Vie de famille

J’ai épousé un enfant unique

Publié le : 19 octobre 2012 - Hafsa Sakhi, LE MATIN

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Les hommes sont de grands enfants. Coléreux et impatients, ils demandent beaucoup d’attention et de patience. Quand en plus, ils sont des enfants uniques, ils peuvent se montrer insupportables. «Il faut distinguer les différentes sortes d’enfant unique. L’enfant unique par choix des deux conjoints, pour des raisons de confort (cas rare au Maroc) ; enfant unique pour des raisons de santé, économiques ou sociales ; enfant unique pour cause de décès de l’un des parents ou de divorce ; et enfin, l’enfant unique pour cause d’éloignement dû à des raisons professionnelles ou migratoires. Dans tous les cas, des difficultés doivent surgir tôt ou tard dans la vie adulte de cet enfant. C’est une condition sine qua non» , affirme Jay Jawad Hamdouch, psychologue.

La situation est d’autant plus gênante quand cet enfant convole en justes noces. En effet, le mariage de l’enfant unique laisse souvent présager de multiples problèmes de couples. La plupart s’articulent autour des parents de l’enfant unique et plus précisément, sa mère.

«Depuis que je me suis mariée, ma belle-mère me fait des remarques désobligeantes, des mesquineries et des méchancetés. Elle habite à 300 km de nous, mais elle réussit toujours à s’immiscer dans mon couple et à créer la zizanie. Elle fait la pluie et le beau temps dans notre vie et mon mari, son fils unique, ne lui refuse aucun caprice et pète souvent des câbles lorsque je m’oppose aux désirs de sa mère», raconte Touria, 34 ans.

Et de confier : «Quand elle vient nous rendre visite, il vient dormir sur ses genoux dès qu’il rentre du travail, comme un véritable fils à sa maman et quand elle n’est pas là, il passe des heures au téléphone avec elle et lui raconte tous les détails de notre vie même les plus intimes. Pourtant, il sait que cela m’énerve au plus haut point. Je ne sais pas comment faire pour couper le cordon entre eux. C’est insupportable».

Remontant à l’origine du dysfonctionnement, souligne le psychologue. «La maman ours frappe gentiment son ourson lorsqu’il cherche à la suivre, alors qu’il est en âge de vivre seul et se reproduire. Chez l’être humain, en revanche, on ne renonce pas à ses droits souvent confondus à des devoirs. C’est souvent le cas des mères des enfants uniques», estime-t-il.

La belle-mère, de manière générale, a la manie de tout critiquer, surtout la femme de son «bébé», celle qui a osé le lui voler. L’épouse n’est jamais assez bien pour le fiston chéri. Alors quand son fils est son unique, la belle-mère devient doublement exigeante envers sa belle-fille qui a eu «la chance» d’épouser la perle rare et a beaucoup de mal à le laisser s’émanciper. En plus de l’attachement affectif avec sa mère, l’enfant unique est souvent attaché financièrement à ses parents. Il est une source de revenus importante que les parents n’hésitent pas à «pomper» régulièrement.

«Mes parents sont tous les deux à la retraite depuis près de six ans. Et comme je suis leur fils unique, je n’ai pas le choix. Je dois les prendre en charge, financièrement. Malheureusement, leurs médicaments, les soins médicaux, et aujourd’hui, les caprices de ma femme et les charges de mes enfants, je ne sais plus comment gérer tout ça. Surtout que ma femme ne me soutient plus. Elle estime que mes parents ont assez de moyens pour se prendre en charge et que je dois m’occuper de ma propre famille. Et même si je sais qu’elle a raison, je ne peux pas changer les choses. Je ne veux pas leur faire de la peine», indique Aziz, 45 ans.

L’épouse super gâtée

L’homme enfant unique peut se montrer gênant pour sa femme. Quand c’est l’épouse qui est une enfant unique, le problème est d’autant plus important que l’homme ne peut pas être aussi patient que la femme. «Mon épouse est une vraie femme enfant. Mes amis m’avaient prévenu que vivre avec une enfant unique était délicat, mais je n’ai rien voulu entendre.

Elle est trop gâtée et n’arrive pas à se passer de sa mère. Cette dernière a toujours son mot à dire dans notre vie. Et à chaque fois que je dis quelque chose à ma femme, elle me parler de sa mère : il faut que je demande à maman, maman a dit qu’il fallait ou qu’il ne fallait pas… on dirait que j’ai épousé la fille et sa mère», fustige Othmane, 34 ans. Souvent on reproche à cette femme de ne pas être assez mature ou assez responsable et de ne pas respecter une certaine «étiquette» dans ses agissements. «Je pensais qu’on avait trouvé la perle rare pour mon fils. Une jeune femme bien élevée, d’un certain niveau social et éducatif… mais voilà, c’est une enfant unique. Un détail assez important qu’on avait totalement négligé.

Même si elle n’est pas richissime, elle se comporte comme une fille de haute société. Mon fils a du mal à la satisfaire, car elle est trop exigeante et pleurnicharde. Elle passe son temps à nous donner des ordres.
Elle se comporte avec tout le monde de la même manière qu’avec ses parents. Elle a tendance à oublier qu’on est sa belle famille et qu’on ne va forcément pas se plier à tous ses désirs», se plaint Fouzia, belle maman de Sophia, 26 ans.


Le conjoint enfant unique vu par Jay Jawad Hamdouch, psychologue

«Tous les maux viennent surtout de l’égoïsme qui crée le narcissisme»

Les parents, de l’enfant unique, sous prétexte qu’ils ont conçu leur enfant, veulent continuer à prendre soin de lui, même après le mariage. Cet attachement excessif envers l’enfant donne des épouses/maris qui rejettent la faute de tous leurs échecs sur leurs parents, cherchant à se justifier devant leur propre incapacité, ce qui les mène vers de nouveaux échecs. Les difficultés que rencontre l’enfant unique dans sa vie de conjoint sont que ses parents sont toujours arbitres de la vie qu’il mène avec son épouse/époux ; jusque dans ses aspects les plus intimes et les plus secrets. D’un autre côté, la mère cherche toujours à trouver une épouse à son fils, qui lui ressemble et vice versa et c’est là où réside le problème. En effet, quand la mère estime que la belle-fille n’est pas digne de son fils ou quand elles ne s’entendent pas, les névroses, les hystéries, le chagrin, la colère, l’hypersensibilité, le scepticisme et l’intolérance font surface dans le couple.

Toutefois, il ne faut pas oublier que l’enfant unique, c’est nous qui lui avons inculqué ou plutôt injecté durant toute sa vie, la «sublimation» de la mère à son enfant, en plus de l’égoïsme, le narcissisme, l’exigence de l’amour et enfin la surcompensation. De nombreux couples se défont dès que l’affectueuse habitude de certains gestes disparait ; à savoir une caresse, un baiser, se tenir la main... Et si dans nos familles, on note des tensions nerveuses, cela tient souvent à ce manque d’attitudes et de gestes d’affections... en conclusion, tous les maux viennent surtout de l’égoïsme qui crée le narcissisme. Les parents de l’enfant unique créent en eux une angoisse intrinsèque au point où le moindre retard le soir, booste une panique voire une paranoïa. La mère pousse l’enfant à l’égoïsme pur et simple. Ce qui donne un individu antisocial, car il ne pense qu’à lui. Le conjoint égoïste vit dans un univers clos à lui au centre duquel il se situe. Il considère que le reste du monde doit tourner autour de lui. 


Les petits-enfants «propriété» des grands-parents

Si le conjoint de l’enfant unique peine à supporter les caprices de sa «moitié» et l’ingérence de ses beaux-parents dans sa vie intime, il est loin d’imaginer ce qui l’attend avec ses propres enfants. En effet, la progéniture de l’enfant unique est, souvent, considérée par les parents de ces derniers comme leur propriété. Résultat, ils s’immiscent également dans l’éducation de leurs petits enfants, ce qui n’est pas pour plaire aux deux parents. Si le conjoint enfant unique apprécie l’amour et l’intérêt qu’accordent ses parents à son propre enfant, son conjoint digère difficilement cette ingérence. «Je pense que je vais plutôt piquer une crise. Non seulement ma belle-mère s’ingère dans ma vie sous prétexte que j’ai épousé son enfant unique, mais elle fourre son nez aussi dans ma manière d’éduquer mon propre fils. Je comprends qu’elle l’aime beaucoup et qu’elle le considère comme une continuité de son “trésor” à elle. Sauf que moi, je ne veux pas que mon fils ressemble à son père et je refuse que les “tentacules” de ma belle-mère atteignent mon fils et bousillent son éducation», s’énerve Kenza, 31 ans.

Repères
  • Les enfants uniques ont du mal à couper le cordon avec leurs parents qui continuent de jouer les arbitres dans leur vie;
  • Ce sont les parents qui inculquent à leur enfant unique, la «sublimation» de sa mère;
  • Les parents de l’enfant unique créent en eux une angoisse et anxiété;
  • Le conjoint enfant unique pense que le monde tourne autour de lui.

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