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Les maisons d'hôtes dans le collimateur des hôteliers

L'année commence sur les chapeaux de roues pour le ministère du Tourisme, pris à témoin par les professionnels de l'hôtellerie. Une polémique visant les maisons d'hôtes et le devenir de leur statut.

Les maisons d'hôtes dans  le collimateur des hôteliers
Baptême de feu pour Lahcen Haddad, le nouveau ministre du Tourisme. À peine 24 heures après sa nomination dans le gouvernement installé par S.M. le Roi, le 3 janvier dernier, le voilà déjà sous pression ! Les professionnels de l'hôtellerie, regroupés sous la bannière de la Fédération nationale du Tourisme (FNT) l'interpellent, en effet, sur la nécessité de moderniser le circuit de déclaration des nuitées touristiques et, par extension, sur l'urgence de «mettre un terme aux maisons d'hôtes», considérées selon eux comme «de la concurrence déloyale».

On l'aura compris, les effets de la crise en 2011 sur le business dans ce secteur se font cruellement sentir encore aujourd'hui et les marges chez les hôteliers sont loin d'avoir renoué avec les niveaux de prospérité d'avant le Printemps arabe. Corollaire : faute de remplir davantage les chambres (on tourne toujours autour de 40% dans la plupart des établissements classés), on attaque sur le front de la concurrence, quitte à pourfendre une corporation entière taxée de «pratiques déloyales». La sortie médiatique de la Fédération nationale du Tourisme (FNT), début janvier, ne laisse aucune équivoque sur ses intentions : les maisons d'hôtes doivent fermer ou, à tout le moins, évoluer vers un autre statut. C'est ce que réclame, en effet, et d'une manière sans équivoque, le bureau de la Fédération par la voix de ses deux dirigeants, Ali Ghannam et Fouad Lahbabi, respectivement président et vice-président de la FNT. L'instance fédérale demande ainsi aux pouvoirs publics de «prendre les dispositions nécessaires pour mettre fin à ces formes d'hébergement informelles, qui portent atteinte à notre image, à notre secteur, et d'accompagner ces entités à intégrer le secteur formel de l'hébergement».

Pour les membres de la Fédération, qui se disent forts du soutien de l'Observatoire du Tourisme comme de nombreux Centres régionaux du Tourisme (CRT), le problème aurait atteint aujourd'hui la cote d'alerte, notamment parce que «le système déclaratif actuel ne prend pas en considération les nuitées enregistrées dans les maisons d'hôtes et les appartements meublés qui échappent à tout contrôle de l'administration». Pourtant, les pouvoirs publics ne semblent pas s'émouvoir outre mesure de cette question, les maisons d'hôtes et autres «riads» ayant toujours constitué une composante naturelle et complémentaire du dispositif d'hébergement touristique au Maroc. Dûment enregistrées sur les tablettes du ministère de tutelle et opérant en conformité avec le cahier des charges auquel elles sont soumises, lesdites maisons d'hôtes proposent une alternative aux offres classiques d'hébergement.

«Au-delà d'un véritable art de vivre, les maisons d'hôtes offrent l'authenticité, l'accueil, le dialogue et les émotions pour découvrir le Maroc, son architecture, ses habitants et ses paysages». Telle est, en tout cas, la position officielle de l'Association des maisons d'hôtes de Marrakech et Sud (AMHMS), qui inclut aussi Essaouira et Ouarzazate et dont le président, Wadie Tyouss, fait actuellement une promotion tous azimuts de cette forme d'hébergement alternatif. Selon beaucoup de voyagistes de la place, il faut bien admettre que les doléances de la FNT vont être un peu difficiles à passer, en tout cas dans les court et moyen termes, ne serait-ce que parce que la corporation des maisons d'hôtes est historiquement ancienne, géographiquement implantée dans tout le pays et économiquement pourvoyeuse d'emplois. Rien qu'à Marrakech, on recense aujourd'hui pas moins de 638 établissements dont 224 sont classés 1re catégorie et 354 en 2e catégorie, en plus d'une soixantaine d'unités disséminées dans tout le périmètre rural de la région de Tensift-El Haouz : Lalla Takerkoust, Tahannaout, Ourika, Amezmiz, Tamesloht, Ouirgane, etc.

Du fait de son poids et de son statut d'acteur dans une destination touristique telle que Marrakech, l'AMHMS est considérée comme le porte-drapeau de son secteur au plan national. Sa consœur du Nord, l'Association régionale des maisons d'hôtes de Fès, la talonne modestement, mais énergiquement malgré la faiblesse de son infrastructure qui comptait, à fin décembre 2011, quelque 68 établissements de 1re et 2e catégories. À El Jadida aussi, à Tanger, à Tétouan, à Agadir et ailleurs, les gérants de maisons d'hôtes et de riads continuent de tenir le cap, même si la rentabilité n'est pas toujours au rendez-vous pour les unités les moins structurées. Assurément, 2012 démarre bien fort pour les nouveaux locataires du ministère de tutelle...

FNT : une triple vocation

La Fédération nationale du Tourisme (FNT), créée le 15 septembre 1995, est un groupement professionnel affilié à la CGEM (Confédération générale des entreprises du Maroc). Elle œuvre, entre autres missions, à regrouper en son sein l'ensemble des professions touristiques dans le Royaume, ainsi qu'à renforcer les structures des différentes professions pour plus d'efficience et de participation, et ce aussi bien au niveau régional que national. Dans son rôle transversal, la Fédération se veut une force de proposition avec pour objectif de participer activement à la prise des décisions stratégiques sur les grands chantiers transversaux du tourisme au Maroc. Elle se veut aussi une force de dynamisation, ayant vocation à conforter et à promouvoir le tourisme comme une locomotive majeure de l'économie nationale.
Enfin, elle entend être et rester une force d'attraction à même de fédérer l'ensemble des métiers et des régions touristiques autour d'un même objectif : la bonne réalisation de la Vision 2020.
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