Lors de la 60e Réunion ordinaire du bureau exécutif des ministres arabes des Affaires sociales au Caire, la ministre de la Solidarité, de la femme, de la famille et du développement social, Bassima Hakkaoui a affirmé que le nouveau projet de loi visant la consolidation des droits des personnes handicapées sera fin prêt en 2013. En attendant que ce projet de loi entre en vigueur, ils sont environ 1 530 000 personnes (selon le dernier recensement général de la population et de l’habitat au Maroc de 2004) qui continuent à souffrir le martyre chaque jour au Maroc à cause de leur handicap. En effet, le rapport du Conseil économique et social «Respect des droits et inclusion des personnes en situation de handicap» révèle que la problématique du handicap revêt un caractère de plus en plus préoccupant. L’analyse de l’état des lieux montre que le modèle conceptuel en vigueur au Maroc est caduc et contribue à la persistance de barrières culturelles, sociales et économiques, qui empêchent la mise en place d’un environnement propice à la participation sociale des personnes en situation de handicap.
En outre, le rapport indique que l’analyse des initiatives des gouvernements successifs dans le domaine du handicap montre qu’elles ont été généralement entreprises dans une perspective de court terme. «L’action gouvernementale dans ce domaine, manque singulièrement de vision claire basée sur une approche fondée sur le droit. Il n’y a jamais eu de stratégie nationale, globale et intégrée, inscrite dans la durée et exprimant la volonté des pouvoirs publics de combattre les discriminations et de mettre en œuvre une politique volontariste à même de garantir le bien-être des citoyens en situation de handicap», indique le document du CES. Et comme la nouvelle Constitution exige la reddition des comptes qui nécessite, au préalable, la mise en place de stratégies explicites accompagnées d’indicateurs qualitatifs et quantitatifs, qui permettent d’évaluer l’action des pouvoirs publics, le Conseil économique et social recommande dans son rapport la mise en place d’une stratégie nationale globale et intégrée relative au handicap, à partir d’une approche fondée sur le Droit, avec la participation de toutes les parties prenantes, pour mettre en œuvre les engagements conventionnels et les obligations constitutionnelles du Maroc.
Par ailleurs, le Conseil précise qu’un changement de paradigme est nécessaire pour améliorer la situation des handicapés au Maroc et recommande de mettre en place des mesures appropriées pour lutter contre tous les agissements discriminatoires, les termes et le langage stigmatisant et non respectueux et les comportements cruels, inhumains, dégradants ou attentatoires à la dignité des personnes en situation de handicap. Le CES insiste également, dans son rapport, sur lutte contre les stéréotypes à travers le lancement de campagnes de sensibilisation du public, la mise en conformité des manuels scolaires, des programmes et des circulaires du système éducatif, l’inclusion de modules spécifiques sur le handicap dans la formation des professionnels de la santé et l’interdiction, dans les médias, de toute image négative et dégradante des personnes en situation de handicap, la promotion positive de l’information et la communication en faveur du respect de leur dignité et la mise en ligne d’un portail Internet, contenant l’information utile sur les droits des personnes en situation de handicap et les services disponibles.
La collecte et l’utilisation des données et des statistiques doivent également être améliorées. Considérant la nécessité de disposer de données fiables pour concevoir les politiques et les stratégies, le rapport fait une étude comparative des statistiques de l’OMS de 2011 qui dénombre 15% de la population mondiale en situation de handicap et les chiffres de l’enquête nationale de 2004 qui font état de 5,12% et encore ceux du recensement général de la population et de l’habitat au Maroc de 2004 qui a abouti à un taux de prévalence du handicap de seulement 2,27%. De là, on conclut que les données disponibles sont insuffisantes, ne sont pas actualisées, ne reflètent pas la réalité et sont discordantes.
Par ailleurs, le document du CES indique que l’analyse objective de l’état des lieux en matière d’accès à l’éducation des enfants en situation de handicap montre que le système national de l’enseignement public n’assure pas la scolarisation de ceux-ci, à égalité avec les autres enfants. Les établissements ordinaires ne sont pas accessibles et ne disposent pas d’aménagements adéquats, et les classes d’inclusion scolaire sont insuffisantes et ne respectent pas les normes. Les ressources humaines qualifiées sont en nombre très limité et les programmes scolaires ne sont pas adaptés. Tout comme l’accès à la scolarisation, l’accès au travail et à l’emploi des personnes en situation de handicap reste très limité. Leur taux de chômage est cinq fois plus élevé que celui des non-handicapés. Le cadre juridique garantit insuffisamment le droit des personnes en situation de handicap à avoir un emploi : le quota de 7% dans le secteur public n’est pas appliqué et le quota dans le secteur privé n’est pas fixé. De même, l’accès à l’emploi protégé, à l’auto-emploi et aux activités génératrices de revenu (AGR) est très limité à cause de la discrimination pour l’octroi des crédits et des financements. En matière de formation professionnelle, un nombre réduit de centres mixtes a été rendu accessible par l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT), mais les autres instituts restent largement inaccessibles.
Pis encore, l’accès aux soins spécialisés, à la rééducation et aux aides techniques reste impossible financièrement pour la grande majorité qui ne dispose pas de couverture médicale. Les infrastructures spécialisées en rééducation sont encore très limitées et concentrées dans les grands centres urbains et le personnel médical et paramédical est en nombre insuffisant. La protection sociale, la couverture médicale et la solidarité mutualiste ne sont accessibles qu’à une minorité des personnes en situation de handicap (12% en 2004), mais l’accès à ces régimes tend à s’améliorer, notamment grâce à la généralisation du Régime d’assistance médicale (RAMED).
