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Mardi 09 Juin 2026
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Un phénomène de mode ou une réelle peur de l’école ?

Changements en tout genre, apprentissage quotidien, vie en communauté… l’adolescence n’est pas vraiment une période facile. Et parfois, l’ado a tendance à se rebeller pour manifester son désaccord. L’école buissonnière fait partie de ses méthodes de rébellion. Alors entre vrai stress d’aller en cours et absentéisme choisi, il est difficile pour le parent de faire la différence entre caprice et mal-être. Décryptage.

Un phénomène de mode ou  une réelle peur de l’école ?
Devenu un phénomène de mode, sécher les cours peut cacher des maux bien plus graves.

L’attitude rebelle est souvent associée à cette dure période qu’est l’adolescence. À cet âge, on se cherche encore et il est d’autant plus dur de savoir ce qu’on veut faire dans la vie quand on subit la pression de ses parents. En effet, ces derniers sont souvent les premiers accusés de l’absentéisme de leur enfant : d’un côté, il y a ceux qui mettent tellement de pression sur leur enfant qu’ils le découragent, limite qui le dégoute des cours. Puis il y a ceux qui, à l’opposé, dévaluent tellement l’importance de l’école que leurs enfants auront tendance à prendre cela à la légère. Le plus important est de «ne pas tolérer, ni banaliser l’absentéisme scolaire, mais essayer d’en comprendre les raisons», souligne le Pr Kamal Raddaoui, psychiatre & psychothérapeute.
«L’absentéisme scolaire peut être banal et avoir des raisons accessibles à la compréhension et donc des solutions rapides et faciles à mettre en place», ajoute Pr Raddaoui. «Il peut aussi venir révéler le début d’un épisode pathologique qu’il convient de dépister à temps et de lui apporter une solution rapide et adaptée en demandant l’avis d’un pédopsychiatre. Le recours préalable à un psychologue scolaire attaché à l’établissement serait une recommandation à faire afin d’aider au dépistage des problèmes qui peuvent conduire à un décrochage scolaire», explique-t-il.

Comprendre avanttout son enfant
Une chose est sûre, savoir que son adolescent sèche les cours n’est pas un fait facile à accepter. Directement, le parent va imaginer le pire en pensant que son enfant est un cancre et qu’il n’aura pas d’avenir. Eh bien, chers parents, sachez que le fait de sécher les cours régulièrement ne signifie pas forcément que son enfant ne veut pas étudier. En effet, ce dernier peut développer une réelle phobie de l’école soit justement parce qu’il s’ennuie ou encore peut-être qu’on le harcèle. Cette situation, Radia, mère de trois enfants, l’a déjà vécue : «Je n’ai jamais eu de problèmes avec la scolarisation de mes deux filles. Mais les choses se sont un peu corsées avec Ilyes, mon petit dernier. J’ai appris par des amis qu’il trainait en centre-ville plutôt que d’aller en cours. Et il ne m’a pas été facile de savoir comment réagir face à son comportement dont la logique m’échappait».

La solution ?
La communication demeure bien évidemment le meilleur des remèdes. Il est certain que plus vous comprendrez les raisons qui poussent votre enfant à agir ainsi, moins vous lui mettrez de pression et donc, moins vous angoisserez ! D’ailleurs, comme l’explique les spécialistes : «L’école buissonnière a toujours existé, mais la nouveauté réside dans la multitude d’excuses des absents. Par ailleurs, il existe cinq types de sécheurs occasionnels ou chroniques. On distingue :
• L’absentéiste de proximité : l’adolescent sèche les cours sans toutefois s’éloigner de l’établissement. Parfois même, il reste dans l’établissement. Il sèche parce qu’il n’a pas fait ses devoirs, qu’il a mal préparé un contrôle ou tout simplement parce qu’il n’a pas envie d’aller en cours. Il transgresse, mais le lieu scolaire reste important pour lui.
• L’absentéiste consommateur : il choisit ses cours à la carte. Il sacrifie certaines matières jugées secondaires, ou trop “prises de tête”. Il s’accorde alors des pauses pour “respirer”. En général, il ne manque ni contrôles ni examens, il est plutôt bon élève.
• L’absentéiste présent : Il est physiquement présent au cours, mais sa tête est ailleurs. Il n’est pas impliqué dans la vie scolaire, il suit les cours parce qu’il le faut et qu’il ne sait pas quoi faire d’autre. Il appartient souvent à la catégorie des élèves mal orientés ou présentant des symptômes dépressifs.
• L’absentéiste provocateur : il s’absente pour se faire remarquer, pour agresser parents et institution. Paradoxalement, il est en quête d’adultes pour le freiner et le recadrer.
• L’absentéiste phobique : on le croit à tort irresponsable ou “glandeur”, mais en réalité, l’école le rend littéralement malade d’angoisse».


Explications : Professeur Kamal Raddaoui, psychiatre & psychothérapeute

«S’il faut sanctionner l’absence, il faut avant tout récompenser l’assiduité»

❶ Suivant l’âge de l’enfant, quelle serait la bonne punition à appliquer en cas d’absentéisme ?
Il faut distinguer l’attitude de l’école et celle des parents. L’école ne doit pas tolérer des absences répétées et non justifiées. Elle doit convoquer les parents qui bien des fois ne sont même pas au courant. En fonction de l’âge, pour les enfants très jeunes, il faut laisser ce soin aux parents qui peuvent supprimer certains privilèges ou les conditionner par une assiduité à récompenser. Pour les adolescents, il faut les responsabiliser et se référer au règlement intérieur de l’établissement. Quant aux parents, il faut qu’ils soient davantage à l’écoute et impliqués dans le processus scolaire afin de ne pas découvrir, ahuris, l’absentéisme de leur enfant. Mais s’il faut sanctionner l’absence, il faut avant tout récompenser l’assiduité afin de prévenir l’absentéisme scolaire.

❷ Si après en avoir parlé, l’enfant continue, que faire ?
Il faut en chercher les motifs profonds afin d’avoir une attitude juste et adaptée. En effet, en cas d’absences répétées malgré les avertissements et les tentatives de dialogue avec les enseignants et les parents, il faut passer la main aux spécialistes. Le pédopsychiatre peut évaluer le degré de souffrance qui motive le refus de l’école ainsi que les facteurs qui le sous-tendent afin d’apporter la solution la mieux adaptée. Il peut s’agir de difficultés d’apprentissage, d’une anxiété prononcée ou d’une dépression qu’il convient de prendre en charge de manière adéquate.

❸ Que cache le fait de faire l’école buissonnière ?
Il peut s’agir, comme ébauché plus haut, de difficultés non avouées ou culpabilisées, car signifiant une faiblesse ou un manque de sérieux non tolérés par les parents ou les par enseignants. Il peut être question de fatigue ou de problèmes de concentration en classe, d’ennui, de désintérêt, d’une anxiété qui se manifeste particulièrement à l’école, d’un manque de l’estime de soi et d’une dévalorisation qui entraine des attitudes d’évitement… L’absentéisme scolaire peut aussi être le révélateur d’une pathologie plus grave survenant plus particulièrement à l’adolescence comme un épisode psychotique ou un mode d’entrée dans la schizophrénie. Il peut s’agir, chez l’adolescent plus âgé, de conduites additives ou de prise de drogue qui compromettent l’insertion scolaire.

❹ Un adolescent pourrait-il sécher les cours pour suivre un effet de mode ?
Oui, s’il a des modèles ou des images d’identification qui manifestent un mode de rébellion, une attitude de refus des valeurs sociales ou familiales, voire une dévalorisation de la scolarité comme on le voit dans certains milieux où les études ne sont pas investies ou pas soutenues par les parents. Certains adolescents assoiffés de liberté, accros aux jeux ou à Internet, mal supervisés ou convaincus qu’on ne réussit pas toujours grâce aux diplômes qu’ils peuvent décrocher plus que d’autres. L’exemple en est donné par l’assertion : «De nombreux riches et notables n’ont même pas leur bac».

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