celle-ci créée au XIVe siècle pour être l’intermédiaire entre l’épargnant et l’emprunteur remplit-elle toujours son rôle et apporte-t-elle une valeur ajoutée à l’économie ? Des experts de renom comme Paul Dembinski, secrétaire général de l’Observatoire de la finance, qui a analysé pendant plus de dix ans les progrès de la financiarisation sous tous ses aspects techniques et économiques a traité de la place dévolue aux activités financières au sein de nos économies, mettant en avant les transformations de la financiarisation du capitalisme. Kjell Nordström, expert suédois, a résumé les grandes inflexions qui vont marquer le monde. Pour cet auteur de best-sellers, «le monde de demain sera celui des villes et des femmes». Actuellement, dit-il, plus des deux tiers des étudiants dans le monde sont des étudiantes qui quittent l’université avec les meilleurs diplômes. L’économiste est convaincu que «le goût du risque plus faible des forces dirigeantes de plus en plus féminines se répercutera tôt ou tard sur le marché, mais aussi sur la politique, et changera profondément le monde». Le Congrès mondial de l’IMCE a été marqué par la Déclaration de Marrakech, «Un compte pour tous», qui appelle à «une offre de produits et de services de qualité en vue de permettre à un maximum de personnes d’intégrer le système bancaire formel, l’existence d’un produit de base pour les groupes non bancarisés et à faibles revenus, avec des services abordables, faciles d’utilisation, financièrement viables, accessibles et adaptés».
Le Matin : L’Institut mondial des caisses d’épargne a choisi le Maroc pour l’organisation de son 23e Congrès mondial. Un mot sur cet événement et le contexte dans lequel il se tient ?
Khalid Safir : Les modèles de développement des caisses d’épargne et des banques de détail nous interpellent en ces temps de crise financière internationale, dont nous vivons encore les soubresauts et qui a révélé nombre d’insuffisances qui caractérisent le système financier international. L’innovation financière à outrance, la déconnexion de la sphère monétaire de la sphère réelle et l’autonomisation croissante du secteur financier, qui est devenu une industrie à part entière, sont autant d’évolutions qui ont constitué le soubassement et l’accélérateur de la crise financière. Ces mêmes évolutions constituent des sources de vulnérabilité auxquelles le modèle des caisses d’épargne constitue une alternative crédible.
Dans sa synthèse finale, Said Laftit, SG de la CDG, a rappelé comment les participants au Congrès avaient perçu cette alternative des caisses d’épargne comme un «vecteur de confiance, de proximité, une bouée de sauvetage de l’économie locale qui permet une épargne sécurisée». Partagez-vous ce point de vue ?
Oui, même si le modèle n’est pas exempt de risque d’exposition. Il reste que le mode d’intervention des caisses d’épargne leur permet d’être plus à l’écoute des besoins et des attentes grandissants de leur clientèle, qu’elle soit constituée de particuliers ou d’entreprises. Il leur permet de placer au premier plan de leur intervention l’inclusion financière et le financement du développement, en mettant le client et ses besoins au centre de leurs stratégies et de leurs interventions. Ce modèle est d’autant plus crédible que, parallèlement à sa dimension humaine et de proximité, il est un modèle rentable.
Les rencontres de l’Institut mondial des caisses d’épargne, qui sont un moment propice pour mettre en valeur le rôle des institutions financières en matière de développement et de mobilisation de l’épargne, l’ont montré. Elles ont mis en relief la responsabilité de ces institutions en matière de promotion de l’inclusion financière et leur engagement en faveur d’approches socialement responsables, particulièrement envers les couches les plus modestes. Les Déclarations des Congrès de l’Institut mondial des caisses d’épargne, notamment celles de Madrid en 2003, de Kuala Lumpur en 2006 ou celle de Santiago en 2009 vont dans ce sens.
Dans votre intervention, l’inclusion financière et l’accès aux services financiers ont été, dites-vous, privilégiés. Comment ?
L’objectif des réformes du système financier est de favoriser le financement de la croissance. Une nouvelle génération de réformes a été enclenchée récemment visant à inscrire notre système financier dans une logique de modernisation et de stabilisation du système financier. La création de la Banque postale dont l’une des missions principales est d’assurer, à travers son réseau d’environ 900 agences dédiées, une offre de services financiers de proximité adaptée aux besoins de la population à revenu modeste va dans ce sens. L’amélioration de l’accès des ménages au financement du logement social à travers la mise en place d’un dispositif de garantie, notamment en faveur des ménages à faibles revenus et de la classe moyenne, qui permet aujourd’hui l’accès à la propriété à environ 1 000 ménages par mois. Le développement de l’épargne longue des particuliers est facilité à travers la mise en place de trois produits d’épargne organisés, à savoir le Plan d’épargne en actions, le Plan d’épargne logement et le Plan d’épargne éducation. La gestion des risques a été renforcée par la mise en place d’une gouvernance au sein des associations de microcrédit et l’adoption d’une stratégie de transformation institutionnelle des associations actives dans ce secteur.
On s’est interrogé au cours de ce Congrès mondial sur la place dévolue aux activités financières au sein de nos économies, notamment en abordant l’accès au financement pour les petites et moyennes entreprises.
Où en est-on au Maroc sur ce point précis ?
Cet objectif a été recherché à travers la réforme du système national de garantie et l’adoption d’une nouvelle gamme de produits de garantie et de cofinancement, déclinées en fonction des besoins et du cycle de vie de l’entreprise. Mais cela ne suffit pas, d’où la réflexion sur l’accompagnement des programmes de développement sectoriel à travers l’enseignement et la formation privés, les nouvelles technologies de l’information, le développement agricole régional, les entreprises adjudicataires de marchés publics, etc. Ce processus sera poursuivi et approfondi à travers l’amélioration de l’accès des très petites entreprises au crédit par le lancement d’un produit de garantie destiné à ces entreprises, le développement de l’activité de capital investissement... L’objectif étant d’inciter et d’accompagner les initiatives des jeunes entrepreneurs et de faciliter leur insertion dans l’économie.
Les caisses d’épargne et les banques de détail n’ont pas été épargnées par les produits toxiques financiers. Comment limiter ces risques ?
Par le renforcement de l’intégrité et de la sécurité du secteur financier, qui a été un des objectifs du processus de modernisation de ce secteur. Il s’est traduit notamment par des pouvoirs accrus et un renforcement de l’indépendance des autorités de régulation. Les changements fondamentaux au niveau de la supervision du secteur financier constituent les gages d’un contrôle plus efficace, garant de la confiance des opérateurs dans les institutions de marché. Ces changements favoriseront également une meilleure coopération de ces autorités et une plus grande coordination.
C’est là la condition d’un encadrement plus efficace et d’une prévention efficiente des risques systémiques dans le cadre d’un rapprochement progressif entre ces autorités. Les réformes successives du secteur financier ont permis l’intégration et la révision de plusieurs textes législatifs et règlementaires rendant ainsi nécessaire la consolidation du corpus juridique du secteur financier marocain par un texte unique. Je voudrais rappeler aussi qu’un code monétaire et financier permettant l’accès facile aux textes juridiques régissant le secteur financier et l’information financière est en cours d’élaboration.
Vous avez évoqué une nouvelle étape, celle du développement du marché des capitaux. Un mot sur cette étape ?
Dans le cadre de la modernisation du marché des capitaux, nous avons plusieurs chantiers, dont celui relatif à la mise en place d’un marché à terme d’instruments financiers organisé et l’encadrement des opérations de prêt de titres. L’objectif ici est double : le premier est de permettre aux opérateurs d’offrir de nouveaux instruments de couverture gérés et compensés par des institutions du marché et supervisés par les autorités de régulation ; le second objectif est de consolider la liquidité et la sécurité du marché. Un autre chantier de modernisation et de rayonnement est représenté par le projet «Casablanca Finance City», qui bénéficie d’un emplacement stratégique et d’un réseau étendu de partenaires en Afrique et qui vise l’optimisation des flux de capitaux au sein de la région moyennant des instruments et des services financiers de haute valeur ajoutée, tout en faisant bénéficier les sociétés du secteur financier qui y seront installées d’exonérations fiscales sur les revenus dégagés à l’exportation. L’autre chantier parallèle à la diversification des produits et instruments financiers et aux efforts d’inclusion financière est celui des droits du consommateur. En plus de l’adoption d’un cadre complet de protection des droits fondamentaux du consommateur, nous sommes en train de réfléchir à la mise en place d’une stratégie concertée, notamment avec les régulateurs et les professionnels du secteur financier, visant à promouvoir l’éducation financière à destination du large public.
