Point de vue

CPI : un anniversaire porteur d’espoir

Publié le : 14 novembre 2012 - M. le Juge Sang-Hyun Song*, LE MATIN

En 1950, la guerre a éclaté dans mon pays d’origine, la Corée. Pendant trois mois, lors de la bataille de Séoul, ma famille a dû se réfugier dans un abri souterrain chaud et humide. J’avais alors 9 ans. Chaque jour, je devais parcourir 16 km à pied pour trouver de la nourriture et la rapporter à l’abri. Pendant les bombardements, je courais me mettre à l’abri, laissant tomber les provisions que je tenais dans les bras. Je n’oublierai jamais les centaines de cadavres que j’ai vus dans les rues. Aujourd’hui encore, je perçois l’odeur horrible que dégageaient dans la chaleur torride les corps en décomposition. Soixante ans plus tard, en tant que Président de la CPI, j’ai rencontré des victimes en Ouganda et en République démocratique du Congo. Certaines sont d’anciens enfants soldats qui luttent pour reconstruire leur vie. D’autres ont subi des violences sexuelles. D’autres encore ont perdu un bras, une jambe, les lèvres ou une oreille, des membres qu’on leur a coupés intentionnellement. Et je me demande : comment peut-on faire preuve d’une telle cruauté au 21e siècle ? L’humanité ne tire-t-elle donc jamais d’enseignements du passé ?

Malheureusement, crimes contre l’humanité et autres atrocités de masse sont toujours d’actualité. Ces crimes déchirent les sociétés, ouvrant des plaies qui mettront plusieurs générations à cicatriser. Il ne faut pas que de tels actes restent impunis. Justice doit être faite si nous voulons qu’un jour ces crimes cessent. C’est l’espoir qu’incarne la Cour pénale internationale, née de la détermination de personnes de tous les continents à mettre fin aux horreurs qui gangrènent notre planète depuis bien trop longtemps.
Pour prévenir la violence de masse et le génocide, il nous faut une réponse mondiale et unifiée. Nous devons susciter l’espoir et favoriser l’engagement des nouvelles générations à travers le monde. Nous avons besoin d’un soutien large, diversifié et actif de tous les pays afin de susciter la vigilance qui permet de renforcer l’état de droit et de prévenir ces crimes odieux.

Qui souhaite une paix durable et un avenir sûr pour l’humanité se tourne tout naturellement vers la CPI. La ratification du Statut de Rome témoigne avec force de l’engagement d’un État en faveur de la paix, de la justice et de la primauté du droit.
La CPI compte aujourd’hui 121 États parties, et bien d’autres États envisagent activement d’adhérer au système de justice pénale internationale qui se met en place. Chaque État qui ratifie le Statut de Rome apporte sa pierre à l’édification d’un rempart qui protègera les générations futures d’atrocités sans nom.
La CPI ne vient pas en remplacement des tribunaux, des procureurs et des forces de police des États. Dans le cadre du Statut de Rome, c’est en premier lieu aux États et à leurs juridictions qu’il incombe de mener des enquêtes et de poursuivre les auteurs de crimes odieux. Mais si, pour une raison quelconque, cela n’est pas possible, la CPI est là ; elle offre un filet de sécurité.

Après la ratification du Statut de Rome, quiconque a l’intention de commettre sur votre territoire un génocide, des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre s’expose à des poursuites devant la CPI et risque d’être arrêté dans l’un des 121 États parties. Le Statut de Rome offre ainsi une importante protection juridique à la population de chacun des États parties.

L’adhésion à la CPI peut être un puissant moyen de dissuasion, qui permet de prévenir les pires atrocités. Un ministre de l’un des États parties m’a récemment dit que lors des élections dans son pays la perspective d’une intervention de la CPI avait joué un rôle déterminant dans la prévention de violences à grande échelle. Le système de justice instauré par le Statut de Rome n’est pas uniquement un système de répression des crimes ; il vise à aider les communautés touchées et permettre aux victimes de reprendre leur destin en main. Pour la première fois dans l’histoire de la justice pénale internationale, les victimes peuvent demander réparation et participer aux procédures avec l’aide de représentants. Le Fonds au profit des victimes, créé par le Statut de Rome, aide plus de 80 000 victimes. Il leur donne notamment accès à des services de santé génésique, à la formation professionnelle, à l’accompagnement psychologique des victimes de traumatismes, à des ateliers sur la réconciliation, ainsi qu’à des opérations de chirurgie réparatrice. J’invite tous les pays à rendre la justice accessible à chacune des victimes des crimes les plus graves sans exception.

Le 14 novembre 2012, les États parties de la CPI se sont retrouvés comme chaque année à La Haye, aux Pays‑Bas. Ils se sont réunis pour prendre des décisions importantes concernant la CPI, mais aussi pour renouveler leur engagement à mettre un terme à l’impunité.

Par M. le Juge Sang-Hyun Song, président de la Cour pénale internationale


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