L’ouverture de la saison 2012-2013 prévue pour le 7 octobre

La chasse : sport, passion et économie

Publié le : 26 septembre 2012 - Samir Benmalek, LE MATIN

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«J’ai 56 ans et je chasse depuis 1983. Pour moi, la chasse est une passion, un sport qui me permet de m’oxygéner, de déstresser…». Ce chasseur rencontré chez un armurier de Casablanca fait partie des 66 000 chasseurs que compte le Maroc et qui, à l’approche de l’ouverture de la saison de la chasse, s’approvisionnent qui en fusil et en munition.
Car la chasse au Maroc, même en se modernisant, est une tradition séculaire faisant partie du patrimoine culturel, des fauconneries d’El-Jadida, du sloughi de Doukkala aux confins du Sahara jusqu’aux fusils de chasse les plus perfectionnés. Cependant, vu son caractère très sensible touchant à la fois la sécurité des personnes et la protection de l’environnement, la pratique de la chasse est soumise à une stricte réglementation. À ce sujet, le Haut Commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLCD), organisme qui gère la chasse, précise que : «le droit de chasse, au Maroc, appartient à l’État qui peut en déléguer l’exercice sous certaines conditions». Toujours selon le HCEFLCD, la législation de la chasse est régie par des textes permanents et des arrêtés annuels. Les premiers fixent les grands principes de l’exercice de la chasse et les seconds établissent, pour chaque saison, les dates d’ouvertures et de clôture pour chaque espèce, les modes de chasse, les espèces chassables ou interdites à la chasse et le prélèvement maximum autorisé par chasseur et par jour.

Deux nouvelles mesures pour cette saison

Pour cette saison 2012-2013, l’interdiction des armes pouvant tirer successivement trois coups, a été prise, selon Slimane Chahib, fonctionnaire à la Fédération royale marocaine de la chasse, par le Conseil supérieur de la chasse afin de protéger le sanglier. Pour ce même gibier, et toujours selon Slimane Chahib, il a été procédé à la facilitation d’obtention de l’autorisation des battues qui sera désormais signé par le seul directeur provincial des eaux et forêts au lieu du gouverneur : «Avant l’attente de ce document pouvait être de quinze jours. Maintenant, on peut l’avoir dans la journée même.» Il existe au Maroc trois types de chasse. Soumise à autorisation par le HCEFLCD, la chasse traditionnelle se pratique à l’aide de faucons (chasse au vol) et au sloughi (chasse courre). Cette chasse a essentiellement lieu pendant les moussems. 

À l’image du tourisme culturel, il existe aussi la chasse touristique au profit de touristes étrangers. Selon le HCEFLCD, les 3 000 touristes cynégétes qui ont visité le Maroc lors de la saison écoulée ont rapporté 60 millions DH et ont créé 400 000 journées de travail. Il existe près de 30 entreprises qui proposent des séjours de chasse et dont les tarifs sont en moyenne de 10 000 DH pour trois jours en demi-pension. À cela il faut ajouter les frais du permis de chasse (près de 1 000 DH) et l’assurance et munition. Enfin, et c’est la plus importante, il y a la chasse amodiée. Par l’amodiation, il faut comprendre le bail de concession passée entre le HCEFLCD et les associations de chasse à charge d’assurer l’entretien du lot qui leur a été loué contre rétribution. Pendant cette dernière décennie, la superficie amodiée a presque triplé, à en croire le HCEFLCD. Cette superficie dépasse actuellement les 2 150 000 ha repartis entre 393 lots de chasse associative et 76 lots de chasse touristique. Le HCEFLCD note une augmentation des recettes de 8% par rapport à la saison précédente avec une somme totale de 32 828 178,64 de DH provenant essentiellement des redevances versées par les associations de chasseurs et les droits de permis de chasse.

Le calibre selon la proie et le mois

Occupé à nettoyer son fusil de chasse derrière le comptoir de son magasin du centre de Casablanca, cet armurier semble connaître son métier sur le bout de la gâchette, étant lui-même chasseur. Dans cette armurerie bien achalandée, des chaussures de chasseurs à l’indispensable fusil en passant par le gilet, ce chasseur sachant chasser dans toutes les régions du Royaume, témoigne : «Je reçois une dizaine de clients par jour, car l’ouverture est toute proche». Bien à l’abri dans un placard vitré fermé à clef, des fusils de chasse sont exposés et dont les prix sont aussi variables que le calibre du plomb. «Ce qui est le plus demandé est le fusil calibre 12. Ceux importés de Russie sont les moins chers et valent 5 500 DH. Pour les fusils d’Italie (et là il affiche un large sourire), c’est selon ce que contient ta poche, ça varie entre 9 000 DH et 12 000, 13 000 ou 14 000 DH et même au-delà.» Selon un de ses confrères tenant boutique également à Casablanca, «les fusils de calibre 12 sont les plus demandés, car ils sont plus légers donc plus maniables et le recul est moindre que les calibres 16 et 20 pour lesquels il faut vraiment être bon tireur» (le chiffre correspond au nombre de sphères du diamètre du canon). Tout en précisant que les carabines sont interdites au Maroc, l’armurier-chasseur dit que les fusils servent à chasser toutes les proies, ce sont les munitions qui changent qu’il s’agisse du lièvre, de la caille ou autre proie. Pour le sanglier, on utilise la balle. Concernant le plomb, le calibre varie de 0 à 10. Avec une infinie précaution, notre interlocuteur pose le fusil démonté et explique : «Plus le numéro est grand plus la proie est petite. Le numéro 0 est utilisé pour les grandes proies comme le loup. Le 4 et le 5 pour le canard. Les 6 et 7 pour la perdrix. Le 8 et le 9 pour chasser la bécassine. Et le 10 pour la caille». Le prix du plomb varie entre 3 et 3,5 DH la cartouche.

Le kit du parfait chasseur

Et du moment que nous avions dans notre viseur, un bon connaisseur du sujet, profitons encore de cette source inépuisable d’informations : «Pour un même gibier, on change de calibre selon le mois. Au début de la saison, la proie est de petite taille, car elle est encore jeune. Au fil des jours, le gibier grandit et donc on est obligé de changer de plomb pour l’adapter au poids du gibier considéré». Et combien un chasseur utilise-t-il de munitions par jour ? «Cela dépend de la dextérité du chasseur. S’il est mauvais viseur, il en consommera beaucoup. Mais en moyenne il faut compter 25 cartouches». L’arme à elle seule ne suffit pas. C’est tout un attirail qui fait le chasseur complet. Même si les prix varient sensiblement selon la marque et le magasin, un gilet coûte aux alentours de 150 DH, et même chose pour un pantalon, le porte-gibier et le couteau coûtent 100 DH chacun, une cartouchière revient à 200 DH et les chaussures spéciales valent entre 300 et 1 500 DH. Au sujet de ces dernières, l’armurier précise que c’est l’élément le plus important, car un chasseur marche beaucoup souvent sur des terrains accidentés : «Il faut qu’elles soient aussi souples que solides».

Des lâchers pour sauvegarder le gibier

Avec regret, l’armurier reconnaît que le gibier diminue : «Avant je pouvais chasser jusqu’à 12 perdrix, maintenant c’est à peine si j’arrive à quatre». Selon ce dernier, la raison est l’avancée de l’urbanisme et l’augmentation du nombre de chasseurs. Conscient de cette situation, le HCEFLCD, afin de préserver cette richesse nationale, procède régulièrement à des lâchers d’animaux issus d’élevage. C’est ainsi, que pour la saison précédente, la Fédération royale marocaine de chasse et les organisateurs de la chasse touristique, ont tranché sur le nombre total d’oiseaux : plus de 117 400 pièces dont près de 68 500 perdreaux issus d’élevage, ont été lâchés dans les lots amodiés, près de 43 300 à l’intérieur des réserves de chasse, 5 500 outardes houbara, et une centaine de faisans. Soit au total une augmentation de 32% par rapport à la saison précédente (79 190), à en croire le site Internet du HCEFLCD. Pour cette saison, Simane Chahib précise qu’au total ce sont 40 000 oiseaux qui ont été lâchés en janvier.
Enfin, un chasseur digne de ce nom doit respecter certaines règles comme «ne jamais tirer sur un animal en situation immobile».


L’obtention du permis de chasse

Pour obtenir un permis de chasse, le demandeur doit présenter à la province des documents dont, notamment, un casier judiciaire et une attestation de travail. Avant la délivrance du permis, une enquête est diligentée par la Sûreté nationale ou par la Gendarmerie royale en milieu rural. Une fois le permis obtenu, le chasseur, pour acheter arme ou munitions, doit présenter l’original à l’armurier qui s’occupera de faire les photocopies nécessaires pour la vente d’arme et de munitions.


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