Relation mère-enfant

L’anxiété, un legs à part entière

Publié le : 24 mai 2012 - Lamiaâ Khalloufi, LE MATIN

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«Il y a trois caractéristiques qui marquent la personnalité d’une personne, résume le pédopsychiatre Bouchaib Karroumi. Ces trois facteurs se forment dès l’enfance et relèvent tout d’abord de la génétique, de l’inné et enfin de l’événement de vie. Le mélange de ces trois points forme notre personnalité lors de l’enfance. Et elle ne cessera d’évoluer. À l’adolescence, notre personnalité se bloque, elle se consolide enfin». C’est durant cette période que notre caractère se forme. Oui, mais pas seulement ! Pendant l’enfance, on découvre nos peurs, nos craintes et phobies. Comme le souligne le Dr Karroumi, trois facteurs jouent sur la découverte de nos angoisses. Toutefois, en y regardant de plus près, un phénomène sort du lot : la transmission des peurs de la mère à l’enfant. En effet, l’enfant, durant sa croissance, peut tellement s’identifier à sa maman qu’il développera les mêmes anxiétés qu’elle.

L’anxiété est une sensation déplaisante ressentie par l’anticipation d’un événement non désiré. Il faut donc reconnaître qu’une personne est en train de ressentir une émotion et savoir à quoi cette émotion est liée. Les jeunes enfants peuvent difficilement parler de leurs émotions ou sentiments, mais leurs comportements dans certaines situations laissent transparaître une anxiété ainsi que sa raison d’être. Dès les premiers jours de vie, un enfant peut répondre aux émotions communiquées par ceux qui s’occupent de lui, habituellement sa mère. Un bébé tenu par une mère anxieuse apparaîtra souvent tendu et il peut en résulter un nourrissage plus pénible. La mère quant à elle peut aussi réagir adéquatement et essayer diminuer cette anxiété. L’enfant ressent donc l’anxiété et les peurs de sa mère. C’est pourquoi il peut également développer les mêmes angoisses et phobies qu’elle.
Il est donc important que votre enfant respecte votre intimité et réciproquement. Cela commence dès ses premiers mois : chacun a sa chambre et chacun a son lit. À mesure qu’il grandit, l’enfant à besoin d’espace à lui afin de pouvoir se développer correctement et devenir indépendant. Votre amour inconditionnel. Cela lui donnera force et confiance dans la vie.

La relation mère-fils est complètement différente de la relation mère-fille. Porter un petit garçon dans son ventre, c’est porter le sexe opposé, le sexe masculin, l’inconnu en quelque sorte.

Le petit roi
La maman et son petit garçon doivent se découvrir, s’apprivoiser, la maman devra composer, improviser et souvent cela aboutit à être tentée de couver son petit et devenir ainsi une vraie mère poule. Des études démontrent que la maman qui allaite son petit garçon le place très près de son corps, très collé serré, contrairement à la façon d’allaiter une petite fille. C’est pourquoi une connexion se crée plus rapidement et facilement entre la mère et son fils. Une des raisons aussi pour laquelle, le petit bambin s‘identifie autant à sa maman. De plus, une maman pardonne plus facilement les petites bêtises à son petit garçon. La maman doit apprendre à aimer son fils et sa fille, dans la proximité, mais aussi dans la distance. En étant attentive aux désirs de son enfant, elle se rendra compte qu’il ne l’en aimera que mieux en retour. Et elle fera de lui, un adulte heureux.

Toutefois, il est important de préciser que l’influence de la maman est décisive pour l’avenir de son fils. Selon que la maman est dominatrice, exigeante, passive, câline, attentionnée, le garçon devenu grand choisira une femme qui ressemble à sa mère du point de vue caractère ou complètement à l’opposé. En conclusion, si vous aimez votre enfant, laissez le respirer !


Explications: Dr Bouchaib Karroumi, pédopsychiatre

«La mère ne doit pas mêler ses problèmes personnels à son statut de maman»

❶Quel est le facteur qui crée ce phénomène ?
Il y a trois caractéristiques qui marquent la personnalité d’une personne. Ces trois facteurs se forment dès l’enfance et relève tout d’abord de la génétique. C’est-à-dire que l’enfant hérite de certains traits de caractère directement de l’un ou de ses deux parents. Donc l’anxiété et les peurs des parents peuvent se retrouver chez l’enfant directement. Mais ce n’est pas un facteur automatique, il est différent selon les grossesses. Mais cette caractéristique de l’inné est très importante dans l’explication du caractère de l’enfant. Ensuite, on trouve la nature de la relation parent/enfant.
 L’environnement (qui plus est affectif), dans lequel l’enfant grandit, affine les traits de la personnalité de la personne, et ce, surtout avec la maman. Si l’enfant est élevé dans un environnement où la peur est permanente, au quotidien, au niveau de la famille… cela impactera directement sur l’enfant. Son influence et particulièrement la relation mère-bébé est un facteur majeur dans la détermination de la personnalité de l’enfant (puis de l’adulte). Enfin, il y a les «événements de vie». Cela représente tous les rebondissements qui surviennent lors de notre enfance. Ce phénomène prédomine sur les deux autres caractères. Si lors de l’enfance, nous avons été confrontés à un décès, à une séparation, à de la violence, à des difficultés financières, à un déménagement, etc., cela se répercute directement sur notre personnalité et sur notre caractère.
Il est clair que cela influencera dans l’éducation des parents et donc dans leur façon d’agir avec leurs enfants. Donc l’arrivée d’événement dans la vie est clairement le facteur qui forge le plus la personnalité. Le mélange de ces trois points forme notre personnalité lors de l’enfance. Et elle ne cessera d’évoluer. À l’adolescence, notre personnalité se bloque, elle se consolide enfin.

❷Les enfants uniques ont-ils plus de chance que cela leur arrive ?
L’enfant unique a la particularité d’être seul avec ses parents. Du coup, il est directement face à eux et est confronté à ce qui peut arriver dans la famille. Bien évidemment, on ne peut pas faire de généralisation et dire que ce phénomène leur arrive plus facilement. Encore une fois, tout dépend de la capacité des parents à privilégier leur enfant.

❸Est-ce qu’une relation fusionnelle peut être à l’origine de ce souci ?
Certaines mamans vont développer naturellement une relation fusionnelle avec leur enfant.
Du coup, vu que les liens tissés sont extrêmement forts, les peurs et phobies de la mère se répercuteront plus sur son enfant. Puis il y a les mamans qui ne savent pas ménager l’enfant et qui ne séparent pas leur rôle de maman de celui d’épouse. C’est-à-dire que si le couple subit des problèmes conjugaux, la souffrance de la mère ne doit pas devenir le problème de l’enfant également. Sinon, l’enfant souffrira aussi d’être impuissant, de ne pas pouvoir aider sa maman. Par conséquent, le petit s’identifiera à cette souffrance et ne va pas se développer correctement, il vivra dans un univers de peur et d’angoisse.
D’ailleurs, à l’âge adulte, leurs liens avec le futur conjoint pourront en être marqués. Cette relation avec une mère fusionnelle peut perturber et avoir de gros impacts sur la vie future. Il est vrai que ce phénomène arrive plus souvent avec les petits garçons, car ils ont plus de difficulté à se séparer de leur mère. Ensuite, il y a le moment où ils comparent leur épouse à leur maman.

❹Quelle est la solution afin d’éviter cela ?
La solution est que la maman doit développer une relation équilibrée. C’est-à-dire qu’elle doit séparer ses problèmes personnels de ceux de son statut de maman : donc, différencier son rôle de parent et le rôle d’épouse, en gérant les soucis sans les enfants. Cela aidera ces derniers à s’épanouir, se responsabiliser, devenir autonomes, et bien sûr, à développer leurs propres peurs.




Tes phobies seront les miennes

Les deux facteurs à l’origine de la transmission des phobies de la maman à son enfant sont : un lien fort créé par une relation fusionnelle entre le petit et sa mère et un enfant fragile. Si ces deux points se retrouvent, il est fréquent alors que l’enfant (souvent le petit garçon) développe alors les mêmes peurs et craintes que sa maman. «Ce n’est pas le fait de ne vivre qu’avec sa maman qui va déclencher ce phénomène de transmission de phobie. L’enfant peut hériter naturellement des peurs de sa maman, explique le Dr Bouchaib Karroumi. De plus, le fait de voir au quotidien la mère craindre quelque chose, cela nous repoussera automatiquement. Bien sûr, il n’est pas obligatoire que l’enfant qui cohabite avec sa maman ait naturellement les mêmes peurs qu’elle. En réalité, cela se déclenche si l’enfant est fragile et selon l’attitude qu’adopte une mère. En effet, par sa façon d’être et s’il y a un lien fusionnel entre un enfant fragile et sa mère, il sera donc plus courant pour ce petit de contracter les mêmes peurs que la maman : comme la peur des rats, des cafards ou autres petites réjouissances de ce genre. Par la suite, si le papa n’exerce pas son rôle et que l’enfant reste accroché aux jupes de sa mère, l’impact sera alors plus fort».

Tes phobies seront les miennes
  • Les deux facteurs à l’origine de la transmission des phobies de la maman à son enfant sont : un lien fort créé par une relation fusionnelle entre le petit et sa mère et un enfant fragile. Si ces deux points se retrouvent, il est fréquent alors que l’enfant (souvent le petit garçon) développe alors les mêmes peurs et craintes que sa maman. «Ce n’est pas le fait de ne vivre qu’avec sa maman qui va déclencher ce phénomène de transmission de phobie. L’enfant peut hériter naturellement des peurs de sa maman, explique le Dr Bouchaib Karroumi. De plus, le fait de voir au quotidien la mère craindre quelque chose, cela nous repoussera automatiquement. Bien sûr, il n’est pas obligatoire que l’enfant qui cohabite avec sa maman ait naturellement les mêmes peurs qu’elle. En réalité, cela se déclenche si l’enfant est fragile et selon l’attitude qu’adopte une mère. En effet, par sa façon d’être et s’il y a un lien fusionnel entre un enfant fragile et sa mère, il sera donc plus courant pour ce petit de contracter les mêmes peurs que la maman : comme la peur des rats, des cafards ou autres petites réjouissances de ce genre. Par la suite, si le papa n’exerce pas son rôle et que l’enfant reste accroché aux jupes de sa mère, l’impact sera alors plus fort».

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