«Marchons. Du chaâbi à l'électro, des chikhates au funk, marchons en groupe, jamais trop loin, d'un lieu à l'autre, du verre à la coke, de la coke au joint. Marchons dans Casa la folle, Casa la bête, Casa la grosse». Telles sont les premières paroles de Shama, l'héroïne du premier roman de Sonia Terrab : «Shamablanca». Un style cru et direct, jamais vulgaire et emprunt d'ironie pour parler de Casanegra : un cri engagé, voire même enragé. La violence des mots traduit cette confrontation sans transition que Shama, jeune femme de 26 ans rentrée fraîchement de Paris, a connu en décidant de venir s'installer à Casablanca. Sept ans loin du pays, elle troque sa vie «prépa-école de commerce-stage-métro–boulot-dodo» contre une vie «boulot-voiture-appartement-routine». Elle se voit confrontée à la réalité de la métropole et à la bipolarité marocaine qui titube entre tradition et modernité, liberté et frustration, transparence et hypocrisie…
Un «Marock» à deux vitesses et une capitale économique où s'entremêlent violence, insécurité, mendicité incessante, harcèlement verbal ou harcèlement tout court. Un portrait noir que dresse Sonia Terrab de la métropole, à se demander si la jeune écrivaine n'aurait pas une certaine amertume pour la ville blanche. «Casa est un personnage du roman à part entière. Elle effraie Shama, elle symbolise tout son mal-être, ses paradoxes, ses ambivalences», explique l'auteur. «À mes yeux, la ville noire, son côté sombre, mais aussi ses villas éclatantes, c'est cela même le Maroc, celui à deux vitesses, entre deux extrêmes. Quand je suis de passage là-bas, je ne la subis pas comme Shama, elle ne m'agresse pas autant, mais si je devais y vivre à nouveau, sans doute que je m'y sentirais aussi enfermée, tiraillée et perdue».
«Enfermée, tiraillé et perdue» peut résumer l'état d'esprit dans lequel l'héroïne se trouve, enfermée dans cette ville où tout est possible en «2 bips, 3 pourboires», mais impossible à supporter. Spectatrice du feuilleton perpétuel de la société marocaine, elle se retrouve face à des amies d'enfance devenues «Supermaman les yeux cernés» ou «28 ans, la Rolex qui tue, le mariage qui pue», qui n'ont qu'un seul discours : «À quand ton tour ?». Ce paradoxe nuptial est encouragé par sa mère qui souhaite la voir épouser Hamza, «image du Marocain moderne, soi-disant ouvert sur le monde, mais déjà fermé de l'intérieur», alors que Shama n'a d'yeux que pour «Lui», le producteur, séducteur, imparfait qui conjugue parfaitement le présent, mais oublie volontiers les règles du futur. Une situation des plus banales chez cette jeunesse dorée marocaine qui cache tout par pudeur : «cette idée d'avoir un permis à point de la pudeur dans un pays où le permis n'existe que pour faire des carnages sur les routes». Le Maroc raconté à la première personne sort de la bouche de Shama comme un exutoire, l'exutoire de l'auteur dont le récit avance au rythme rapide de phrases fragmentées, courtes, de répétitions de mots comme pour donner plus de sens au sens. Entre lettres écrites à sa meilleure amie, dialogues, descriptions ou enchaînements de satires, l'auteur fait vivre son héroïne avec fluidité et à un rythme effréné, celui de la capitale économique, «des taxis, livreur de l'interdit, GPS de l'illégal», de la pollution, des heures de pointe. Le lecteur ne perd jamais le fil, tenu en haleine jusqu'au point final.
Un point final qui n'en est pas un, une violence des mots adoucie par le talent de Sonia Terrab qui trouve toujours les tournures justes, une réflexion sur la vie, le pays, la ville, les gens. Lumière sur la vie d'une Marocaine dans un Maroc schizophrène parce que «le Maroc, c'est avoir le cul entre plusieurs chaises et trouver ça confortable. Ou pas».
Un «Marock» à deux vitesses et une capitale économique où s'entremêlent violence, insécurité, mendicité incessante, harcèlement verbal ou harcèlement tout court. Un portrait noir que dresse Sonia Terrab de la métropole, à se demander si la jeune écrivaine n'aurait pas une certaine amertume pour la ville blanche. «Casa est un personnage du roman à part entière. Elle effraie Shama, elle symbolise tout son mal-être, ses paradoxes, ses ambivalences», explique l'auteur. «À mes yeux, la ville noire, son côté sombre, mais aussi ses villas éclatantes, c'est cela même le Maroc, celui à deux vitesses, entre deux extrêmes. Quand je suis de passage là-bas, je ne la subis pas comme Shama, elle ne m'agresse pas autant, mais si je devais y vivre à nouveau, sans doute que je m'y sentirais aussi enfermée, tiraillée et perdue».
«Enfermée, tiraillé et perdue» peut résumer l'état d'esprit dans lequel l'héroïne se trouve, enfermée dans cette ville où tout est possible en «2 bips, 3 pourboires», mais impossible à supporter. Spectatrice du feuilleton perpétuel de la société marocaine, elle se retrouve face à des amies d'enfance devenues «Supermaman les yeux cernés» ou «28 ans, la Rolex qui tue, le mariage qui pue», qui n'ont qu'un seul discours : «À quand ton tour ?». Ce paradoxe nuptial est encouragé par sa mère qui souhaite la voir épouser Hamza, «image du Marocain moderne, soi-disant ouvert sur le monde, mais déjà fermé de l'intérieur», alors que Shama n'a d'yeux que pour «Lui», le producteur, séducteur, imparfait qui conjugue parfaitement le présent, mais oublie volontiers les règles du futur. Une situation des plus banales chez cette jeunesse dorée marocaine qui cache tout par pudeur : «cette idée d'avoir un permis à point de la pudeur dans un pays où le permis n'existe que pour faire des carnages sur les routes». Le Maroc raconté à la première personne sort de la bouche de Shama comme un exutoire, l'exutoire de l'auteur dont le récit avance au rythme rapide de phrases fragmentées, courtes, de répétitions de mots comme pour donner plus de sens au sens. Entre lettres écrites à sa meilleure amie, dialogues, descriptions ou enchaînements de satires, l'auteur fait vivre son héroïne avec fluidité et à un rythme effréné, celui de la capitale économique, «des taxis, livreur de l'interdit, GPS de l'illégal», de la pollution, des heures de pointe. Le lecteur ne perd jamais le fil, tenu en haleine jusqu'au point final.
Un point final qui n'en est pas un, une violence des mots adoucie par le talent de Sonia Terrab qui trouve toujours les tournures justes, une réflexion sur la vie, le pays, la ville, les gens. Lumière sur la vie d'une Marocaine dans un Maroc schizophrène parce que «le Maroc, c'est avoir le cul entre plusieurs chaises et trouver ça confortable. Ou pas».
