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Vendredi 01 Mai 2026
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L'absence de visibilité sur le processus électoral nourrit la rumeur

Au rythme actuel,il sera difficile de tenir le prochain scrutin
en octobre.

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L'attentisme qui a marqué les échanges entre le ministère de l'Intérieur et les partis politiques ces dernières semaines est malsain. Le département de Taeib Cherkaoui livre au compte-goutte les projets de textes électoraux, tandis que les partis semblent se plaire ou du moins se faire à cette mollesse. Plantons le décor. Jusqu'à aujourd'hui, les responsables de partis vous diront n'avoir eu entre les mains que le projet de loi sur les partis, le projet de loi organique sur la première Chambre et celui ayant trait à l'observation des élections. Après plusieurs semaines de va-et-vient, tirs à la corde et discussions ardues, le résultat est bien maigre. Car, un seul texte des trois soumis aux partis a passé le cap du Conseil de gouvernement. Par ailleurs, si le projet de loi sur les partis semble tranché, celui organisant la première Chambre a encore du chemin à faire. Hier encore, les partis se démenaient pour remettre leurs dernières remarques concernant ce texte crucial. Et ce n'est pas fini. Rebelote, le ministère de l'Intérieur doit examiner les nouvelles propositions des partis et préparer une nouvelle mouture en conséquence. Ce travail peut prendre une semaine avant que le texte ne soit programmé au prochain conseil de gouvernement. En attendant, l'Intérieur tient jalousement en secret les deux autres projets de texte à savoir le Code électoral et le découpage. Les partis ne sont pas moins responsables de ces atermoiements puisque chacun y va de son rythme en l'absence de coordination et de mémorandums communs. Les formations politiques nourrissent aussi le black-out à ce sujet. Leurs communiqués se font rares et les instances partisanes se tiennent dans la plus grande discrétion. Convoqué en urgence par son parti pour une réunion, un député contacté par Le Matin n'était pas en mesure de nous informer de l'ordre du jour puisque lui-même n'en n'a pas été avisé.

Contactés au tout début de la reprise des rencontres Intérieur-partis, les responsables politiques n'étaient pas en mesure de confirmer à la presse l'ordre du jour ni la nature des textes qui leur avaient été soumis. Plus encore, l'imbroglio est maitre de la situation lorsqu'il s'agit des discussions entre partis de la même famille politique. La koutla réfléchit aux moyens de réfléchir ensemble, la koutla décide de se réunir, elle se ravise, se rétracte et enfin la koutla ne donnera aucune information avérée sur la réalité de sa bougeotte. Et voilà que l'Istiqlal, à défaut d'imposer plus de visibilité par le bon vouloir du Premier ministre, appelle le gouvernement à mettre un terme à cette situation d'expectative.
En effet, il est temps que les partis connaissent le calendrier électoral. Ils ont le droit, aujourd'hui que la nouvelle Constitution est effective après sa publication au BO, de savoir si les prochaines élections auront lieu en octobre prochain ou plus tard. Selon le projet de loi organique de la Chambre des députés (art 21), les dates du scrutin, de dépôt des candidatures et de la campagne électorale doivent être fixées par décret au moins 45 jours avant les élections. Si l'on maintient les prochaines législatives au 7 octobre, il va falloir tout boucler avant le 21 août pour être dans les délais.

Sinon, il va falloir fermer les yeux sur la disposition constitutionnelle qui dit que l'ouverture du Parlement doit avoir lieu au deuxième vendredi du mois d'octobre.
Le black-out et la rétention de l'information qui caractérisent le comportement des pouvoirs publics et des partis en cette période sensible de l'histoire du pays profitent à certains. Oui, un parti comme le PJD s'en sert avec doigté. En prêchant dans la presse que le ministère de l'Intérieur s'apprêterait à unifier les deux circonscriptions de Beni Mellal, il met indirectement en garde contre ce changement qui le priverait d'un siège au Parlement. Le fait qu'un Lahcen Daoudi, vice-SG du parti de la lampe, dit s'être basé sur «des fuites d'informations» est symptomatique d'une situation de flottement. Il en arrive directement au but, «si l'Intérieur unifie les circonscriptions de Beni Mellal, il faut qu'il fasse de même pour Azilal», ajoute Daoudi qui estime qu'au cas contraire, ce changement serait dirigé contre le PJD. C'est un exemple parmi tant d'autres des mauvaises surprises que l'absence de clarté au sujet du processus électoral peut cacher.

Aujourd'hui, personne n'est en mesure de prévoir l'architecture spatiale des prochaines législatives. Ira-t-on vers des circonscriptions plus grandes qui limiteraient l'usage de l'argent durant la campagne électorale, gardera-t-on le découpage actuel, ou cherchera-t-on un dosage entre les deux ? Si ces questions ne trouvent pas de réponse dans un bref délai, bienvenue le retour aux bonnes vielles méthodes en matière d'accréditation des candidats. Pris de panique par manque de temps, les partis auront naturellement recours à ces machines électoralistes bien ancrées dans leurs régions et qui sont autant de valeurs sûres pour décrocher le sésame de la députation. Dans ce cas-là, les cadres, les jeunes et les femmes, ces militants qui ont cru à la politique et y ont mouillé le maillot, auront de piètres chances d'intégrer l'institution législative.
Et si la liste nationale est acquise, il n'en est pas autant de son contenu. Gardera-t-on les 90 membres proposés ou verra-t-on ce nombre à la hausse ou à la baisse ? La liste comprendra-t-elle les femmes et les jeunes à part égale ou doit-elle intégrer aussi les MRE ? L'âge maximum d'un jeune restera-t-il 35 ans ou bien 40 comme prôné par l'Istiqlal ? Ce sont-là autant d'interrogations qui montrent la complexité de la chose qui n'est pas atténuée par la nonchalance et du département de Charkaoui et de celle des partis.
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