Roman

Éloge de La délicatesse

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Subtile et très agréable à lire, le roman de David Foenkinos est à la fois loufoque et fantaisiste, mais aussi très touchant. Une œuvre à croquer sans modération.

Tout en délicatesse, le roman de David Foenkinos accroche le lecteur dès les premières pages. Les événements s'y suivent en toute spontanéité et les personnages y avancent tout naturellement. Le lecteur, en spectateur devant un beau tableau de l'ère romantique, prend du plaisir à lire cet opus dont la légèreté du style n'a d'égale que la profondeur du thème qu'il traite, quoique vieux comme le monde. Il s'agit encore fois d'amour et de rapports entre hommes et femmes, comme sait si bien en parler Foenkinos.

Dans la «Délicatesse», Nathalie, à la fois belle, irrésistible et forte, tombe sur l'homme de sa vie, François, au détour d'une rue où l'amour la surprend. Elle convole en justes noces avec son Jules et vit dans un bonheur absolu. Mais comme toutes les belles choses ont une fin, son idylle vire au drame quand son amoureux décède suite à un banal accident de la route. Jusque-là, tout paraît ordinaire, voire banal, si ce n'est la prose jubilatoire de l'auteur qui confère à l'œuvre du relief et beaucoup de beauté. Nathalie, jeune veuve, attirante et convoitée, perd goût à la vie et se réfugie dans un chagrin qui la rend encore plus sublime et non moins désirable. La dame est alors courtisée par son patron, Charles, mais ne lui témoigne aucune émotion en retour. Son deuil se poursuit pendant des années et dure encore et encore… jusqu'au jour où, d'un geste spontané et incompréhensible, elle embrasse Markus, un subordonné lambda et sans aucun atout physique. Elle oublie cet incident sans conséquence, mais lui y accorde une importance colossale et le vit comme un bouleversement. Et c'est là que, tout doucement, naît une histoire d'amour improbable entre Markus et Nathalie… Mais comment cet énergumène insignifiant a-t-il pu jeter son dévolu sur Nathalie, la belle, la délicate, l'inaccessible ? Par quelle décadence et au nom de quelle insouciance a-telle toléré une telle dérive ? Seule Nathalie était capable de voir et de ressentir ce que les autres n'arrivaient pas à percevoir. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que c'est son corps qui a décidé de la fin de son chagrin d'amour, car en matière d'amour, c'est toujours le corps qui a le dernier mot. Autre élément déterminant dans cette décision : Markus a rencontré Nathalie au bon moment…

Le roman de Foenkinos fait l'éloge de la délicatesse et vante la suprématie du spirituel sur le physique. La preuve, Nathalie repousse les avances de Charles, le bel homme, pour aller vers Markus, le Suédois quelconque qui passe inaperçu, mais qui est doté de beaucoup d'humour et d'esprit. C'est probablement une manière de signifier la revanche des hommes qui ne sont pas gâtés par la nature, mais qui ont des têtes bien remplies. De ce fait, l'humour devient une forme de séduction. Et c'est avec ce même moyen que l'auteur arrive à accrocher le lecteur. Le récit est entremêlé de petites choses, qui renferment beaucoup de fantaisies et qui contrastent avec la gravité du sujet. «Je suis soumis à la tyrannie de mon imagination. Je ne sais pas pourquoi je mets tant d'humour», avoue l'écrivain. «La délicatesse» devient ainsi un roman informatif avec des digressions délicieuses. Ludique et informatif, c'est ainsi que le souhaite l'auteur en y insérant des petites informations utiles. Une sorte de jeu qu'il instaure avec le lecteur.

Un écrivain prolifique

Après des études de lettres à la Sorbonne et une formation de jazz, David Foenkinos devient professeur de guitare. Il publie plusieurs romans, dont «Inversion de l'idiotie, de l'influence de deux Polonais», «Entre les oreilles» et «Potentiel érotique de ma femme» chez Gallimard. L'écrivain est apprécié pour ses textes empreints de légèreté et d'humour. Également scénariste, il coécrit avec Jacques Doillon un film pour le cinéma et adapte pour le théâtre la pièce «Messie», de Martin Sherman. Il est par ailleurs à l'origine du scénario d'une bande dessinée, premier volet d'une trilogie intitulée «Pourquoi tant d'amour ?». Il publie «Les Coeurs autonomes» en 2006 et «Qui se souvient de David Foenkinos ?» en 2007. David Foenkinos est un écrivain éclectique, puisant dans son vécu pour nourrir ses écrits.
(Source : Even.fr)
Publié le : 15 Juillet 2011 - Kenza ALAOUI, LE MATIN

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