Mohand Laenser, secrétaire général du mouvement populaire

«Il faut limiter l'émiettement de la scène politique»

Publié le : 31 octobre 2011 - Jihane Gattioui, LE MATIN

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LE MATIN : Vous avez élaboré un programme en commun avec vos sept alliés, quelles en sont les grandes orientations ?

MOHAND LAENSER : Le programme est basé sur trois grands piliers. C'est en premier lieu une bonne application de la Constitution pour renforcer la dignité du citoyen. Il faut en outre chercher l'adhésion du citoyen et le retour de confiance dans les institutions. Le troisième volet de notre orientation se base sur l'aspect économique et la création de richesses. Il faut, par ailleurs, concentrer l'attention sur des secteurs phares notamment l'éducation, la santé, le développement du monde rural, la régionalisation…

La question du financement s'avère de la plus haute importance. D'où est-ce que vous comptez puiser le financement des différents programmes ?

Il n'y a pas de nouveautés dans ce que nous proposons. Il faut en premier lieu une meilleure rationalisation de la gestion. Nous avons aujourd'hui beaucoup de déperditions. Nous proposons, à titre d'exemple, la création de 200.000 emplois qui ne va pas nécessiter des financements supplémentaires. A l'heure actuelle, nous créons en moyenne entre le secteur public et le secteur privé 130.000 à 150.000 postes d'emploi. Ce sera juste 50.000 emplois supplémentaires qui pourront être créés en utilisant l'argent mal placé. Tous les programmes qu'on a mis pour l'auto-emploi et le financement de la formation sont mal utilisés. Il faut opter pour la rationalisation pour dégager des crédits. Concernant, par ailleurs, la Caisse de compensation qui absorbe beaucoup d'argent, elle doit être réformée.

Mais, justement, le gouvernement a manqué de courage politique pour réformer la Caisse de compensation ainsi que d'autres réformes ayant trait à d'autres dossiers…

Il ne faut pas se faire d'illusion. Il s'agit d'une réforme lourde et difficile notamment en ce qui concerne son aspect psychologique. A titre d'exemple, la farine nationale est subventionnée et le prix est fixé. Mais, celui-ci n'est respecté nulle part. Tout le monde sait que les provinces ayant besoin de cette farine sont de l'ordre de 4 ou 6. Mais si on aligne le prix officiel au prix réel du marché, on aura une levée de bouclier. C'est psychologique. Nous avons ouvert des pistes d'essai comme le programme Tayssir qui a été bien accueilli. Je préfère donner à ces familles une allocation quitte à aligner le prix subventionné à celui réel. Je ne dis pas que c'est ce que nous allons faire. C'est une piste parmi d'autres.
D'autres pays donnent des aides directes aux familles qui en ont besoin tout en gardant la vérité des prix. Plusieurs réformes existent. En tout cas, on ne peut pas continuer dans la même situation.
Les mesures que nous proposons sont réalistes. Elles n'ont pas besoin d'un financement extraordinaire mais plutôt d'un meilleur management des dépenses de l'Etat.

Vous avez cité la problématique de manque de confiance. Mais qui est responsable de cette situation à votre avis, n'est-ce pas les partis politiques ?

Tout le monde est responsable y compris la société civile et la presse. Aujourd'hui, vous ouvrez n'importe quel média, on pointe du doigt les partis politiques comme premiers responsables de ce manque de confiance. Mais, est-ce vraiment la réalité ? Je pense qu'il faut arrêter de chercher à qui incombe la responsabilité. Le constat est établi. Il faut déployer des efforts de part et d'autre pour le retour de cette confiance. Les jeunes qui réclament le changement ont raison. Mais, quand ils ne s'inscrivent pas aux listes électorales et ne votent pas, comment peut-on opérer ce changement ? La défiance est installée. On a peur de tout ce qui peut arriver. On a peur que les élections ne soient pas transparentes ou que les lois ne soient pas bien appliquées, que la justice ne fonctionne pas convenablement. C'est cette peur qu'il faut essayer d'inhiber en donnant des preuves par des bons textes et une bonne mise en œuvre. Mais, tout cela ne servirait à rien si le niveau de citoyen n'est pas pris en considération.

A la veille de chaque élection, le MP bouillonne.
Cela est-il dû à la fusion qui est encore mal digérée en dépit des années ?


Oui, il existe ce problème de fusion bien qu'elle soit dépassée à présent. On ne parle plus des trois composantes. Comme dans d'autres partis, le problème des accréditations pose problème. Nous ne le répéterons jamais assez : le mode électoral marocain est très mal adapté au contexte. Les pays qui sont passés de l'uninominal vers la liste ce sont ceux qui ont connu une maturation politique. A ce moment-là, lorsqu'on met en place la liste, ce sont trois ou quatre candidats qui se battent pour gagner le maximum.

Tout le monde critique le mode de scrutin.
Mais pourquoi les partis politiques n'ont pas œuvré pour le réformer ?


Nous sommes les seuls à réclamer depuis 1998 le mode uninominal. Tous ceux qui se plaignent ne réagissent pas lorsque l'on arrive à la phase de prise de décision. Quand on réduit, il y a des tensions car des choix s'imposent. Un autre élément à signaler. A l'instar de tous les partis, quelques petits groupuscules qui n'ont aucun enjeu dans les élections et savent qu'ils ne sont même pas candidats trouvent le moment opportun pour faire parler d'eux. Je crois qu'à ce niveau-là, le Mouvement populaire n'est pas dans une situation plus mauvaise qu'ailleurs.

Comment vous appréhendez l'avenir du G8 ?

Il est connu que le Mouvement populaire soutient la polarisation. Depuis des années, la mouvance essaie de restructurer l'échiquier politique. Elle a fait une alliance avec les partis libéraux dans le cadre de la charte nationale. En 2006, elle est allée plus loin à travers la fusion de ses composantes en dépit du coût élevé de cette décision. Il faut limiter l'émiettement de la scène politique et faire émerger des blocs forts.
En se basant sur ce principe, nous sommes entrés dans l'alliance du G8. En tant que parti, nous allons bien sûr défendre notre position. Les candidatures ne seront pas communes, mais la coordination sera assurée dans certaines circonscriptions.

Mais, ne pensez-vous pas que les alliances doivent être scellées sur des bases communes ?

Le plus grand défi est d'arriver à faire entendre notre voix aux citoyens. Beaucoup de partis sont restés accrochés aux coalitions basées sur une idéologie et une échelle linéaire gauche-droite-centre. Depuis le 20 février, nous n'avons entendu aucune revendication réclamant une gauche socialisante ou une droite libérale. Par contre, les doléances sont relatives à la démocratie, aux valeurs, au travail, à la santé…
A partir de cette analyse, on a constaté que le citoyen a besoin d'un projet qui pourrait répondre à ses attentes. Les valeurs de ce projet sont communes et ne sont l'apanage ni de la gauche ni de la droite. On peut diverger sur le plan économique et des sensibilités sociales. Notre alliance est à l'image de la société marocaine qui est traversée par ces courants de pensées et ces sensibilités. Il faut que le groupement reflète cette diversité.
Plutôt que de rester figé sur le modèle classique « droite-gauche-centre », nous avons ouvert cette alliance à toutes les sensibilités qui partagent des valeurs en commun. Comment expliquer que depuis 1998, différentes sensibilités ont pu travailler ensemble sur un programme de gestion des affaires générales du pays et quand on veut institutionnaliser cette situation au niveau de la scène politique, on est confronté à des critiques ?

Vous misez sur quel taux de renouvellement de vos députés ?

Le taux de renouvellement sera, malheureusement, moins fort que ce que nous ambitionnons tous.

Pourquoi ?

C'est une leçon pédagogique qui va nécessiter beaucoup de temps car le changement ne se décrète pas. Les règles électorales étant les mêmes, on ne peut pas accréditer de nouvelles têtes alors que le système d'accompagnement est inexistant. C'est un travail qui va se faire progressivement sur les cinq années à venir.
On peut faire du changement même avec les figures actuelles à condition que les règles de travail et de réflexion et les lois changent.

Vous avez décidé de ne pas renouveler la candidature des mêmes femmes dans le cadre de la liste nationale. Est-ce que vos parlementaires femmes seront cooptées au niveau local ?

Oui. Si elles le demandent, elles auront la priorité.

Même face à des candidats hommes ?

C'est cela le drame. La liste nationale doit s'arrêter un jour. J'avais proposé d'appliquer tout de suite la parité en mettant 46 hommes têtes de liste et 46 femmes têtes de liste.
Mais cela ne va pas marcher car il faut changer d'autres règles et critères. En effet, là où je vais mettre une femme tête de liste, l'adversaire politique qui n'est pas idiot ne va accréditer dans cette circonscription que des hommes. Et comme résultat, on aura moins de candidates qui passeront au Parlement.
Cette situation est due à une maturité de la société.
Il ne faut pas attendre les élections pour mettre en valeur les femmes pour qu'elles puissent avoir une assise.

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