Une immense affiche souhaitant «Bienvenue à la Croatie» est déployée depuis quelques jours sur une façade du bâtiment de quatorze étages qui abrite la Commission européenne.
Mais dans un document publié le 29 mai, l’Exécutif européen a prévenu qu’il pourrait engager rapidement une procédure de déficit excessif contre Zagreb pour dépassement du plafond de déficit budgétaire. La dette de la Croatie représente actuellement environ 54% du PIB, mais, selon la Commission, elle devrait largement dépasser la barre des 60% en 2014, au-delà des limites fixées par l’UE. Alors que Zagreb table sur une prévision de croissance de 0,7% cette année et de 2,4% l’an prochain, la Commission prévoit une baisse du PIB de 1,0% en 2013 et une faible reprise (0,2%) l’an prochain. Le déficit budgétaire devrait atteindre 4,7% du PIB cette année et pourrait même être de 5,6% en 2014, au-delà du plafond des 3% prévu par l’UE, et le taux de chômage dépasse les 18%.
«La Croatie fait face à d’importants défis en termes de relance de sa croissance, du renforcement des finances publiques et de l’amélioration de la compétitivité», a résumé la Commission dans son document. De façon moins diplomatique, le journal Bild, le plus gros tirage de la presse allemande, a commencé à tirer à boulets rouges sur Zagreb. «Des dettes, de la corruption et un fort taux de chômage, voilà ce qu’est la Croatie», a affirmé le quotidien allemand en présentant ce pays «comme la prochaine Grèce qui engloutira les milliards de Berlin». De nombreuses voix s’élèvent en Europe pour s’interroger sur la capacité de l’UE à intégrer un nouvel arrivant fragile dans une conjoncture économique particulièrement difficile.
La Croatie est le premier pays à rejoindre l’UE depuis l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie en 2007. Ces deux pays, les plus pauvres de l’Union, restent à la traîne.
La corruption y demeure un sujet de préoccupation et empêche notamment Sofia et Bucarest d’intégrer l’espace Schengen de libre circulation. Or, a révélé une étude du cabinet Ernst & Young publiée début mai, la Croatie arrive à la seconde place des États européens les plus corrompus, juste après la Slovénie, le seul autre pays de l’ex-Yougoslavie à avoir rejoint l’UE, en 2004. Zagreb intègre également l’Union européenne au moment où la désaffection de l’opinion pour son élargissement est de plus en plus marquée.
Interrogés par Eurobaromètre - l’agence de l’UE d’analyses de l’opinion publique - quelques mois après l’intégration de la Bulgarie et de la Roumanie, près de la moitié des Européens se montraient favorables à l’élargissement futur de l’Europe à d’autres pays (49% pour, 39% contre). Depuis, ce soutien n’a cessé de perdre du terrain et, à l’automne 2012, l’opinion s’est inversée dans des proportions presque identiques : 38% sont pour, mais 52% sont opposés à un nouvel
élargissement.
En Croatie même, le désenchantement est réel comme le montre le faible taux de participation aux premières élections européennes qui ont eu lieu en avril. En tout état de cause, estime Corina Stratulat, une experte du think tank bruxellois European Policy Centre (EPC), «il n’y aura pas de lune de miel entre la Croatie et l’UE». «La Croatie va tout de suite devoir faire ses preuves, tant vis-à-vis de l’UE que de la région des Balkans», ajoute-t-elle. La Croatie a déjà fait de nombreux efforts depuis sa demande d’adhésion en 2003, y compris dans le domaine de la justice, de la lutte contre la corruption et de la protection des minorités, fait-on remarquer à Bruxelles qui a cependant appelé Zagreb à «poursuivre ses efforts».
