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Vendredi 08 Mai 2026
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Entre spiritualité et tradition

Les musiques des confréries et une parade inédite ont ponctué cette seizième édition du Festival.

Les yeux grands ouverts tournés vers la scène Bab Doukkala, le public a apprécié la procession d’ouverture, appelée «al-aâda», de la seizième édition du Festival Gnaoua et musiques du monde d’Essaouira. Il y a quelque chose d’impressionnant à voir les musiques de confréries unies, le temps d’une parade inédite. Hommes, femmes, jeunes et moins jeunes des quatre coins du Maroc, touristes européens, américains, personnalités du monde de l’art, mais aussi de la politique, ont assisté émerveillés à un spectacle hautement spirituel et résolument traditionnel. Des marionnettes géantes se sont mêlées aux maâlems pour arborer avec fierté leurs couleurs au cœur de la médina. Ici, le défilé des «monstres» de la musique gnaoua est à lui seul un festival. À peine le temps de souffler après la parade, la place est cédée au show très attendu, le concert d’ouverture de cette édition sur la place Moulay Hassan.

En avant-première mondiale, le public du festival a eu le bonheur d’assister à une surprenante rencontre entre trois musiques traditionnelles bien distinctes : gnaoua, houwara, et les danses tribales des émirats, proches de l’univers de la tradition «Ardha» des pays du Golfe. Voilà de quoi étonner les festivaliers de cette année. Sur scène, le mâalem Saïd Kouyou, épaulé par sa bande de «Kouyous» gnaouis avec leur «qraqeb», a eu le plaisir de s’associer à une rythmique tout aussi pentatonique, celle de la troupe Houwara de Taroudant. Et les deux musiques traditionnelles s’ouvrent au monde des danses et des chants traditionnels du groupe Annadi Al Bahri des Émirats. Un mariage entre trois univers musicaux qui ne se résume pas à une simple juxtaposition de styles, mais se veut une fusion lumineuse à la tradition de chacune des trois «sectes musicales».

Le public, totalement conquis, danse à pieds joints dans une ambiance fiévreuse et de transe. Ce spectacle, orchestré par Karim Ziad, batteur chevronné, leader du groupe Ifrikiya et directeur artistique du Festival, s’est inscrit également en lettres d’or dans le registre des fusions réussies de ce rendez-vous. Et enfin, le maâlem Omar Hayat, toujours sur la même scène, a invité le public à une séance sportive avec sa subtilité rythmique, poignante et très ancrée dans la tradition ancestrale de cette musique. Toujours fidèle au sens de la fête, le maâlem, accompagné de ses «Kouyous», a ensorcelé les amateurs de gnaoua. Et une gamme de prières qui semble s’adresser aux ancêtres africains avant de clore son show, avec l’hymne national trempé de la cambrure rythmique de son «guembri» et les sons assourdissants des «qraqeb». Un véritable plaisir pour ceux qui ont fait le long trajet à destination de la cité des Alizés, La Mecque des gnaoua, mais également celle des musiques du monde.

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