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Dimanche 24 Mai 2026
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Nos «chibani» entre maladies et solitude

Dans une société où les liens familiaux se disloquent, certaines personnes âgées se retrouvent, malgré elles, pensionnaires dans des maisons dites de retraite.

Nos «chibani» entre maladies et solitude
La maison des personnes âgées d'Aïn Chock, qui accueille une quarantaine de pensionnaires.
A l'entrée d'une grande villa au quartier Aïn Chock à Casablanca, un gardien et quelques ouvriers s'affèrent le long d'un mur. «Nous effectuons des travaux de rénovation de notre entrée principale», explique Hayat, directrice de la maison des personnes âgées de l'association Nour. Cette jeune femme, la trentaine, licenciée en Droit, dédie sa vie à ces personnes abandonnées par des familles qui refusaient de prendre en charge de vieilles personnes malades. «Je suis consciente que malgré tout l'amour et l'attention que je leur porte, je ne compenserai jamais l'amour de leurs propres enfants ou leurs proches et je sais pertinemment qu'ils continueront à se sentir seuls et abandonnés. Chose qui ne m'empêchera pas de persister dans mon travail d'accompagnement, car je sais qu'ils sont conscients des efforts que nous fournissons pour les satisfaire», confie Hayat.

Pour parer à ce manque d'affection familiale, la maison des personnes âgées d'Aïn Chock, qui accueille une quarantaine de pensionnaires, ouvre ses portes à tout visiteur, tous les jours jusqu'à 19 heures du soir. «Les visiteurs ne manquent pas. Les gens sont, en effet, très sensibles à la situation des personnes âgées. Ils viennent donc en masse pour leur rendre visite et leur tenir compagnie. Ce qui est important pour les pensionnaires. Plus ils sentent qu'on s'intéresse à eux, plus leur espérance de vie augmente», affirme Mohamed Saidi, directeur général de l'association Nour. Et d'ajouter: «Les bienfaiteurs sont tout aussi nombreux au point que l'association ne verse aucun centime pour cette maison, ni en ce qui concerne l'alimentation, ni les médicaments des pensionnaires dont la plupart sont malades, ni les différents soins et achats… tout est pris en charge par les bienfaiteurs». Les bénévoles, avec l'aide de certaines associations, participent également de manière active aux différentes activités de la maison. «Nous organisons diverses activités avec l'aide des associations et des bienfaiteurs. Certaines activités sont manuelles comme la broderie et la gravure, d'autres spirituelles comme les cours hebdomadaires de Hadith assurés par un membre du Conseil des oulémas», explique Hayat.

Visites médicales régulières
Les pensionnaires de la maison bénéficient également de visites médicales régulières. «Nous avons un médecin généraliste qui nous rend visite deux fois par semaine, une psychologue, des kinésithérapeutes en plus de certains médecins spécialistes», dit-elle. Les soins médicaux sont pris très au sérieux par les responsables de la maison, car l'état de santé de la majorité des pensionnaires laisse à désirer. Trois cas d'Alzheimer, un cas d'épilepsie, trois cancéreux, sans compter les dépressifs et les «vieux». «Certains pensionnaires souffrent tout simplement de leur vieillesse. Nous avons plus d'une dizaine de personnes alitées, qui bénéficient de soins kinésithérapeutiques réguliers», explique Hayat. Et d'ajouter: «Pour les maladies graves, ce sont les bénévoles qui payent les frais des médicaments et des interventions hospitalières. Les cancéreux, par exemple, ont besoin d'une injection trimestrielle de 5.500 DH et la pensionnaire épileptique, de traitement bimensuel de 2.000 DH. Il aurait été difficile de les prendre en charge sans l'aide des bienfaiteurs», confie la directrice. En plus des soins médicamenteux, les pensionnaires ont droit à un régime alimentaire, chacun selon sa maladie et une ambulance est mise à leur disponibilité 24h/24.

Outre les souffrances de la vieillesse, la maison des personnes âgées connait également certains petits bonheurs de temps en temps, comme la nouvelle d'une prochaine union entre un pensionnaire de 74 ans et une Marocaine résidente en Hollande de 68 ans. «J'ai été contactée récemment par une Marocaine de 68 ans vivant en Hollande, qui, après avoir suivi un documentaire sur notre maison, est venue me demander de lui choisir un mari parmi les pensionnaires. Après l'accord des deux «tourtereaux», il a été décidé de leur organiser une cérémonie de mariage digne des jeunes couples», raconte Saidi. «Cette union est la certitude que toutes les personnes, quel que soit leur âge, ont droit à une seconde chance dans leur vie», estime Hayat.

Tout n'est pas rose

Les pensionnaires de la maison des personnes âgées d'Aïn Chock sont considérés comme des privilégiés. Plusieurs parmi les 2,5 millions de personnes âgées au Maroc, selon les dernières statistiques, ne bénéficient d'aucun soutien matériel ou moral. Ils n'ont ni couverture sociale, ni retraite et leurs familles peinent à les prendre en charge, faute de moyens. Ils sont tout simplement livrés à eux-mêmes. Les maisons qui leur sont réservées sont souvent démunies et insalubres. Cela était le cas de la maison d'Aïn Chock, qui selon les propos du directeur général de l'association Nour, souffrait d'abandon. Les personnes âgées étaient délaissées par l'ancien directeur de la maison. Aucune aide ne leur était apportée. Les déplacements à l'hôpital se faisaient dans des petites camionnettes qui servent initialement au transport de légumes et les morts étaient «jetés» à la morgue.
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