Le Matin : Le programme du Millennium Challenge Account Maroc exécuté par l’APP touche à sa fin. Pouvez-vous nous dresser un bilan des réalisations de ce programme ?
Malika Laasri : Pour les 700 millions de dollars du don américain au Maroc, nous avons pu réaliser près de 95% d’engagements et 75% de déboursements.
Quels secteurs ont le plus profité des financements consentis dans le cadre de ce programme ?
L’arboriculture fruitière s’est accaparé la part du lion de ce programme avec 49% du financement, soit 340 456 450 dollars.
Qu’est-ce qui explique cette orientation ?
C’est prévu par le Compact MCA, quand le Maroc a fait sa proposition dans le cadre des négociations avec la partie américaine, l’arboriculture fruitière a eu la part du lion. Il faut savoir aussi que le modèle de développement, conçu par la Millennium Challenge Corporation (MCC) elle-même, vise à cibler la lutte contre la pauvreté à travers la croissance économique. Le Maroc étant un pays qui se base beaucoup sur l’agriculture, sachant aussi qu’il y a une population d’agriculteurs qui peut profiter davantage de ces ressources, ce projet a permis d’optimiser l’agriculture.
Quel est le nombre des personnes qui ont bénéficié directement ou indirectement du programme MCA ?
Ce sont quelque 150 mille familles qui ont bénéficié directement de ce programme jusqu’à maintenant. Il faut souligner que le programme se poursuit encore puisqu’il n’a pas encore pris fin. Le Compact lui-même cible 600 mille familles marocaines dans les domaines de l’arboriculture fruitière, la pêche artisanale, les services financiers ou ce qu’on appelle la micro finance… Ce qui fait plaisir c’est surtout l’alphabétisation de 70 mille personnes, dont 77% de femmes dans des secteurs très spécifiques tels que l’artisanat, la pêche ou l’agriculture.
Quelle approche avez-vous adoptée pour ce faire ?
J’ai vingt ans d’expérience dans le monde du développement humain et je pense que nous avons adopté la meilleure approche qui soit : une alphabétisation contextualisée, puisque liée aux secteurs d’activité des bénéficiaires. On enseigne la lecture, l’écriture, le calcul… aux gens, mais en fonction des spécificités et des besoins de chaque secteur. C’est-à-dire qu’on fait passer des messages avec des compétences d’employabilité.
Il y a trois grandes composantes dans le curriculum de formation ou d’alphabétisation où le bénéficiaire prend les compétences de base d’écriture et de lecture après des compétences de vie liées à l’hygiène, la prévention sanitaire… Puis il bénéficie de compétences d’employabilité pour pouvoir démarrer une activité dans le cadre de coopératives, de petites entreprises ou petites affaires… L’objectif en les aidant à lutter contre l’analphabétisme est de les aider à avoir un revenu pour améliorer leur quotidien.
Vous êtes donc satisfaits du bilan du programme. Mais est-ce que vous n’étiez pas, à un moment ou à un autre, amené à apporter un réajustement aux projets et programmes lancés ?
Oui, tout le temps.
Dans quel sens ?
Nous avons au sein de l’APP une structure avec suivi et évaluation. Elle a un budget de 20 millions de dollars. Son travail au quotidien c’est de suivre les indicateurs du processus et d’achèvement des projets. Dans ce sens, dès que l’on constate qu’il y a une réticence ou une incompréhension de la part des populations des objectifs d’un projet, on agit à travers des séances de sensibilisation. Nous avons toujours eu des actions de proximité parce qu’à la base de tout le programme, il y a une approche participative. Ainsi, si le bénéficiaire n’apprécie pas une certaine activité, nous recadrons aussitôt le projet pour qu’il soit plus à même de répondre aux besoins des populations ciblées. Nous le réadaptons aussi par rapport à l’apport financier et par rapport à la nature du service qui est offert au bénéficiaire.
On est à la veille de la clôture du programme du MCA Maroc. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
L’APP est une institution publique qui a une autonomie financière et qui est créée par Dahir. Dans ce Dahir, il est précisé que dès que sa mission se termine, elle sera dissoute. Cet établissement avait une seule et unique mission, c’est celle d’exécuter le contenu du Compact Millennium Challenge. Le compact se termine le 15 septembre 2013, suite à quoi la dissolution de l’APP sera annoncée.
Nous parlons de clôture, car l’APP ne va pas attendre jusqu’au 15 septembre puis fermer les portes, laisser partir le personnel et abandonner de la sorte les projets sans fin. Nous avons un plan de clôture qui a commencé à être préparé, il y a plus d’un an. Ce plan avait été examiné par le conseil d’administration de l’Agence et a été soumis à l’approbation du MCC. Ce plan compte plus de 400 pages où nous avons prévu la conduite à tenir pour chaque contrat signé, pour chaque établissement construit, pour chaque bénéficiaire impliqué dans les différentes activités... Il détaille comment procéder pour la continuité des actions qui devront être reprises par le gouvernement, les ONG, d’autres bailleurs de fonds, etc. Nous avions besoin de cette loi dont le projet a été adopté lors du conseil de gouvernement du 13 juin pour réglementer la procédure de transfert. Car nous allons transférer les actifs, mais aussi la propriété intellectuelle…
Cette phase de transfert devra durer combien de temps ?
Nous avons jusqu’au 15 septembre pour clôturer complètement les projets. Mais, nous avons 120 jours au-delà du 15 septembre pour effectuer les transferts concernant les derniers paiements et les autres transferts d’actifs.
Quel sera le sort du personnel de l’Agence ?
Quand l’Agence sera dissoute, elle n’aura plus de personnalité morale. Ainsi, en ce qui concerne le personnel nous avons 10% qui sont recrutés dans le cadre de la procédure du détachement des fonctionnaires. Ceux-là vont revenir à leurs ministères d’origine ou leurs institutions publiques d’origine. Le reste doit se mettre à chercher du travail. Ce sera également mon cas.
Le programme touche à sa fin, mais est-ce que le Maroc souscrit à un deuxième programme de MCC ?
La bonne nouvelle c’est que le Maroc est éligible à un Compact deux. Il y a déjà des missions de la part du MCC qui sont actuellement au Maroc. Il va y avoir, à partir de la semaine prochaine, une autre délégation qui sera là. On est en discussion avec le gouvernement pour un second Compact. Mais il ne va pas commencer juste après la fin du premier, car il nécessite tout un processus de négociation comme pour le premier accord. Il faudra effectuer des études, identifier des secteurs porteurs et créer d’une autre agence qui se charge de l’exécution, la création d’une telle agence étant une exigence du MCC.
