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Mardi 09 Juin 2026
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«Ibn Khaldoun et Tamerlan»

Dans la troisième partie consacrée au « Roman d'Ibn Khaldoun » intitulée « Face à Tamerlan, le fléau du siècle», que publie en exclusivité «Le Matin» en plusieurs épisodes, Bensalem Himmich évoque un autre protagoniste de l'Histoire : Tamerlan, alias Timur le boiteux.

«Ibn Khaldoun  et Tamerlan»
L'homme abordait des sujets et échangeait des réflexions avec Abdel, faisant montre d'intelligence, mais aussi d'une grande modestie, répondant aux paroles d'admiration et d'approbation de son interlocuteur par des mots du genre : «Ce que Dieu m'a appris n'est qu'une goutte dans l'océan de ton savoir.»
Après une brève sieste, les deux hommes se rendirent à la mosquée des Omeyyades. Ils y firent la prière de l'après-midi, puis ils entreprirent la tournée de plusieurs mausolées. Le hanbalite avait le privilège de bien connaître les lieux et les monuments.
Il appelait Damas tantôt la ville des deux imams en référence à Ibn Taymiyya et Ibn al-Jawziyya, tantôt la ville des sept portes et des sept fleuves. Aussi firent-ils en fin de journée la visite du cimetière des soufis où ces deux imams sont enterrés, puis celle des confréries et des souks de la vieille ville et de son faubourg Salihiya. Ils avançaient tantôt à pieds, tantôt à dos de mule.

Le jour suivant, les deux hommes convinrent de se rendre dans les jardins et sur les berges du fleuve, là où les quatre éléments de la nature fraternisent et s'articulent afin d'offrir au promeneur le plaisir de contempler les plus beaux paysages, qu'Ibn Muflih commentait avec émotion. Ils partirent du pied de la citadelle, longèrent la rive de Barada, puis ce fut leur rencontre avec la merveilleuse et haute Oasis, la ghuta, et la dune paisible et fraîche qui conserve le berceau de Jésus. Après quoi ils rendirent visite aux deux villages de Nayrab et Mazzé.
Dans tous ces lieux, règnent l'eau et la verdure, qui donnent naissance à une riche succession de jardins, de prairies et de palmeraies, accueillant toutes sortes d'oiseaux et de volatiles. La traversée des rives des deux fleuves, Tora et Yazîd au nord, les conduisit au mont Qasioun, élévateur des prophètes. Ils se contentèrent de visiter la grotte où naquit Abraham et retournèrent au pied de la montagne, là où se trouve la ville de Salihiya.
Après avoir visité quelques-uns de ses monuments et prié dans sa mosquée, ils mangèrent dans une de ses tavernes, puis se rendirent dans une maison élevée et inhabitée, dont Ibn Muflih dit qu'elle appartenait à son frère disparu il y a deux ans. Avant de regagner Damas, ils prirent un peu de repos sur sa terrasse.
Là, Abdel exprima sa joie pour tout ce qu'il avait vu et sa reconnaissance pour son compagnon. Il l'interrogea sur le secret de son rapport si intime avec les lieux, les espaces et les monuments.

- J'ai omis de te dire, répondit-il, que je suis, comme mon grand imam Ibn Taymiyya, originaire de Harrân, et que j'ai passé ma jeunesse à Salihiya avant de me rendre au Caire. Ta randonnée en ma compagnie, tu l'as faite aussi dans ma mémoire et les replis de mon être. N'eussent été les Mongols et l'état de tension régnant, nous aurions passé plus de temps à pénétrer davantage dans Damas et ses alentours.


Un écrivain prolixe

Philosophe, homme de lettres et auteur prolixe, Bensalem Himmich figure parmi les plus grands spécialistes d'Ibn Khaldoun, auquel il a consacré plus d'un ouvrage explorant les multiples facettes de l'érudit, historien, diplomate, homme politique et philosophe natif de Tunis. Titulaire d'un doctorat d'État de l'Université Sorbonne Nouvelle en 1983 et lauréat des prix Neguib Mahfoud (2002) et Sharjah-UNESCO (2003) pour l'ensemble de son œuvre, l'auteur, déjà signataire de «Al Allama», «le Calife de l'épouvante» (Serpent à plume), ou encore «Au pays de nos crises» (Afrique-Orient), dresse un portrait dithyrambique d'un personnage qui le mérite amplement. Un homme du Moyen Âge aussi bien sollicité par les despotes éclairés de l'époque que par les gouvernants les plus sanguinaires. C'est que les avis de cet érudit hors pair faisaient autorité au Machrek et au Maghreb et inspirèrent divers courants de pensée. Si le legs d'Abouzeid Abdurrahman Ibn Mohammed Ibn Khaldoun était placé sous le signe d'une sagesse incommensurable et d'un sens de l'équité proverbial, celui de Tamerlan a été marqué par le glaive et le sang pour assouvir une ambition démesurée et une soif de puissance inextinguible. Ibn Khaldoun sera par ailleurs porté sous peu à l'écran à travers une production d'une dimension panarabe, suite à un scénario d'excellente facture rédigé par Bensalem Himmich, qui prête régulièrement sa plume au 7e art. Une contribution en guise d'hommage à un personnage qui aura marqué l'histoire de son empreinte.

Ismaïl Harakat
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