amont, afin de pouvoir répondre notamment à la demande des élèves professeurs du CPR.

Quel bilan en faites-vous ?
Une totale réussite que cela concerne la rencontre humaine et musicale (qui n’est jamais gagnée d’avance), le respect complémentaire de la culture de chacun (le formateur que je suis est également enrichi) et le retour enthousiaste des stagiaires et de leurs encadrants qui se sont approprié le contenu pédagogique de la formation.

Comment pouvez-vous définir le concept de ciné-concert à un public de non-connaisseurs ?
Réalisé par des artistes du passé, le film muet a la capacité de nous révéler un geste créateur du passé, exactement comme peut le faire une partition de musique classique interprétée par un musicien contemporain, pour un public contemporain. J’ai pu le mesurer lors de nombreuses prestations pour des publics très variés. C’est ainsi que Hitchcock, Charlie Chaplin, Fritz Lang, par exemple, sont toujours vivants à travers leurs œuvres mises en valeur par la musique contemporaine.

Quel est l’intérêt d’une telle formation à une époque où le genre muet est révolu ?
Le plaisir esthétique d’abord, le développement de l’esprit critique grâce à la comparaison passé-présent. Si le ciné-concertiste se doit d’avoir une culture cinématographique et musicale étendue, la particularité du ciné-concert est d’être avant tout un art populaire. Ce n’est donc pas un art révolu.

Pourquoi avoir choisi de dispenser cette formation aux professeurs du Centre pédagogique régional de Meknès (CPR) et aux professeurs du Conservatoire municipal de musique et danse de Meknès ?
Ayant accompagné environ huit cents films muets avec des formations musicales variées allant du piano solo à l’orchestre, de l’improvisation à la composition et la direction, j’ai accumulé une expérience que je souhaite ardemment partager afin de former la nouvelle génération. C’est pourquoi j’apprécie à ce point la volonté de l’Institut français d’une part de s’ouvrir aux institutions pédagogiques de Meknès et d’autre part de défendre un ambitieux projet autour de l’éducation artistique, seule à même de développer l’esprit critique chez les nouvelles générations.


Que se passera-t-il du lundi 16 au vendredi 20 avril ? La formation sera la même que la précédente ou passerez-vous à un niveau supérieur ?
L’organisation de la formation en deux périodes distinctes va me permettre, suite à la période de sensibilisation active (clôturée dimanche dernier par une restitution au théâtre de l’Institut français), d’assurer un suivi pédagogique en relation avec les enseignants référents du CPR et préparer ainsi le deuxième séjour en avril, en visant l’approfondissement des notions abordées et l’autonomie toujours plus grande des stagiaires que j’aurai ainsi suivis pendant trois mois. Cette deuxième période sera conclue par un ciné-concert final le samedi 21 avril au Théâtre de l’Institut français de Meknès.

Un mot pour conclure ?
Je voudrais conclure en disant que ces échanges approfondis, que ce soit d’un point de vue cinématographique, musical ou humain, me permettent de partager la fraîcheur, et l’enthousiasme et le très bon niveau des apprenants. Je mesure ainsi la qualité de l’encadrement et de l’implication au quotidien des formateurs du Conservatoire et du CPR, qui sont la clé de la réussite d’un tel projet.

De la difficulté de raconter un ciné-concert...

« Le film muet, une fois pensé par le scénariste et le réalisateur, est fixé sur la pellicule et se reproduit à jamais à l’identique. Mais ponctuellement et pendant le court instant de la séance, il va rencontrer à la fois public et musicien, liés intimement l’espace d’un instant, autour de cette œuvre atemporelle, signée par un créateur du passé.
Difficile de raconter un ciné-concert...où la chaleur et la confiance des organisateurs comptent tant pour trouver la note bleue qui se fondra en images. Difficile de raconter un ciné-concert...
Il n’y a rien que le cinéma, rien qu’un film avec le film, un film autour du film, un film pour retrouver un parfum qui s’évanouit peu à peu... », affirme Jacques Cambra.

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