Réajuster les plans nationaux de développement de manière à intégrer l’adaptation au changement climatique devient une condition essentielle pour les pays en vue d’atteindre les Objectifs du Millénaire du développement (OMD) de 2015. Dans ce cadre, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a lancé au Maroc, en collaboration avec le département de l’environnement, un programme d’adaptation au changement du climat dans les oasis pour une durée de trois.
Ce projet, qui s’achève en décembre prochain, s’inscrit dans le cadre du Programme africain d’adaptation (PAA) au changement climatique. Vingt pays, dont le Maroc, ont bénéficié de ce programme africain financé par le Japon. «Les objectifs du projet PAA sont d’analyser la vulnérabilité des oasis du Maroc au changement climatique aux horizons 2030 et 2050, de proposer des stratégies d’adaptation et de gestion des risques dans ces zones, de mettre en œuvre quelques projets pilotes de démonstration et de renforcer les capacités des parties prenantes en la matière, notamment les acteurs locaux», a indiqué Yassir Benabdallaoui, chargé du changement climatique au PNUD à Rabat.
ur le terrain, des actions ayant un impact direct sur la population locale ont été accomplies. Concernant la vulnérabilité de l’écosystème oasien à l’égard du changement climatique (CC), une analyse a permis de donner des orientations pour l’élaboration d’une stratégie d’adaptation au CC. Dans ce sens, quatre collectivités locales ont été accompagnées pour intégrer l’adaptation au CC dans leur plan de développement communal (PDC).
Par ailleurs, le PAA a collaboré avec deux communes rurales oasiennes (Fezna et Asrir) pour la réalisation de projets concrets dans le domaine de l’eau, de l’agriculture et de l’énergie.
En matière des ressources en eau, le PAA a apporté un appui technique pour la réalisation de projets d’assainissement liquide pour ces deux communes.
Au niveau de Fezna et en collaboration avec l’Office régional de la mise en valeur agricole du Tafilalet, l’agence du bassin hydraulique et le programme oasis du Tafilalet, le PAA a réalisé un projet d’adaptation sur 20 ha en matière de gestion durable de l’eau (mobilisation, stockage et goutte-à-goutte).
Il y a eu également l’extension de la plantation de palmier de qualité (variété majhoul) et l’amélioration d’autres pratiques culturales telles que le maraîchage.
Pour assurer le financement des initiatives d’adaptation durable à long terme, la commune de Fezna a choisi de générer des fonds en économisant sur la facture énergétique via la réalisation d’un éclairage public solaire. Cette initiative a été développée dans un cadre de partenariat public-privé, le PAA ayant contribué à la phase de promotion de cette technologie en finançant quatre kilomètres sur les huit prévus dans le PCD de la commune. À partir de cet exemple, le PAA va élaborer une stratégie de généralisation à plus d’une centaine de communes oasiennes.
Pour ce qui est de l’amélioration du système d’observation, il y a eu la mise en place de 10 stations climatiques automatiques pour renforcer le dispositif national dans les oasis. Ces unités servent à la collecte des informations pour consolider le système d’alerte contre les risques climatiques, particulièrement les inondations.
De son côté, la direction de la météorologie nationale (DMN) a élaboré des scénarii climatiques futurs (2020-2050) pour la région des oasis. Par ailleurs, la DMN a également réalisé un plan d’action pour l’amélioration des systèmes d’alerte. Ces derniers vont permettre en parallèle l’acquisition d’informations climatiques pour atténuer la vulnérabilité des populations oasiennes aux aléas climatiques : sécheresse, inondations, épidémies, invasion acridienne et incendies des palmiers.
questions à Jaafar Brahim, spécialiste en écologie et coordonnateur national du PAA-Maroc
«Un grand projet pour les zones côtières méditerranéennes sera lancé»
Quels ont été les acquis du Programme adaptation en Afrique (PAA) en matière de lutte contre le changement climatique (CC) au Maroc ?
Le projet Maroc sur les zones des oasis a mis en place une plateforme inter-institutionnelle de coordination pour l’analyse de la vulnérabilité de ces espaces, le renforcement du système d’observation et d’alertes contre les risques climatiques, la réalisation de quatre plans communaux adaptés au CC, la réalisation de sept plans de gestion intégrés des ressources en eau et la mise en œuvre de six initiatives modèle d’adaptation au CC.
Allez-vous partager cette expérience avec les autres zones concernées par la lutte contre le changement climatique ? Si oui, comment ?
Un travail est en cours, pour un projet plus élargi aux autres zones telles les zones de montagnes pour le soumettre à des fonds dédiés à l’adaptation au CC. Par ailleurs, un projet de grande envergure sera lancé pour les zones côtières de la Méditerranée.
Il existe un déficit de sensibilisation du public en matière de lutte contre le changement climatique ? Comment remédier à cette situation ?
Certes, il existe, mais vu que la problématique est nouvelle pour le grand public, le niveau de sensibilisation n’a pas encore atteint les objectifs requis.
Des efforts restent à faire à tous les niveaux (du politique au scolaire) et avec l’utilisation des différents moyens de communication. Des spots avec des messages ciblés sont à diffuser par la radio et la télévision. Les journalistes doivent suivre des formations en la matière pour assurer une durabilité des actions de sensibilisation d’autant que le processus de négociation internationale sur le changement climatique apporte toujours du nouveau.
Chute de la production des dattes
Les oasis marocaines, qui couvrent 15% de la superficie du Maroc et qui abritent 1,7 million d’habitants (5,3% de la population du Royaume), ont connu durant les deux dernières décennies une phase de dégradation avancée avec une baisse généralisée du niveau des nappes d’une moyenne de -15 à -20 m, une chute de 34% de la production dattière de même que la densité de la population rapportée à la surface agricole utile a dépassé 700 habitants/km2. Mais le plus remarquable est certainement l’évolution de cette population qui a augmenté de moitié en vingt ans, et ce, sur une base économique qui a plutôt tendance à se dégrader. La région ne vit pas de sa base économique propre, mais des revenus de transferts issus de l’émigration, qui représentent environ 60% des revenus monétaires.
