Contrebande

Faites du commerce, pas la guerre

Publié le : 12 août 2013 - Farida Moha, LE MATIN

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Le titre est «emprunté» à l’excellent article de Pierre-Antoine Delhommais paru cette semaine dans l’hebdomadaire français «le Point». Son auteur rappelle quelques sages préceptes de Montesquieu qui soulignait dans «l’Esprit des lois» que «l’effet naturel du commerce est de porter à la paix. C’est presque une règle générale que partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce, et que partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces». Le commerce permet aussi le développement du droit et de la législation qui favorisent la justice et la régulation des échanges.

Le commerce a d’autres vertus, comme le souligne Pierre-Antoine Delhommais qui analyse les relations étroites entre démocratie et commerce, telles que décrites dans le dernier rapport de l’OMC, notamment le fait que le commerce crée un environnement favorable à la démocratie. «Entre 1962 et 2010, il existe une corrélation positive entre les formes de gouvernement les plus démocratiques, mesurées par le score polity, et le commerce, mesuré par le ratio total du commerce au PIB». Le commerce produirait ainsi «un effet pacificateur sur les relations bilatérales et deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes». Mais cet effet pacificateur ne peut se réaliser qu’en respectant des règles bien précises, en luttant contre des pratiques déloyales et surtout contre la contrebande. Mais comment lutter contre ce phénomène avec des frontières fermées, propices justement à la contrebande, faute de dispositifs de contrôle et d’applications des réglementations ?

Des effets dévastateurs de la contrebande

On ne le dira jamais assez, la contrebande est une gangrène qui affaiblit et détruit de larges pans de l’économie nationale. Elle décourage tous les investisseurs et entrepreneurs. La fermeture des frontières a largement favorisé les réseaux de la contrebande qui, par un effet de capillarité, s’étend à des régions entières, comme c’est le cas avec la contrebande du carburant algérien qui touche non seulement l’Oriental, mais d’autres villes comme Fès et Rabat, menaçant les sociétés pétrolières marocaines. Selon des statistiques officielles pour l’année 2013, près de deux millions de litres d’essence ont fait l'objet de contrebande.
On comprend dès lors pourquoi le premier ministre algérien Abdelmalek Sellal a lancé récemment un appel aux pays frontaliers pour lutter ensemble contre «la contrebande qui a pris, dit-il, des proportions alarmantes. Il est impératif pour les États maghrébins, a-t-il souligné, de se concerter et de coopérer pour la sécurisation de leurs frontières communes et la lutte contre le phénomène de la contrebande». Mais comment assurer un bon contrôle quand les services de sécurité et de douane ne fonctionnent pas normalement ?
Les rapports des ministères de l'Intérieur, de la Justice, de l'Énergie et des mines, du Commerce, ainsi que ceux de la douane l’ont incité en cet été à prendre une série de mesures : mobilisation des effectifs de surveillance, dont 17 brigades opérationnelles mobiles, composées de 540 agents douaniers, qui assureront la couverture des frontières ouest avec le Maroc et neuf autres qui assureront le contrôle de la frontière avec la Tunisie. Des brigades qui s’ajoutent à celles qui sont déjà déployées à Maghnia et Ghazaouet dans la wilaya de Tlemcen et dans les wilayas de Saïda et Sidi Bel Abbes, apprend-on par la presse algérienne. À côté de ce vaste déploiement de milliers de gardes-frontières, l'activation des commissions locales de lutte contre la contrebande, l'exploitation de toutes les données et les informations, une autre mesure a été prise : le creusement d’un long fossé séparant la frontière tuniso-algérienne en attendant le creusement d’un fossé séparant la frontière maroco-algérienne. Le fossé d’une profondeur de trois mètres serait rempli d’eau pour le rendre infranchissable aux contrebandiers et aux «terroristes».

Zones grises et perte de légitimité des États

Selon l’économiste et ancien directeur de la Banque centrale d’Alger, Abderrahmane Hadj Nacer, qui s’est exprimé dans le numéro de juin dernier de la revue «Economia» «à propos des incoordinations maghrébines», «Le commerce interfrontalier de la contrebande entre le Maroc et l’Algérie a été chiffré de part et d’autre à 2 milliards de dollars… Si on reprend du côté tuniso-libyen, on retrouve encore du vol organisé autour des pipelines par lesquels transitent les hydrocarbures. Il y a une double comptabilité, l’une officielle qui n’inscrit qu’une partie du produit réellement transféré, l’autre partie, provenant des puits, arrive alors que le compteur est arrêté. Elle est chargée par des groupes bien organisés et protégés pour la consommation au rabais et sans payer d’impôt. Ces recettes hors du circuit formel permettent à des systèmes et des pouvoirs de ne pas rendre des comptes à leurs citoyens. Les frontières de l’Algérie avec la Libye ou la Tunisie sont également des lieux de trafics illicites. Opter pour l’unité maghrébine et pour la coordination entre les économies maghrébines signifie, entre autres, actuellement, être en mesure de remettre en cause les fondements des économies de rente dans ces cinq pays, sans exception.» Une autre voie serait l’ouverture et le contrôle des frontières et la lutte contre cette économie informelle qui mine les économies régionales. C’est aussi l’un des moyens de renforcer la légitimité et le pouvoir des États au détriment des réseaux et groupes mafieux qui prolifèrent, multiplient les zones grises et vident de leur substance la légitimité des États. 


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